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10:00 - 15 février 2014 par Par la rédaction

Les coulisses de la rédaction

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Hommage à nos héros du siècle dernier/Débats frigorifiques sur la taxe nucléaire/Quand souffle l'esprit de la Saint-Valentin/Les préjugés sur les journalistes ont la vie dure/La basse énergie plutôt que le passif/Il y a même des entrepreneurs heureux
©Nicolas Vadot

La nostalgie est toujours ce qu’elle était

Vous connaissez les soirées spéciales années 80 ou années 90, avec musique de l’époque et surtout pas mal de nostalgie à la clé? À la Banque nationale, c’était en quelque sorte une journée spéciale années 90 qui était organisée mercredi. Ceci pour célébrer les 20 ans de la naissance de l’Institut monétaire européen, qui fut le précurseur de la Banque centrale européenne. C’était aussi l’occasion de rendre hommage à celui qui fut son président de 1994 à 1997, le baron Alexandre Lamfalussy. Toutes nos "gloires" de l’époque étaient là ou presque: Alfons Verplaetse, Philippe Maystadt, Jean-Luc Dehaene… Cela frisait même parfois la réunion d’anciens combattants, sur l’air "c’était quand même mieux avant". Mais passons…

C’est un Jacques de Larosière très en forme qui a présenté le livre "Alexandre Lamfalussy, Le sage de l’euro" dont il a rédigé la préface. Les deux hommes sont nés la même année, en 1929, une année de crise. Quelque peu diminué mais aussi très ému, Alexandre Lamfalussy avait confié la lecture de son discours à Jean-Claude Koeune, secrétaire général de la Fondation Triffin et ancien économiste de la BBL, qui a parfaitement rempli son rôle.

Le livre consacré à Alexandre Lamfalussy est le fruit d’entretiens réalisés avec son fils Christophe (journaliste à La Libre), Ivo Maes et Sabine Péters. Ce qui nous vaut dans l’ouvrage des questions "As-tu eu des doutes sur l’euro?" (quand le fils questionne son père) suivies par "Pourquoi avez-vous eu des doutes?". Un peu déroutant au début, mais cela ne gâche pas la lecture du témoignage de ce grand sage monétaire.

Et puis, mercredi, il y a ceux qui étaient surtout venus écouter "Super Mario". Comme cet économiste belge qui disait que ce serait vraiment dommage de rater une éventuelle phrase historique du président de la BCE, comme celle prononcée en juillet 2012 devant les banquiers à Londres ("la BCE est prête à tout pour sauver l’euro"). Petite déception bruxelloise, puisque Mario Draghi a surtout parlé d’intégration financière et d’union bancaire, sans grandes révélations. Si ce n’est qu’il est favorable à une accélération de la mise en place d’un vrai fonds de résolution bancaire (en cas de faillite). Pas de quoi gâcher la fête à Alexandre.

Hiver nucléaire

Même si les températures étaient relativement clémentes, ce mardi, à Bruxelles, il en allait tout autrement au Palais de Justice, à la 34e chambre, devant laquelle Electrabel réclame à l’État belge le remboursement des taxes nucléaires qu’elle a payées entre 2008 et 2011 — soit 860 millions d’euros au total, plus les intérêts. Il y avait réouverture des débats, mardi, dans une salle manifestement privée de tout chauffage. Au point que, du côté d’Electrabel, certains se demandaient, mi-sérieux, mi-ironiques, si l’État ne s’était pas arrangé pour créer cet inconfort, en espérant que les plaidoiries ne s’éternisent pas. Cela n’a, en tout cas, refroidi ni les avocats de l’État, ni ceux d’Electrabel, qui ont échangé leurs arguments pendant plus de trois heures.

Rois et reines du slogan

Vendredi, c’était la Saint-Valentin. Une fête qui inspire chaque année les publicitaires et marketeers de tout poil. Mais cette année, une catégorie inattendue s’est emparée du thème: les syndicalistes de la FGTB. Ce sont les femmes de la FGTB qui ont, si l’on ose écrire, tiré les premières. Irritées par la réforme des allocations d’insertion qui, selon elles, va toucher les femmes "beaucoup plus violemment" que les hommes, elles ont envoyé dans les rédactions un communiqué au titre choc: "Saint-Valentin: les femmes mal aimées, mais bien baisées!" Voilà, voilà. Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites…

Dans la même veine, mais un cran en dessous, les jeunes FGTB se sont penchés sur les diverses propositions électorales visant à réduire le chômage des jeunes. Pas convaincus par ce qui a été mis sur la table, ils s’exclament, eux aussi via un communiqué, "Propositions-miracles des partis en matière d’emploi des jeunes: c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes… ou pas". Pour mémoire, certains complètent le dicton en ajoutant "oui, mais avec de jeunes carottes". Et là, on peut supposer que les jeunes FGTB savent de quoi ils parlent.

Mais le champion de l’allusion opportuniste à la fête des amoureux est tout de même le Premier ministre Elio Di Rupo (PS), qui a non seulement réussi à porter des boutons de manchette rouges en forme de cœur, mais surtout à remonter discrètement sa manche pour être certain que le bijou serait sur la photo (voir ci-contre). Du grand art.

Non, il n’a pas changé…

Il y a quelques semaines, Michael O’Leary subissait une véritable métamorphose. Le boss de Ryanair troquait son habit de Mr Provoc pour celui de Bisounours. "Pendant 20 ans, j’ai joué le rôle provocateur de ‘Mad Mick’. Parce qu’il le fallait, tout simplement. En tant que challenger, nous devions essayer d’avoir un maximum de publicité gratuite."

Depuis, les offensives de charme se sont multipliées. Une video youtube tout miel pour les clients d’abord. Une proposition "irrésistible" pour les journalistes, ensuite. "Venez assister à ma conférence de presse et Ryanair vous offrira un vol gratuit aller-retour pour une de nos nouvelles destinations à partir de Bruxelles."

Une proposition qui a le mérite de la franchise… Mais tout de même, c’est là qu’on se dit: non, non rien n’a changé. Le réflexe cadeau à la presse = pub gratuite n’est visiblement pas enfoui bien profondément.

Comment marquer son territoire…

Après le Sofitel de la Place Jourdan, le Radisson du centre-ville, c’est au Sheraton Airport que Ryanair avait organisé sa conférence de presse vendredi, à quelques jours du lancement de ses premiers vols au départ de Zaventem. C’est en effet le 27 février prochain, à l’aube, que partira le premier vol, probablement vers Barcelone sur le coup de 6h25. Mais si Ryanair avait choisi le Sheraton, c’était pour avoir une salle qui donne sur la zone de dépose des passagers en partance avec une superbe vue, pile sur la grande publicité de la compagnie annonçant les nouvelles destinations et tarifs d’appel. On ne peut pas la louper. Le grand poster installé par JCDecaux, juste à côté des entrées, est on ne peut plus visible. Parlera-t-on un jour de "Ryanairport-North" (Charleroi étant "South")?

Pour le coup, à part les habitués des conférences du transporteur irlandais, il y avait nettement moins de journalistes que d’habitude. Côté télévision, tout juste une caméra de la VRT. Et pourtant, le responsable pour le Benelux, la France et le Maroc, le Belge Jonathan Brisy, avait fait fort en annonçant dans l’invitation que les présents auraient droit à un aller-retour gratuit sur les lignes de la compagnie (voir ci-dessus). Ça n’a pas amené plus de journalistes, à part les quelques pique-assiettes habituels qui viennent aussi lorsqu’il y a seulement un petit-déjeuner à la clé. Ou alors, c’est parce que Michael O’Leary n’était pas là. Mais seulement les quatre responsables du marketing et de la communication, tous en costard et cravate. Il y a vraiment un vent de changement chez Ryanair…

Optimum énergétique

Laurent Minguet, le "serial entrepreneur" liégeois était en verve ce jeudi au château Sainte-Anne. Invité du Top 400, un club d’affaires bilingue dans le secteur de la construction, il en a profité pour exposer sa vision du durable dans le domaine.

Une vision qu’il situe à l’optimum économique entre efficacité énergétique et coûts. "Imposer le passif c’est de la propagande écolo. Ça n’a aucun sens économique, car l’optimum, avec le prix actuel de l’énergie, se situe dans les maisons basse énergie", dira-t-il dans sa présentation. Inutile selon lui donc, d’un point de vue économique, de mettre du triple vitrage, d’imposer une épaisseur d’isolation de 20 cm, etc. "ça peut faire plaisir à Saint-Gobain, mais à part ça…"

L’optimum économique, selon l’équation élaborée par Minguet et ses étudiants, se situe à 12 cm d’isolation et au double vitrage. Il en avait donc tout particulièrement après Evelyne Huytebroeck et son équipe qui ont imposé le tout passif à Bruxelles. "Heureusement à force de lobby, on l’a évité de justesse en Wallonie", sourit-il.

Selon les calculs de Minguet, il est donc beaucoup plus intéressant de répartir les efforts pour avoir de nombreuses maisons "basse énergie" plutôt que quelques maisons passives. "CQFD" acquiesceront comme un seul homme les professionnels du secteur présents à ce lunch-débat. Le président du Top 400, Luc-Georges Dubrulle, était d’ailleurs ravi "d’avoir eu un si bon orateur", nous soufflera-t-il. Autour d’un verre de champagne, l’occasion était d’ailleurs trop belle pour Laurent Minguet pour ne pas évoquer en scoop l’une de ses nouvelles activités. Elle consistera à vendre des maisons de vacances "clé sur porte" au Sénégal. "Pour 130.000 euros, vous avez 80m² avec 80m² de solarium et 30 m² de terrasse", vante-t-il fièrement.

Serial entrepreneurs: ça fonctionne…

Laurent Minguet n’est évidemment pas le seul "serial entrepreneur" de ce pays. Ernst & Young, pardon, EY (prononcez "iii-waille") en avait réuni quatre, jeudi dernier, devant un parterre de "business angels" dans le cadre d’un séminaire et d’un travail en ateliers sur le financement des projets entrepreneuriaux.

À un moment, lors du débat, surgit la question traditionnelle, celle qui généralement fait mal dans notre pays modeste, quasi automutilatoire: "en Belgique, on n’aime pas ça, on n’a pas le cadre qu’il faut pour créer ce genre d’entreprise…" Mines hésitantes, regards échangés, puis finalement: "Ben… si!, ose Didier Allaer (Diagenode), on est aidé, très bien même, par les politiques d’innovation des Régions". Fabien Pinckaer (OpenERP) et Philip Mathuis (Ovizio) opinent du bonnet: "Oui, ça fonctionne". José Zurstrassen (MyMicroInvest) se lance: "Les Belges disposent d’une épargne de mille milliards d’euros, dont 250 sur des comptes d’épargne, mobilisables tout de suite. Aucun pays ne dispose d’une telle manne. A nous de les convaincre d’investir dans nos boîtes". Ouh, que ça fait du bien d’entendre ce genre de chose!

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