11:43 - 18 novembre 2009

LECTURE: Ecran plat. Ou comment se débarrasser de la télévision sans douleur

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Après une violente tempête, Christophe Léon s’est retrouvé sans télévision. Horreur et damnation. Puis, au fil des jours, le manque s’est transformé en plaisir. Celui de retrouver les joies du dialogue et des activités familiales.

(l’Echo) – Décembre 1999. Une méchante bourrasque arrache tout sur son passage. Toits, arbres et …l’antenne de Christophe Léon. Horreur et damnation. La famille se retrouve du jour au lendemain dépourvue de télévision. « Adieu ma télé, adieu mon amour, adieu ma drogue, mon porno du samedi soir, mon match de foot. Adieu, adieu, moi qui suit un enfant de la télé. »
Une tempête comme point de départ pour un sevrage cathodique. Voilà qui est original. Dans Ecran plat, son essai publié par l’asbl liégeoise Le Somnambule Equivoque (il fallait le trouver ce nom !) Christophe Léon livre son coming-out. Oui il était, comme des millions et des millions de citoyens, un accro du petit écran.  Mais passé le premier jour de manque, la réflexion est née dans son esprit sur les raisons qui poussent des humains à se rendre esclaves d’un meuble. « Qu’est-ce qui pousse une famille de bipèdes à manger attablée devant la télé-verrue, enfournant des fourchetées d’une nourriture décongelée au micro-ondes, les yeux rivés sur l’écran dans un silence narcotique bercé par le ronronnement stéréo du poste ? »
Maudite tempête ? Que nenni. « Elle m’avait permis de réinvestir mon espace-temps. J’avais repris le gouvernail, je décidais, je choisissais, je triais. Nous n’étions plus branchés, mais débranchés. Le câble qui nous reliait au bourreau avait été tranché. »
En quelque 66 pages, Christophe Léon déverse son fiel. Accuse. Dénonce. Se moque de cet univers télévisuel. « Merci la télé, grâce à elle, on vous fera pisser à heures fixes, manger à heures fixes. Vous serez là sans l’être. Regardez tranquilles, nous veillons. »
Oubliant son addiction passée, rien ne trouve plus grâce à ses yeux. Lui le désintoxiqué récent. « La téloche nous conditionne, nous hypnotise, nous incite à la goinfrerie. Elle boulotte la quantité disponible de cerveau humain restant après une journée productive. ». Mais, dit-il, il faut savoir que désapprendre la téloche, c’est s’exposer à la vindicte populaire, passer pour un asocial sans télévision.

On l’a compris, l’ancien drogué de télévision essaie de pousser les lecteurs à se passer de télévision. Par tous les moyens, y compris la mauvaise fois qui habite certains de ses propos. A chacun de se laisser convaincre ou…pas par ce militantisme anti-télévision. Un peu extrême, il faut le signaler.
D’accord pour la dénonciation de la télé-poubelle mais il serait déplacé de tout rejeter d’un bloc. Il existe de bonnes émissions, des feuilletons restés cultes, de bons films. Et que dire du rôle social de la télévision pour des personnes isolées ou malades. Le débat est loin d’être clos.
Terminons par une citation de Jean-Luc Godard, citée avec jouissance par Christophe Léon qui en fait son cri de guerre: « quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse. » Oui, d’accord, sauf si l’écran plat est fixé au mur!

Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

Ecran plat. Par Christophe Léon. 69 pages. 12 euros. Editions du Somnambule Equivoque