mardi 9 février 2010 18:10 Tijd

20 questions pour comprendre la crise

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est la somme de 5 + 8

Les marchés financiers vivent leur crise la plus grave depuis de nombreuses années. Doit-on réellement s’inquiéter ?

  1. Où en sont les Américains dans la crise du « subprime » ?

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de deux millions de familles américaines sont actuellement en procédure judiciaire pour être dépossédées de leur maison. Ces familles ont signé un crédit hypothécaire sur base d’un passé financier qui ne leur permettait pas de le faire. Pour la plupart, elles ont vécu dans l’illusion d’un taux faible et donc d’un loyer bancaire à leur portée durant deux ans, avant de voir ce dernier brusquement se relever de 50 % à 70 %. Ce sont les fameux « adjutable rate mortgages ». Il a été révélé que beaucoup de ces signataires ignoraient ce dans quoi ils s’engageaient.

  2. De tels crédits sont-ils en train d’arriver en Belgique ?

    Bien qu’ayant une brique dans le ventre, le Belge n’a jamais aimé l’incertitude. Les banques ont bien essayé d’allonger la durée des crédits, allant parfois jusqu’à 40 ans. Sans succès notable. Les formules à taux variables que nous connaissons n’ont rien à voir avec ceux des Etats- Unis, pour la simple raison qu’ils contiennent une limite légale d’augmentation. Restent les nouvelles formules de remboursement anticipé ou prolongé. Elles sont également limitées dans le temps et les montants.

  3. Comment des crédits élaborés aux Etats-Unis ont-ils contaminé toute la planète ?

    Ces crédits ont été «titrisés », c’està- dire intégrés dans des instruments financiers dont les investisseurs institutionnels pouvaient acheter des parts, ou titres (mortgage- backed securities — MBS). Ces derniers ont ensuite été réintégrés dans des instruments plus complexes et mélangés à d’autres actifs. Le marché des dérivés s’est ensuite adossé à ces titres, démultipliant l’effet de levier (positif ou négatif) des actifs sous-jacents. Tous les acteurs bancaires et financiers du monde entier s’y sont mouillés. Sans toujours connaître le risque inhérent des actifs d’origine.

  4. A-t-on déjà connu une telle crise auparavant ?

    La crise qui s’apparente le plus à la situation actuelle est celle des «savings & loans » dans les années 1980, qui, à la faveur d’un changement de régulation, avait vu les caisses d’épargne US recueillir massivement des certificats de dépôts pour les investir dans des actifs de plus en plus risqués. L’interconnexion entre les activités bancaires et l’économie réelle avait paralysé les Etats-Unis. Cette crise a coûté, selon les estimations, entre 150 et 350milliards de dollars. Le gouvernement américain (les contribuables donc) a finalement dû débourser 125 milliards de USD. La crise a duré 3 ans.

  5. Combien de temps durera la crise actuelle ?

    La crainte d’une contagion de la crise du «subprime » à d’autres actifs s’est vérifiée. Le fonds de Carlyle et Bear Stearns ont défailli sur bases d’actifs hypothécaires pourtant de très haute qualité. Comme le sont aussi les obligations municipales, ces obligations émises par les municipalités américaines pour financer des écoles, des musées,… et associées à leurs dépens au « subprime » parce que les établissements qui les garantissaient étaient mouillés dans ces crédits hypothécaires risqués. Le facteur risque s’est donc envolé parfois abusivement. Selon certains, il faut purger le mal jusqu’au bout avant de revenir en terrain de confiance. Cela peut prendre quelques mois. Voire plusieurs années comme dans le cas de la crise des caisses d’épargne américaines.

  6. Pourquoi les Bourses baissent- elles autant ?

    Le secteur bancaire est le seul à avoir autant d’influence sur le reste de l’économie de par son premier métier : prêteur. Mais les banques prêtent leur parapluie quand il fait beau et le reprennent souvent dès qu’il pleut. Les entreprises doivent aujourd’hui montrer un bilan sans tache pour pouvoir recourir à un emprunt. La crise aidant, cet emprunt sera plus cher. Les entreprises peuvent donc moins investir, moins diversifier leurs produits et les perspectives bénéficiaires baissent. D’où l’impact sur les Bourses.

  7. Ma pension complémentaire est-elle touchée ?

    Selon la dernière étude de Mercer, sur 96 fonds actifs (2/3 du total), la performance moyenne des fonds de pension sur 2007 est de 0,7 %, alors qu’elle surfait sur une performance de près de 11 % entre 2003 et 2006. La catégorie d’actifs la plus importante de ces fonds concerne en effet les actions (48,1 %), loin devant les obligations. Pour les assurances de groupe, la performance aura été réduite en 2007 pour ceux qui ont pris la formule à « cotisations fixes ». Qu’elle soit investie en actions (la chute des Bourses), ou en obligations (l’inflation reste le risque de l’employé), l’impact est non négligeable.

  8. Les Etats-Unis sont-ils déjà en récession ?

    Pour certains, la menace n’est que théorique. Pour d’autres, ce serait déjà une réalité. Le dernier sondage de « Bloomberg » fait état d’une prévision de croissance médiane de 0,1 % au premier trimestre 2008, en baisse par rapport au précédent sondage (0,5 %). L’économie américaine a crû de 0,6 % au quatrième trimestre. Martin Feldstein, économiste de Harvard qui fait partie du comité qui décide si les Etats-Unis sont ou non en récession, estime que la récession a déjà commencé depuis le mois de décembre et qu’elle pourrait être la pire depuis la Seconde guerre mondiale.

  9. Quel est ce phénomène de stagflation dont on parle tant ?

    La «stagflation » a durement marqué les Etats-Unis durant les années 70. Il s’agit d’une stagnation économique avec une accélération de l’inflation alimentée ici par les prix élevés des matières premières. L’inflation actuelle se situe toutefois encore très loin des niveaux observés durant les années 70. Les économistes soulignent en outre que la stagflation implique une augmentation coordonnée des salaires, qui n’a, pour l’heure, pas eu lieu.

  10. Quid de l’Europe ?

    Peu d’observateurs mettent en doute l’impact négatif d’un ralentissement économique américain. L’Italie est souvent considérée comme l’économie la plus exposée. La zone euro est en outre paralysée par la force relative de sa devise face au dollar, pénalisant ses exportations. Tout dépendra aussi du comportement de la Banque centrale européenne (BCE). Une baisse des taux pourrait soulager l’économie et réduire la pression à la hausse sur l’euro par rapport au dollar. Mais l’inflation, unique mandat de la BCE, est à son plus haut et empêche l’institut de Francfort d’être plus conciliant.

  11. Quid des marchés émergents ? Assistons-nous à un « découplage » entre les économies émergentes et celle des Etats-Unis ?

    Les avis sont, ici aussi, partagés. Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a rejeté cette semaine l’existence d’un tel «découplage ». Un scénario noir repris par Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI pour qui il n’y aurait qu’un « décalage dans le temps ». Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE, notait lui que «les pays traditionnellement en crise comme l’Amérique latine semblaient mieux préparés ».

  12. Qu’est-ce qu’une dépression ?

    C’est une récession qui s’inscrit dans la durée. Les références à la Grande dépression des années 1930 (qui a duré 20 ans) se sont multipliées ces derniers temps. À l’époque, les banques s’étaient également empêtrées à leur insu dans des investissements douteux. La banque centrale américaine avait alors permis aux banques d’affaires d’emprunter directement à son guichet d’escompte. Elle ne l’a plus fait jusqu’en… 2008. Pour la première fois depuis lors, elle est également venue au secours d’une banque, Bear Stearns en l’occurrence (qui avait traversé sans encombre la Grande dépression…).

  13. Le système financier américain peut-il faire faillite ?

    Pour l’instant, quelques établissements hypothécaires et des fonds d’investissement ont été victimes d’une faillite. La dernière en date est celle du fonds du groupe Carlyle, qui gérait pour 21,7milliards d’actifs. Rien de tel pour la banque d’investissement Bear Stearns ou la banque britannique Northern Rock chez qui les actifs devraient continuer à être gérés normalement par les repreneurs. Aucune banque n’est à l’abri d’un problème de financement. Tant que la crise de confiance durera, un tel épisode peut se reproduire. Et entraîner un effet d’engrenage peu enviable…

  14. Les banques belges sont-elles menacées ?

    Nos banques belges sont des banques commerciales qui, contrairement à une banque d’investissement comme Bear Stearns, ont une activité de services aux particuliers, comme l’épargne, qui leur assure un socle de financement important. Leurs ratios de solvabilité sont aussi scrutés avec soin par les régulateurs et doivent constamment montrer un niveau spécifique. En témoignent les multiples démarches de Fortis pour relever le sien.

  15. Le contribuable américain devra-t-il payer ?

    Les centaines de milliers de foyers jetés dans la rue après la saisie de leur bien immobilier ont déjà payé cher la crise actuelle. Pour l’instant, à part le plan de relance donnant un cadeau fiscal de 168 milliards de dollars aux ménages pour relancer la consommation, le gouvernement US n’a pas déboursé un seul centime pour résoudre ces problèmes. La garantie offerte par la Réserve fédérale sur les 30 milliards de dollars d’actifs jugés invendables de Bear Stearns pourrait coûter les premiers dollars au contribuable US si ces actifs se dévalorisent au-delà d’un certain niveau.

  16. Le contribuable belge devra-t-il payer ?

    Le sauvetage d’une banque belge par le gouvernement, à l’instar de Northern Rock, est hautement im probable, vu l’indépendance relative de nos établissements et leurs ratios de solvabilité. Le seul frais à la charge du contribuable belge serait une crise économique imputable au ralentissement économique américain.

  17. Combien la crise va-telle coûter ?

    Les pronostics vont de 285 milliards de dollars, un montant proposé dernièrement par l’agence de notation Standard & Poor’s, aux 2 000milliards de dollars estimés l’année passée par Goldman Sachs. La crise des subprimes a déjà coûté 200milliards de dollars en pertes et dépréciations d’actifs aux banques dans le monde.

  18. Que peut encore faire la Réserve fédérale américaine ?

    Beaucoup d’observateurs s’inquiètent du peu de marge de manoeuvre qu’il lui reste. En diminuant son taux directeur à 2,25 %, la Fed ne peut en effet plus aller beaucoup plus loin. Juste après les attentats du 11 septembre, elle était descendue jusqu’à 1,75 %, avant d’atteindre 1 % deux ans plus tard et de créer les conséquences que nous connaissons aujourd’hui. En effet, un taux bas peut créer d’autres problèmes. Celui de la Fed se situe près de 2 % en dessous de l’inflation. En terme réel, l’investisseur y gagne en empruntant. C’est le but. L’économie retrouve une bouffée d’air. Mais cela alimente une nouvelle fois l’inflation, voire de nouvelles bulles.

  19. En quoi la crise financière pèse-t-elle sur le dollar ?

    Les caractères fondamentaux de la chute du dollar sont le double déficit américain : déficit public et déficit de la balance commerciale. La crise financière est venue ajouter un nouveau paramètre, elle affaiblit l’économie. L’attrait d’actifs libellés en dollars est donc moindre. D’autant que les rendements proposés diminuent au fur et à mesure de l’abaissement des taux directeurs de la Réserve fédérale.

  20. Le dollar va-t-il continuer à s’effondrer face à l’euro ?

    Le différentiel des taux directeurs entre l’Europe (4 %) et les Etats-Unis (2,25 %) s’accentue et met une pression durable sur le billet vert. Attirés par ce différentiel, les investisseurs empruntent en dollar pour investir en Europe. C’est ce qu’on appelle le « carry trade », qui rend abrupts les mouvements sur les taux de change. Sur le court terme, les analystes s’accordent à dire que seule une intervention combinée des banques centrales pourrait stabiliser le dollar. Jusqu’ici, les Etats- Unis n’ont guère montré d’enthousiasme. À moyen terme, une reprise de l’économie américaine pourrait profiter à nouveau au dollar. Reste à définir ce moyen terme...
Serge Quoidbach
12:23 - 03/04/2008 Copyright © L'Echo.be

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