ABN Amro: entre intégration et démantèlement complet

Avec l'arrivée dans la course du trio bancaire, le management d'ABN doit choisir: recevoir davantage ou survivre. La lutte fait rage pour s'accorder les faveurs de la banque néerlandaise ABN Amro.

(l'écho) Trois semaines après l'annonce de négociations exclusives entre ABN et Barclays et de nombreuses rumeurs, le trio composé de Royal Bank of Scotland, Santander et... de Fortis est sorti de l'ombre (lire notre édition de samedi). Leur but à ce jour: avoir accès à la même information que Barclays; et ce avant la fin de la phase d'exclusivité, prévue pour le 18 avril. Pour l'heure, cette demande est restée lettre morte auprès du management d'ABN Amro, qui espère, selon le «Financial Times», arriver à un accord avec Barclays dans 48 heures.

Face à cet immobilisme, le consortium a déjà déclaré que son offre amicale pourrait devenir plus agressive même si une offre inamicale de ce niveau reste compliquée.

Deux prix, deux visions

Au centre de deux stratégies, ABN Amro fait donc l'objet d'offres à valorisation différentes.

  • Le rapprochement avec Barclays. La Britannique pourrait débourser entre 33 et 35 euros par action, soit entre 64,3 et 67,8 milliards d'euros au total. Son objectif: créer une grande banque européenne, avec une assise mondiale. «Barclays veut reprendre toutes les activités de la Néerlandaise et les joindre aux siennes», indique Ivan Lathouders, analyste chez Degroof. Le «hic»: l'offre de Barclays pose des problèmes de synergies. Un point qui explique le «faible» niveau de prix avancé. Dès lors, l'offre de Barclays pourrait être accueillie de façon mitigée par les actionnaires. Mais elle semble avoir le soutien du management, probablement soucieux de préserver sa place, et principalement de Rijkman Groenink, président du comité de direction.
  • L'offensive du consortium. Les trois banques pourraient offrir 40 euros l'action, voire plus encore. Un prix supérieur qui s'explique par les synergies possibles. Si ABN devait tomber dans le giron de RBS, SCH et Fortis, ce serait le démantèlement d'ABN et donc sa fin. Et pour cause, si Fortis lorgne les activités aux Pays-Bas, Royal Bank of Scotland cible les états-Unis et Santander l'Amérique latine et l'Italie. «Ces banques sont déjà présentes dans ces zones. Il y a donc plus de possibilités de chevauchement qu'il n'en existe entre Barclays et ABN. Une réorganisation des réseaux est possible», indique-t-on chez Theodor Gilissen. Hasard du calendrier ou pas, RBS a annoncé la vente de ses hôtels Marriott pour 1,1 milliard de livres. Besoin de liquidités?

Afflux d'offres

De nombreux analystes semblent accorder leur voix au scénario du consortium. «C'est le scénario idéal qui a reçu l'accord de la banque centrale qui voit dans Fortis une solution à l'ancrage néerlandais», indique Bertrand Veraghaenne de Petercam Asset Management, qui insiste sur le fait que ce deal n'est pas synonyme d'une vague de fusions «crossborder».

Certains s'interrogent par ailleurs sur le timing choisi pour sortir du bois. «Le moment de la demande est curieux. Alors que les trois banques auraient besoin de plus de temps pour considérer le dépôt d'une offre, cette annonce si proche de la fin de phase d'exclusivité ABN-Barclays pourrait être vue comme une façon de ruiner le show de Barclays en dopant le prix de l'action ABN», indique-t-on chez Oriel Securities.

Certains entrevoient l'arrivée d'autres candidats. On parle de l'espagnole BBVA plus favorable à la participation d'une vente aux enchères - mais déjà aux prises avec une augmentation de capital -, ou des géants tels que HSBC ou Citigroup. Enfin, auprès de KWB, on estime que le consortium idéal pour reprendre ABN devrait comprendre Bank of America, Bank of Montreal et ING. Pour ce dernier, un souci de concurrence pourrait voir le jour aux Pays-Bas.

L'association néerlandaise des investisseurs boursiers, la Vereniging van Effectenbezitters (VEB), exige elle plus de clarté sur l'opposition du management à une scission et sa préférence accordée à l'offre de Barclays. Dominique Liesse

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