ABN Amro: la guerre des trois aura-t-elle lieu ?

Un consortium de trois banques, Royal Bank of Scotland, SCH et la belgo-néerlandaise Fortis, ont proposé un rapprochement au groupe néerlandais ABN Amro, a indiqué vendredi ce dernier, déjà convoité par Barclays.

Bruxelles (L'Echo) Rien n'est décidément facile pour ABN Amro. Mise sous pression par ses actionnaires, mécontents de l'évolution du cours du titre, la première banque hollandaise a bien du mal à trouver sa voie. Le rachat en 2005 pour 8 milliards d'euros de l'Italienne Antonveneta n'a guère souri à ABN Amro qui l'an dernier annonçait la suppression de 2.400 emplois à travers le monde. Et on ne reviendra pas sur l'échec de la tentative de rachat de la Générale de Banque, il y a une dizaine d'années.

La banque est elle-même le fruit d'une fusion intervenue en 1991 entre ABN Bank et Amro Bank. Mais depuis cette année clé, la gagne ne semble plus au rendez-vous lorsqu'il s'agit de boucler une alliance. Et pourtant. L'annonce au mois de mars de discussions avec Barclays laissait présager pour ABN un " happy end " qui aurait du même coup effacé les faux pas du passé. Pensez : la nouvelle entité pèserait au bas mot 175 milliards de dollars de capitalisation boursière. Un géant du secteur. Avec son siège à Amsterdam mais de droit britannique et avec une cotation principale à Londres, il a été tenu compte des sensibilités nationales. Et d'un partage équilibré du pouvoir : à Barclays la nomination du premier directeur général et à ABN le premier président du conseil d'administration.

Mais l'idylle qui, selon certaines sources de marché, connaissait ces derniers jours quelques crispations risque bien de voler en éclats.

C'est que, ce que l'on pouvait subodorer au fil des rumeurs de presse récentes, a désormais bel et bien pris corps. Ce n'est pas un, ni deux mais bien trois groupes bancaires qui ont décidé de se pencher ensemble sur le dossier ABN Amro dans l'objectif de se partager ses actifs. Dans une lettre datée du 12 avril adressée aux responsables de la banque hollandaise Royal Bank of Scotland, Santander et Fortis ont exprimé leur intérêt pour ABN Amro et ont demandé de pouvoir exercer une procédure de " due diligence " (examen des comptes, Ndlr) au même titre que Barclays. Réponse de l'intéressée : " Nous avons bien reçu votre missive que nous examinerons avec attention. Mais nous menons actuellement des négociations exclusives avec Barclays dans le cadre d'une éventuelle mise en commun de nos activités. "

La sortie du bois de RBOS et de Banco Santander n'est pas étonnante. Leurs noms revenaient avec insistance. Il faut dire que ces deux-là se connaissent de longue date. Des amis de vingt ans, en fait. Une amitié concrétisée par des participations croisées et des représentations au sein des conseils d'administration. La réelle surprise c'est de voir le groupe belgo-néerlandais Fortis rejoindre ce tandem, là où il aurait pu jouer la partie en solo. Mais le CEO de Fortis et ses actionnaires, ont sans doute préféré jouer la carte de la sécurité plutôt que de se lancer seuls dans une OPA hostile avec, peut-être comme concurrentes les alliées d'aujourd'hui.

Le scénario d'une fusion avec Barclays pour donner naissance à un mastodonte européen est certainement plus séduisant qu'une vente à appartements des divisions d'ABN Amro. Intégrée au sein de trois groupes différents, le leader néerlandais y perdrait son âme.

Mais ce genre de considération risque d'avoir peu de poids face à l'argument du prix. Le trio pourrait en effet offrir jusqu'à 40 euros par titre ABN affirment des observateurs alors que l'on évoque un prix de 34 euros dans le chef de Barclays. L'action a clôturé vendredi à 33,65 euros. Reste que l'on peut compter sur le fonds TCI, actionnaire d'ABN, pour faire monter les enchères. Au point de mettre les deux offres dos-à-dos et laisser le marché jouer les arbitres ? On saura bientôt si la guerre des trois aura lieu… Stéphane Wuille

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