Fortis et ABN Amro unis? «Un scénario plausible»

Sans remonter au désormais mythique projet de «grande banque belge», les tentatives récentes de rapprochement dans notre secteur bancaire n'ont guère été couronnées de succès. On se souvient que, durant l'été 2005, Jean-Paul Votron, le patron de Fortis, avait bien tenté de mettre la bague au doigt de Dexia, en vain.

(l'écho) Il reste actuellement quatre grands acteurs bancaires opérant sur le territoire belge, dont seul KBC est à 100% belge. Dexia est toujours détenue par des capitaux français et belges après une tentative avortée de fusion avec une banque italienne, Fortis a des racines aux Pays-Bas et ING Belgique est une filiale d'un groupe hollandais.

Et si le destin de Fortis se trouvait finalement outre-Moerdijk sous la forme d'une fusion entre égaux avec ABN Amro? Pour Jean-Pierre Lambert, analyste financier chez Keefe, Bruyette & Woods (KBW) à Londres, il s'agit là d'un «scénario plausible». C'est ce qu'il s'est attaché à démontrer dans une analyse fouillée d'une dizaine de pages.

Un tel rapprochement générerait des synergies de coûts annuelles de 1,6 milliard d'euros, estime-t-il, et une progression de 12% du cours de l'action des deux établissements. Et pourrait même être relative à hauteur de 5% du bénéfice par action dès 2008.

«C'est une fusion qui ressemblerait par son aspect synergies de coûts à celle réalisée entre le Crédit Agricole et le Crédit Lyonnais», nous a précisé Jean-Pierre Lambert. «Quelque 70% de ces synergies seraient issues des activités de wholesale banking» (entreprises, marchés des capitaux, Bourse... Ndlr).

Autre atout qui jouerait en faveur de cette union, la taille. «Une telle opération donnerait naissance à un grand groupe bancaire européen. Avec une capitalisation boursière proche de 100 milliards d'euros, il bénéficierait d'une forte influence dans le Benelux», a souligné le spécialiste de KBW qui ne doute pas de l'accueil positif que ne manquerait pas de recevoir cette fusion dans le chef des hommes politiques des deux côtés de la frontière.

La proximité géographique faciliterait aussi la répartition des responsabilités. Jean-Pierre Lambert verrait bien l'actuel CEO de Fortis diriger le nouvel ensemble et Maurice Lippens le présider. Mais il se rend compte que deux Belges aux commandes serait inacceptable du côté hollandais. à moins que, dans un premier temps, deux CEO se répartissent les tâches.

Mais pour assister à la naissance de ce nouveau géant européen, il faudra gérer au mieux le poids du passé. «En 1998, ABN Amro était candidate au rachat de la Générale de Banque qui est finalement revenue à Fortis, a rappelé Jean-Pierre Lambert. Il y a peut-être encore du ressentiment du côté de certains membres de la direction de la banque hollandaise.»

Il faudra aussi un élément déclencheur qui pousse ces établissements financiers dans les bras l'un de l'autre. «Aujourd'hui, il n'y a pas de pression extérieure, relève l'analyste. Les banques génèrent du cash-flow excédentaire. Une fusion n'est pas nécessaire dans l'immédiat. Mais l'occasion pourrait venir de la pression d'une autre offre moins désirable.» Enfin, il y a un point sur lequel les deux groupes ne sont pas sur la même longueur d'onde: ABN Amro n'est pas intéressée par la production dans le secteur assurance. «Mais chez Fortis, Jean-Paul Votron développe davantage la banque que l'assurance. C'est peut-être une communauté de vue», conclut l'analyste.

Jean-Pierre Lambert est à «surperformer» sur le titre ABN Amro avec un objectif de cours de 30,8 euros (pour un cours actuel de 24,7 euros). Pour Fortis, il estime que l'action est en ligne avec le marché. Stéphane Wuille

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