La fusion Barclays - ABN Amro: une opération non dénuée de sens

Ce rapprochement serait la plus grande fusion transnationale d'Europe et sauverait ABN Amro, actuellement sous le feu des critiques.

(l'écho) Convoité par une large partie du gotha bancaire européen, ABN Amro pourrait se décliner à la mode britannique.

En effet, selon les rumeurs de presse, la banque Barclays aurait entamé avec le Néerlandais des discussions en vue d'une fusion, créant un géant valorisé à 120 milliards d'euros. Barclays n'a pas souhaité s'appesentir sur le sujet, annonçant plus de détail pour ce mardi. Néanmoins, l'information boostait les cours boursiers des banques européennes.

Selon les premières estimations, Barclays offrirait 31,3 euros par action ABN Amro et pourrait même aller au-delà s'il devait se défaire de certaines activités qui ne s'intègrent pas dans la stratégie. Au total, le Britannique débourserait quelque 60 milliards d'euros pour se rapprocher du groupe néerlandais.

Bonus géographique

Du côté des analystes, on s'entendait dire qu'une telle opération, si elle devait se réaliser, ne serait pas dénuée de sens. Il y a un mois, John Varley, CEO de Barclays, énonçait à un parterre d'analystes sa volonté de croître de façon «agressive» avec notamment un accent sur les marchés émergents. «Un tel rapprochement aurait du sens tant au niveau stratégique que géographique», indique Guy de Blonay, gestionnaire de fonds auprès de New Star Asset management Groupe Plc.

ABN Amro est en effet présent dans 53 pays. La banque LaSalle, à Chicago, devrait ainsi permettre à Barclays de développer sa banque de détail hors Royaume-Uni et se reforcer dans les segments gestion d'actifs et gestion de patrimoine. La présence d'ABN Amro en Asie-Pacifique est également une aubaine pour la Britannique. Elle pourra ainsi se reposer sur les activités indiennes, taïwanaises, chinoises, pakistanaises, indonésiennes, malaisiennes, de Singapour et de Hong Kong de la «perle d'outre-Moerdijk».

Et ce alors que Barclays est déjà bien positionné en Europe, certes, mais également en Afrique. Seul point noir: l'activité banque d'investissement.

Les analystes s'interrogent sur les synergies possibles entre les activités du courtier anglais Hoare Govett (ABN) et Barclays Capital très présent dans les marchés de la dette.

ABN sauvé de ses proies

Selon le «Sunday Times», de par ces contacts informels, Barclays endosse la cape de «chevalier blanc sauvant ABN de ses difficultés».

Au début du mois, le fonds d'investissement TCI et la banque d'investissement SNS critiquaient la stratégie du groupe néerlandais. TCI allait jusqu'à militer pour un démantèlement d'ABN Amro qu'il juge «notoirement sous-évalué». Il a ainsi invité la direction à céder des actifs ou à examiner une vente totale de l'établissement.

Autre investisseur présent au capital: le fonds spéculatif britannique Toscafund, qui déclare pour sa part que les performances financières d'ABN Amro ont été faibles ces dernières années, s'est récemment montré en faveur d'un rachat. Néanmoins, si Barclays devait renoncer à ABN, d'autres enseignes sortiraient du bosquet. Fort de son acquisition en Italie de la Banca Nazionale del Lavoro, BNP Paribas est en quête d'une consolidation de sa présence dans la péninsule. Un pays dans lequel ABN est propriétaire de Antonveneta.

BBVA, éconduit dans le dossier BNL, pourrait bénéficier de la position du Néerlandais au Brésil pour compléter son maillage en Amérique latine. Notons encore, parmi les prédateurs, ING et Société Générale, alors que Fortis, récemment considéré comme une mariée sensée pour ABN, pourrait, tel un chevalier blanc, faire part de son intérêt pour certains actifs. D.Li.

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