Alain Declercq (Banque CPH) "En Wallonie, on n'aime pas les têtes qui dépassent. Il faut changer cela"

Alain Declercq: "Il faut plus d'esprit d'entreprise." ©© Emy Elleboog

Il ne fait pas la "Une" tous les deux jours, c'est sûr. Mais cela faisait un moment qu'on voulait revoir Alain Declercq pour faire le point sur la maison qu'il dirige depuis... 25 ans. Basée à Tournai, active en Hainaut, Brabant wallon et Namurois, Banque CPH est une petite banque avec ses 2,1 milliards d'euros d'épargne confiée et son 1,7 milliard de crédits octroyés, essentiellement du crédit logement. Mais tout est là justement: CPH revendique son statut de petit acteur dans un secteur très concentré. Et le cultive.

Les phrases clés

"Nous sommes petits et nous voulons le rester. Être petit est une force."

"Nous avons la capacité d'investir car nos profits restent dans la maison."

"En Wallonie, il y a trop d'emplois publics par rapport aux emplois privés. OK, quand ça va mal, cela a l'effet d'un amortisseur mais ce n'est pas créateur d'emplois, ni de richesse."

"Il n'y a pas 36 solutions. Soit vous êtes petit, soit vous êtes grand. Être moyen n'a aucun sens car vous avez alors les coûts d'un grand et les revenus d'un petit. Vu le marché de la banque de détail en Belgique, où quatre banques ont 80% du marché, devenir grand est utopique. Le marché est figé. Donc oui, nous sommes petits et nous voulons le rester."

Il y a une raison plus fondamentale à ce choix, selon Alain Declercq: "Notre stratégie de banque coopérative de proximité." Mais encore? "Nous transformons le surplus de cash de nos clients en crédits à d'autres clients. Nous n'allons pas nous improviser 'private banker' ou 'corporate banker'. Notre modèle est simple, facile à comprendre et il a prouvé qu'il était solide. En 2008, lors de la crise bancaire, nous n'avons pas mis de genou par terre, contrairement aux grandes banques. Il y a une raison à cela: étant petit, nous ne sommes pas 'too big to fail'. Nous sommes obligés d'être solides car personne ne volera à notre secours si nous flanchons."

"Être petit est une force"

OK. Mais une banque petite et indépendante a-t-elle les moyens de suivre le rythme dans la course à la digitalisation? "Ici aussi, être petit est une force. Nous sommes réactifs et intégrés, nous n'avons pas à réconcilier mille bases de données différentes. Nous avons par ailleurs la capacité d'investir car nos profits restent dans la maison. Notre taux de distribution vers nos 35.000 coopérateurs particuliers est de 10 à 15%. Nous n'avons pas à faire remonter nos profits vers une maison-mère." Le banquier pointe un autre indicateur dont il n'est pas peu fier: le rapport entre coûts et revenus est chez CPH de 44%. "Pour trouver mieux en Belgique, vous pouvez chercher."

En 2019 et 2020, le chantier numéro un pour CPH est d'ailleurs de basculer en omnichannel, "c'est-à-dire que le client puisse gérer de la même manière ses comptes, indépendamment du canal choisi (agence, PC, smartphone)." Ce sera peut-être le dernier grand chantier d'Alain Declercq (58 ans). Il a en tout cas dealé avec le président du conseil d'administration, Pierre Rion, qu'il resterait jusqu'à la fin du mandat de ce dernier, soit avril 2021. Et après? "On verra... mais rien n'est décidé dans un sens ou dans l'autre."

Créer de la richesse

Forcément, vu le poste d'observation qui est le sien, Alain Declercq doit avoir un avis sur l'économie wallonne. On se trompe? "Je ne fais pas de politique mais, quand je recrute, je trouve que souvent le candidat cherche la sécurité avant de voir le défi du job. Le problème de la Wallonie selon moi, c'est que quand quelqu'un réussit, on n'aime pas. En Wallonie, on n'aime pas les têtes qui dépassent. Il faut changer cela. Il y a pourtant des talents en Wallonie. C'est une terre historique d'entrepreneurs et ça bouge bien, regardez les pôles biotech par exemple, mais il faut un état d'esprit qui aille plus loin. Il y a trop d'emplois publics par rapport aux emplois privés. OK, quand ça va mal, cela a l'effet d'un amortisseur mais ce n'est pas créateur d'emplois, ni de richesse. Or, pour répartir la richesse, il faut d'abord en créer. C'est là que l'accent doit être mis: il faut plus d'esprit d'entreprise. Cela passe par les PME."

Les chiffres clés

18%

La solvabilité

Les ratios sont costauds chez Banque CPH, qui dispose notamment de 332 millions d'euros de capitaux propres (à fin 2017) pour un total de bilan de 2,5 milliards d'euros.

5%

La croissance

La banque vise une croissance organique annuelle de 5% de ses volumes. En 2017, l'encours de crédits a augmenté de 11% (à 1,7 milliard d'euros) et le total des dépôts de 1,7% (à 2,1 milliards).

220

Le staff

Avec 28 agences (Hainaut, Brabant wallon, Namur) et un staff de 220 personnes, Banque CPH estime avoir la bonne taille.

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