Ampacimon, la spin-off liégeoise qui dope les réseaux électriques dans le monde

©RTE France

Ampacimon a d'abord, un peu en catastrophe, équipé le réseau belge d'Elia pour lui permettre d'importer plus d'électricité.

Elle travaille désormais dans plusieurs pays d'Europe, en Uruguay ou aux Etats-Unis. Et elle vient de décrocher un premier contrat en Inde, particulièrement prometteur.

La technologie développée par Ampacimon, spin-off de l'ULiège créée en 2010, après quelques années de recherche menées par les équipes des professeurs Lilien et Destiné, est assez simple au premier abord: des capteurs installés sur les portions critiques des lignes électriques à haute tension mesurent, par des analyses vibratoires, la 'flèche' de la ligne ainsi que le vent, qui même à faible vitesse, refroidit la ligne et permet de doubler sa capacité.

"Quand la ligne chauffe, elle s'allonge et se rapproche dangereusement du sol, explique Frédéric Vassort, CEO de l'entreprise depuis 2013. Jusqu'ici, les gestionnaires de réseau ne pouvaient pas mesurer cette flèche, et utilisaient donc le 'worst-case scenario' pour dimensionner leurs lignes, ce qui conduit à les sous-exploiter considérablement. En procédant à des mesures en conditions réelles, couplées à un software qui permet de faire des prévisions jusqu'à deux jours, nous leur permettons d'augmenter la capacité de 10 à 50%. De quoi éviter de coûteux investissements dans de nouvelles lignes."

Un contrat en Inde

Ampacimon a d'abord, un peu en catastrophe, équipé de ses capteurs les interconnexions internationales d'Elia pour lui permettre d'importer plus d'électricité, alors que la Belgique était menacée par des pénuries d'électricité. "Le gestionnaire du réseau de transport belge a été le premier au monde à s'équiper largement, y compris sur des lignes domestiques. D'autres sont en train de suivre, souligne Frédéric Vassort. Nous avons installé notre technologie sur 6 ou 7 lignes de RTE en France; en Allemagne, nous discutons avec différents gestionnaires de réseau de transport, et nous allons équiper une ligne du réseau de distribution d'une filiale de Transnet. Des pilotes sont en cours en Angleterre, en Espagne ou en Italie. Nous avons gagné deux contrats l'an dernier en Uruguay, nous sommes actifs aux Etats-Unis, notre technologie est déployée en Martinique et bientôt en Guadeloupe, et nous venons de décrocher un premier contrat en Inde, dans la région de Bombay. L'Inde est particulièrement prometteuse, puisqu'elle a l'intention d'utiliser cette technologie pour décongestionner ses réseaux et permettre l'intégration des renouvelables."

Ampacimon, basée à Grâce-Hollogne, emploie aujourd'hui 15 personnes. Elle devrait réaliser cette année un chiffre d'affaires de quelque 3 millions d'euros et signer sa troisième année bénéficiaire consécutive. "Nous autofinançons notre croissance avec le cash que nous générons et l'augmentation de capital à laquelle nous avons procédé en 2015", note son CEO. Ses actionnaires? L'ULiège, Elia et Creos, le gestionnaire de réseau luxembourgeois, à hauteur de 20% chacun, ainsi que les fondateurs, le CEO et quelques employés.

Parmi les projets d'Ampacimon: développer des produits davantage focalisés sur les réseaux de distribution - pour lesquels elle dispose déjà de capteurs adaptés - et de nouveaux produits, comme la détection de la formation de glace. Avec, toujours en ligne de mire, le marché mondial, et encore un sérieux défi à résoudre: faire évoluer le cadre régulatoire. "Presque partout dans le monde, les gestionnaires de réseau sont rémunérés sur la base de la valeur de leurs actifs régulés: ils ont donc intérêt à investir des milliards dans de nouvelles lignes, plutôt que d'augmenter les capacités du réseau existant avec des systèmes peu coûteux, explique Frédéric Vassort. Le régulateur belge a corrigé le tir, en donnant de gros incitants à Elia pour augmenter ses capacités d'import-export. Mais c'est encore une exception."

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