Belfius vaut un milliard de moins qu'il y a quelques mois

Les turbulences sur les marchés ont réduit la valeur de la banque de 10 à 15%.

Belfius prépare son entrée en Bourse. L'objectif a été fixé à fin octobre, début novembre. Mais la banque a encore besoin du feu vert du gouvernement Michel. La question sera à l'agenda du cabinet restreint du début du mois prochain. Mais on peut se demander si le gouvernement Michel osera donner son aval à l'opération. Selon plusieurs sources, la crise turque et les turbulences qui agitent les marchés ont lourdement affecté la valorisation de la banque.

Alors que Belfius était encore évaluée à entre 6 et 8 milliards d'euros il y a quelques mois, sa valeur a entre-temps baissé. Un récent rapport des banques d'affaires qui accompagnent son entrée en Bourse lui attribue une valeur de 5 à 7 milliards d'euros. Certes, c'est toujours plus que les 4 milliards d'euros qui avaient été déboursés pour acquérir Belfius. Mais cette fourchette représente aussi une baisse significative. Selon des sources gouvernementales, Belfius a perdu de 10 à 15% de sa valeur depuis le début de cette année. Ce n'est pas étonnant, puisque les taux bas - la BCE a fait savoir en juin qu'elle maintiendrait ses taux directeurs à zéro jusqu'à l'automne 2019 - pèsent depuis plusieurs mois sur les actions bancaires. Les banques sont ainsi le secteur le moins performant en Bourse en 2018, avec une perte de 15% pour le sous-indice DJ Stoxx Banques. Si l'on applique cette correction moyenne à Belfius, on en arrive même, du côté bas de la fourchette précitée, à une baisse de la valeur boursière de près d'un milliard d'euros.

Comme le gouvernement Michel veut introduire 30% de la banque d'État en Bourse, il toucherait aujourd'hui quelques centaines de millions d'euros de moins qu'en avril. À l'époque, le vice-Premier ministre CD&V Kris Peeters avait bloqué l'opération dans l'attente de garanties pour les coopérateurs d'Arco.

Le gouvernement Michel se trouve donc devant un arbitrage délicat. "Il est difficile d'introduire une entreprise en Bourse quand on sait que sa valeur était encore beaucoup plus élevée quelques mois plus tôt", souligne un observateur. Mais le gouvernement veut aussi réduire la dette publique, afin que le taux d'endettement soit toujours inférieur à 100% du produit intérieur brut au terme de la législature. Un objectif mis en avant par le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA).

Arco encore et toujours

Le gouvernement ne voudra cependant prendre aucun risque. Il n'a en effet aucune envie de se retrouver face à une foule d'investisseurs mécontents si l'action dévisse brutalement peu après l'entrée en Bourse.

De plus, on peut s'interroger sur la volonté politique réelle d'introduire Belfius en Bourse. Car l'opération est liée à une compensation pour les coopérateurs Arco. Le gouvernement veut utiliser une grande partie du produit de la vente de Belfius pour indemniser les coopérateurs trompés. Or il n'est pas acquis que l'accord trouvé pour Arco en juillet satisfasse tout le monde au sein de l'exécutif. La N-VA a déjà affirmé qu'elle ne voulait pas verser un centime aux coopérateurs sans l'aval de l'Europe. Le CD&V estime que c'est possible. Il n'est pas exclu que le CD&V exige des garanties solides pour Arco avant d'autoriser l'entrée en Bourse.

Enfin, le gouvernement ne peut se permettre de laisser la discussion traîner en longueur. Si le feu vert n'est pas donné à la mi-septembre, une entrée en Bourse fin octobre ou début novembre, comme le prévoit la fenêtre actuelle, est exclue.

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content