Chez les pilotes de Ryanair, les grèves prennent de l'ampleur

"Ce n'est qu'un début", prévient Alain Vanalderweireldt, président de la Belgian Cockpit Association. ©© BELGA

Remontés qu'ils étaient! Portés par l'ampleur internationale de leur action de ce vendredi, les pilotes ont montré ce jeudi qu'ils ne comptaient pas lâcher la bride de sitôt. Et préviennent: il y aura d'autres actions. Sauf si...

LE RÉSUMÉ

Le mouvement de grève des pilotes de la low cost initié par les Belges et les Suédois est suivi par les Irlandais, les Allemands et les Néerlandais.

Pour les pilotes, le temps du changement des conditions de travail est arrivé.

À long terme, le mouvement risque fort de s'amplifier, ce qui ternira l'image de Ryanair.

"C'est maintenant qu'il faut que cela change!" Alain Vanalderweireldt, président de la Belgian Cockpit Association (BeCA, l'union professionnelle des pilotes belges), n'y est pas allé par quatre chemins ce jeudi après-midi, lors d'un point-presse: "Ryanair ne cherche qu'à gagner du temps, mais la grève de ce vendredi lui montrera qu'il y a amplification du mouvement de contestation." En effet, après les Belges, les Suédois et ensuite les Irlandais (pour la quatrième fois en ce qui les concerne), ce sont les Allemands et les Néerlandais qui ont décidé de se joindre à l'action.

Résultat, le réseau de Ryanair sera considérablement perturbé ce vendredi, avec plus de 500 vols annulés en Europe, dont 106 au départ de la Belgique (et 82 de Charleroi). Pour l'anecdote, il est à noter qu'en fin d'après-midi, jeudi, on n'était pas encore sûr de l'ampleur de l'action aux Pays-Bas, la loi néerlandaise n'acceptant pas les grèves du transport aérien les week-ends pendant les vacances. Des week-ends qui commencent... le vendredi matin.

Et, pour le président de la BeCA, "ce n'est qu'un début". Peut-être pas une nouvelle fois durant le mois d'août "car nous sommes trop soucieux des passagers qui ne sont en rien responsables du conflit, mais très certainement sur le long terme; le personnel navigant se laisse de moins en moins faire par les menaces de la direction". Au contraire, ce sont les menaces de Michael O'Leary qui déclenchent la colère de son personnel, de plus en plus solidaire: les menaces (à peine) voilées de licenciement au personnel de cabine pour absences injustifiées; les menaces de délocalisation dans les pays de l'Est des pilotes irlandais - "Nous avons cent pilotes de trop, mais peut-être auront-ils la chance de trouver une alternative en Pologne" - et surtout des négociations aux échelons nationaux qui s'enlisent.

Quand la question a été posée précisément au patron de la BeCA sur les actions futures, l'absence de grève en août n'était pas une certitude absolue, cela dit: "D'abord, on verra la réaction de la compagnie face à l'ampleur du mouvement. On espère que l'ambiance sera à l'ouverture de négociations sur un mode apaisant. Si, au contraire, on assiste de nouveau à des déclarations pétaradantes et provocatrices, on risque des retours de flamme assez rapides."

"Comparez les rapports annuels d'EasyJet et de Ryanair, poursuit Vanalderweireldt, c'est éloquent!" D'un côté, un respect du personnel, de l'autre, des formules du style "on préfère des grèves au règlement de problèmes sociaux".

Que demandent donc les pilotes (tout comme les syndicats)? Dans un premier temps, le retrait des préavis de délocalisation des pilotes irlandais et des menaces contre le personnel de cabine; ensuite l'application des législations nationales et l'instauration d'un vrai dialogue social. Pour régler le problème des faux indépendants, par exemple, toujours taillables et corvéables à merci. Après, on verra pour les détails, comme devoir payer pour une bouteille d'eau, son uniforme ou des heures de simulateur.

Action qui durera

"Ryanair doit savoir que nous ne lâcherons pas prise. Il faut bien comprendre que si le mouvement s'inscrit dans la durée, la méfiance s'installera dans l'esprit du passager. Et là, ça risque de faire mal au portefeuille de la compagnie low cost", commentait, jeudi, un membre de la BeCA.

Sollicité par la CNE, la commissaire européenne aux Affaires sociales, Marianne Thyssen, a répondu dans un courrier que le droit belge devait s'appliquer au personnel stationné en Belgique et elle demandait aux parties concernées de se remettre autour de la table. "Mais pour faire quoi?", s'interroge Alain Vanalderweireldt: "Ils nous disent qu'ils vont appliquer la loi belge et puis, dans un courrier, ils annoncent le contraire." Et de poursuivre: "On a parfois l'impression que le politique sous-estime son pouvoir; il a fallu une intervention de Kris Peeters pour que Ryanair reconnaisse que sa lettre sur les absences injustifiées devait être nuancée." Sauf que la menace de licenciement a quand même été brandie. Avertissement sans frais aux rebelles!

Pour la BeCA, il est donc plus qu'urgent d'ouvrir les discussions sur une base raisonnable et conciliante. "Quand Ryanair met ses propositions sur la table, on voit qu'elles sont déjà très en dessous des bases de la législation belge, ce qui n'est pas sérieux. Nous nous revoyons mi-septembre et j'espère avec un esprit neuf. Ryanair - ni personne - n'a rien à gagner d'actions à répétition", conclut Alain Vanalderweireldt.

Publicité
Publicité

Echo Connect