Crisnée veut produire de l'électricité verte pour ses citoyens

Tout a en fait démarré avec la décision de la commune de Crisnée, 3.400 habitants, d'installer 1.000 mètres carrés de photovoltaïque supplémentaires sur un nouveau hangar communal. "Nous avons déjà des panneaux sur une série de bâtiments publics ainsi que sur le toit de l'église, explique Philippe Goffin, le bourgmestre de Crisnée. Quand nous avons décidé de construire ce hangar, nous nous sommes dit que c'était une belle occasion d'en installer davantage. Mais comme la production d'électricité va dépasser la consommation de la commune, j'ai demandé à Resa de pouvoir alimenter deux entreprises consommatrices situées à proximité. Et Resa m'a dit que c'était interdit!"

LE RÉSUMÉ

La commune de Crisnée va investir dans sa propre éolienne.

L'objectif: proposer aux habitants et aux entreprises de l'électricité verte locale via le premier micro-réseau communal wallon.

Lorsqu'il entend le ministre wallon de l'Energie, Jean-Luc Crucke (MR), déclarer qu'il veut du photovoltaïque sur le toit de toutes les églises, Philippe Goffin, qui est aussi député fédéral MR, le contacte pour lui exposer son problème. Il apprend alors que la législation est en passe de changer.

Le gouvernement wallon s'apprête en effet à faire voter par le Parlement le cadre décrétal nécessaire pour permettre l'autoconsommation collective - c'est-à-dire la création de communautés de petite taille qui pourront utiliser le réseau électrique public, mais aussi des lignes directes ou des réseaux fermés professionnels, pour mutualiser leur production et leur consommation électrique.

2,5 millions d'investissement

Le bourgmestre de Crisnée, qui s'est aussi distingué par une initiative très concrète en matière de participation citoyenne - cinq signatures suffisent pour déposer une proposition concrète au conseil communal - s'est opposé par le passé à l'implantation de plusieurs projets éoliens dans sa commune, parce qu'il estime que l'éolien doit rester dans les mains du public - une position plutôt atypique, pour un libéral. Il a aussi rejeté une proposition d'éolienne citoyenne, qui n'était à ses yeux qu'un simple placement financier.

Voyant les nouvelles possibilités qui vont être offertes par la législation, il choisit de foncer. Avec son collège, il décide que la commune va acheter son éolienne. "Nous allons financer complètement l'installation de l'éolienne, ce qui représente un budget de 2,5 millions d'euros, et mettre l'électricité à disposition des habitants et des entreprises à prix coûtant. Et j'ai appelé Damien Ernst, que je ne connaissais que par télé interposée, pour lui dire que je lui proposais ma commune comme terrain de jeu", poursuit Philippe Goffin.

Le professeur de l'ULiège est en effet un spécialiste des microréseaux. "Ce qui est très intéressant, c'est que Crisnée va être la première à créer, en Belgique, une communauté énergétique au niveau communal, souligne le spécialiste. L'éolienne et les panneaux photovoltaïques devraient couvrir la consommation totale des habitants et des entreprises de la commune. Mais bien sûr, à certains moments, la communauté va devoir aller acheter de l'électricité sur les marchés, parce que la production sera insuffisante. À d'autres, elle va injecter des surplus d'électricité sur le réseau. Cela va être une expérience grandeur nature pour voir comment répartir la facturation, comment encourager la consommation au moment où l'énergie est produite localement, et jusqu'où on peut réduire les frais de réseau et les taxes sur les kilowattheures consommés localement."

À la louche, Damien Ernst, qui prévoit aussi l'installation de batteries pour stocker l'électricité, estime que la facture d'électricité des ménages et des entreprises qui décident de participer à cette communauté énergétique devrait baisser de 30%.

Il s'agit d'un projet de longue haleine: outre le décret sur l'autoconsommation, des arrêtés doivent encore être adoptés. Il faudra aussi installer des compteurs intelligents chez les ménages et les entreprises qui décident de participer, pour savoir ce qu'ils consomment à chaque moment. Et le développement d'une plateforme informatique spécifique sera nécessaire. "D'ici 2021 ou 2022, nous devrions pouvoir lancer la communauté sur la base du photovoltaïque couplé à des batteries, estime Damien Ernst. Et l'éolienne viendra s'y ajouter une fois qu'elle aura obtenu les permis nécessaires."

Le bourgmestre de Crisnée se dit très impatient de monter le dossier, qui va permettre de confronter la nouvelle législation à la réalité. "Tout le monde parle de climat à l'heure actuelle, mais avec un projet comme celui-là, il est possible d'avoir une prise sur la réalité quotidienne. Et l'expérience va permettre de détecter si certains ajustements de la législation sont nécessaires. De quoi ouvrir la voie à d'autres microréseaux communaux."

L'initiative ravit le ministre wallon de l'Energie, Jean-Luc Crucke. "L'électricité est un bien tout à la fois rare et indispensable. Le projet de décret sur l'autoconsommation collective est une de mes grandes fiertés comme ministre de l'Energie. Il vise à permettre aux gens de s'approprier l'énergie tout en préservant les réseaux publics. C'est avec des projets comme ceux-ci que nous entrons effectivement dans une nouvelle ère énergétique."

Le bourgmestre de Crisnée ne compte pas s'arrêter là: il a prévu de dresser la carte climatique de sa commune, pour déterminer quels moyens de déplacement les gens empruntent pour aller au travail ou comment les maisons sont chauffées. "Nous allons aussi proposer, sur six ans, une thermographie de toutes les maisons de plus de 10 ans", annonce Philippe Goffin.

Publicité
Publicité

Echo Connect