Ecole : quand équité et efficacité vont de pair Elena Arias, Quentin David, Renaud Foucart - Université Libre de Bruxelles

À l'aube de la rentrée des classes, nombre de parents s'interrogent sur la pertinence du décret « mixité » du ministre Dupont, dont l'objectif annoncé est de forcer la mixité des publics dans l'enseignement secondaire. Ce décret vise à corriger les défaillances du décret Arena en imposant aux écoles des critères d'inscription clairs : un minimum de 15 % d'élèves issus d'écoles primaires dites défavorisées et une proportion cohérente d'élèves résidant dans la commune.

C'est l'organisation même de notre système d'enseignement (libre choix de l'école et multiplicité des pouvoirs organisateurs), qui est à la source de l'hétérogénéité des publics entre écoles. Non seulement certaines écoles ont pratiqué une sélection à l'entrée (parfois insidieuse) afin de s'assurer un « public privilégié », mais de surcroît on observe une auto-sélection par certaines familles qui n'essayent même plus de rejoindre les établissements « privilégiés ». À l'arrivée, une inégalité d'opportunités entre enfants s'est donc substituée à la liberté formelle du choix de l'école. Forcer la mixité par une politique de quotas peut-il améliorer notre système d'enseignement ? Cette question implique que l'on commence par s'interroger sur les liens entre équité et efficacité. Mes dernières études PISA montrent que notre système d'enseignement se détériore : il est inéquitable et de moins en moins efficace (1).

L'équité vise ici un système scolaire qui jouerait un rôle d'ascenseur social en offrant à tous les enfants les mêmes opportunités dans la vie adulte. La crainte des détracteurs du décret est que cette quête d'équité se fasse au prix d'une moindre efficacité, à savoir une baisse généralisée de la qualité de l'enseignement. La littérature économique a déjà étudié cette question. D'une part, à travers une évaluation détaillée des politiques d'« affirmative action » aux Etats-Unis et d'autre part en étudiant la performance des étudiants à l'intérieur d'une même classe (2). L'évidence empirique démontre sans ambiguïté que l'entourage de meilleurs élèves améliore les performances des étudiants issus des milieux moins favorisés présents dans la même classe. Ce sont les effets de pairs : la réussite d'un élève est aussi influencée par les élèves qui l'entourent. À l'inverse, rien ne permet d'affirmer qu'une mixité accrue n'affecte ni la qualité de l'enseignement, ni la performance des autres étudiants. Il n'y a donc pas de contradiction entre efficacité et équité. Les effets de pairs peuvent améliorer l'équité du système et son efficacité (3).

Les réformes les plus efficaces sont celles qui réussissent à mobiliser tous les acteurs autour d'un objectif commun. Or, même si elle ne représente pas d'obstacle à la qualité de l'enseignement, la mixité sociale peut être mal perçue. À ce titre, on peut espérer que le nouveau décret, plus sobre à mettre en œuvre, et dont les critères sont clairs et précis, passera cet écueil sans trop de dommages, à l'inverse du décret Arena qui s'est révélé inapplicable dans les faits. Il reste important, en effet, de ne pas confondre l'objectif et sa mise en œuvre. r

a (1) OCDE (2006), 'PISA 2006 Science Competencies for Tomorrow's World', OCDE Paris. (2) Voir notamment Caroline Hoxby (2000), 'Peer Effects in the Classroom : Learning from Gender and Race Variation', National Bureau of Economic Research Working Papers 7867 et Holzer and Neumark (2000), 'Assessing Affirmative Action', Journal of Economic Literature XXXVIII, 483-568 ; (3) Améliorer le niveau des plus faibles contribuerait à réduire le taux de redoublement, anormalement élevé en Communauté française, et d'avoir un effet bénéfique sur le budget.a ECORE est né en 2006 de l'association de deux centres d'excellence (le CORE à l'UCL et ECARES à l'ULB) qui ont largement contribué à la réputation internationale de la recherche belge en économie, finance, recherche opérationnelle, économétrie et statistique.

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