Effet limité des taux négatifs en Suisse

Les Suisses n'ont pas cherché à contourner les taux négatifs en gardant leurs économies en cash. Les conséquences des taux négatifs semblent restreintes.

Un pétard mouillé? En annonçant à la fin du mois de janvier 2015 son intention d'appliquer un taux négatif de 0,75% sur les avoirs que détiennent auprès d'elle les institutions financières telles que les banques ou les compagnies d'assurance, la Banque Nationale Suisse avait voulu frapper un grand coup afin de lutter contre la surévaluation du franc suisse qui s'était envolé après l'abolition du taux plancher avec l'euro. Dans les semaines qui ont suivi cette réforme, plusieurs établissements, comme UBS, Credit Suisse, Lombard Odier, Safra Sarasin, Pictet, PostFinance mais aussi la Banque cantonale de Zurich et la Banque cantonale vaudoise ont choisi de répercuter ce taux à leurs gros clients institutionnels.

Au mois d'octobre, la Banque alternative suisse (BAS) a été la première à franchir le Rubicon en introduisant le taux négatif de la BNS sur les comptes courants des particuliers qui détiennent plus de 100.000 francs dans son établissement. Les autres banques du pays n'ont pas encore suivi ses traces.

Un an après son lancement, l'initiative de la banque centrale helvétique a eu un effet "modeste" sur l'économie suisse, juge Urs Müller, le président de l'Union des Banques Cantonales Suisses (UBCS). Les conséquences de l'imposition de taux négatifs sont "jusqu'ici limitées", confirme une étude du Credit Suisse. La part des avoirs des caisses de pension allouée en monnaies étrangères n'a pas évolué en un an puisqu'elle dépasse toujours un peu plus de 22% des actifs gérés. Moins d'un tiers des dirigeants de petites et moyennes entreprises jugent que les taux bas ont eu un impact positif sur leurs volumes d'investissement.

Boom de l'immobilier

La politique de la BNS a, par contre, renforcé le marché de l'immobilier. Les fonds de pension ont en effet préféré réduire la part de leurs actifs en cash pour investir dans la pierre. Les Suisses n'ont toutefois pas cherché à contourner les taux négatifs en gardant leurs économies en numéraire. La ruée sur le cash tant redoutée n'a pas eu lieu. La presse locale, l'an dernier, avait pourtant tenté de persuader les épargnants en détaillant les modiques prix de location de coffre dans les banques. Un million de francs en billets de 1.000 francs occupe ainsi à peine 0,133 litre, la pile ne dépassant pas dix centimètres. Mais Credit Suisse juge que le "taux plancher effectif, soit le seuil à partir duquel les épargnants retirent leurs avoirs des banques, ne semble pas avoir encore été atteint" dans la Confédération. La BNS a toutefois expliqué qu'elle pourrait encore abaisser son taux négatif actuel pour lutter contre la hausse du franc suisse. Son "pétard" pourrait alors faire plus de bruit.

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