En Belgique, les convoyeurs attendent... dans la crainte

Quel sera l'impact du plan stratégique de Carrefour en Belgique? On craint surtout une restructuration au siège d'Evere, qui emploie 800 personnes. Verdict demain après-midi.

Depuis quelques jours, les 11.500 salariés de Carrefour en Belgique retiennent leur souffle, se demandant à quelle sauce ils seront mangés. Une chose est sûre: l'exposé du plan stratégique tel que présenté hier par le PDG Alexandre Bompard (lire ci-dessus) ne permet guère d'y voir plus clair.

La seule information connue à ce jour, c'est la convocation d'un conseil d'entreprise extraordinaire demain à 14h au siège d'Evere. La direction de la filiale belge doit y exposer aux représentants du personnel l'impact de la restructuration chez nous.

L'incertitude devient pesante. "Le suspense malsain et tous les doutes restent permis en Belgique. C'est franchement dérangeant", regrette Myriam Delmée, vice-présidente du SETCa (FGTB). Qui regrette que le plan stratégique dévoilé hier matin ne dise "pas un mot sur les pays historiques du groupe, comme l'Italie, la Belgique et l'Espagne".

Doit-on s'attendre au pire? Tout le monde se remémore 2010, lorsque la direction avait annoncé une vaste restructuration qui s'était soldée par la perte de 1.100 emplois (sans licenciements secs), la fermeture de 12 magasins et le passage en franchise de 16 points de vente via le groupe Mestdagh. Doit-on craindre le même genre d'annonce?

2018 n'est pas 2010

Tout d'abord, parlons chiffres. Carrefour Belgique a vu l'an dernier son chiffre d'affaires grignoter 0,3% à 4,375 milliards d'euros. Une croissance toutefois bien en dessous de l'inflation (+ 2,2%).

Pour Gino Van Ossel, spécialiste de la distribution à la Vlerick School, on ne peut toutefois pas comparer 2018 à 2010. "En 2010, la restructuration ne concernait que la Belgique qui allait très mal. Cette fois, c'est l'ensemble du groupe qui est concerné", explique-t-il.

L'expert, et il n'est pas le seul, ne semble pas trop croire à une vaste restructuration en Belgique. "La situation de Carrefour en Belgique n'est ni bonne ni mauvaise, explique-t-il. Le nettoyage des magasins déficitaires a été effectué il y a huit ans. On peut encore franchiser quelques points de vente, mais cela me semble compliqué pour les hypers, là où cela va le plus mal".

Plusieurs hypermarchés seraient en effet en perte. Malgré la promesse de "réenchanter l'hypermarché" proclamée par la direction, la mayonnaise tarde à prendre. Le concept est concurrencé par les enseignes spécialisées (Decathlon, Ikea, Media Markt...) et le commerce électronique. "Le problème est que si on en ferme, cela aura un impact important sur l'emploi et cela entraînera une grosse perte de revenus, puisqu'à eux seuls, les 45 hypers du parc pèsent encore près de la moitié du chiffre d'affaires", poursuit Gino Van Ossel. Il évoque plutôt une potentielle réorganisation au niveau du siège (le siège d'Evere occupe quelque 800 personnes), accompagnée d'une perte du pouvoir de décision au profit de la France.

Dans l'immédiat, c'est une attente angoissée qui prévaut. "Si on parle de rationalisation, cela peut se répercuter sur les coûts ou les effectifs. En Belgique, les rumeurs se focalisent sur les effectifs", souligne Delphine Latawiec, secrétaire de la CNE Commerce.

Les répercussions en Belgique du plan "Carrefour 2022" restent difficiles à prédire. "Les symptômes ne sont pas identiques en France et en Belgique, dit Delphine Latawiec. Il faut donc voir si les médicaments vont l'être. (...) Tant mieux pour la France si aucune fermeture n'est prévue, mais espérons qu'il en soit de même chez nous."

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