En Flandre, la géothermie fait trembler le sol

Des chercheurs de l'Observatoire royal de Belgique soupçonnent la géothermie de jouer un rôle dans les événements sismiques de la région de Mol. Deux tremblements de terre récents ont été évalués à 1,2 et 1,5 de magnitude sur l'échelle de Richter, dans une zone géologique pourtant réputée calme.

L'exploitation de la chaleur terrestre dans les réseaux de géothermie n'est pas sans conséquence sur la stabilité de la Terre. La Campine anversoise, en théorie une région très peu concernée par les tremblements de terre, en fait l'expérience depuis quelques mois.

Le réseau de surveillance sismologique de l'Observatoire royal de Belgique (ORB) a décelé, dans la région de Mol, deux événements sismiques inhabituels. Le 18 janvier dernier, un tremblement de terre de magnitude 1,5 sur l'échelle de Richter y a encore été détecté. Quelques jours plus tôt, dans la même zone, un séisme de 1,2 surprenait les sismologues. Pour une zone géologique réputée calme, cela fait beaucoup...

Les scientifiques de l'Observatoire royal de Belgique suspectent les activités d'exploitation de la géothermie profonde qui viennent de démarrer dans la région de jouer un rôle dans ces événements. Et ils ne sont pas les seuls. À l'Université de Louvain (KULeuven), le professeur de géologie Manuel Sintubin appelle aussi à la prudence.

À Mol, le VITO (l'Institut flamand pour la recherche technologique) vient en effet de se lancer dans l'exploitation de la géothermie. Un projet préparé depuis plusieurs années qui est entré ce mois-ci dans une phase de production opérationnelle.

Etudes complémentaires et indépendantes

Dans un puits de 4 kilomètres de profondeur, le VITO injecte de l'eau froide sous pression. Cette même eau est réchauffée en profondeur et est ensuite récupérée via un second puits. L'eau chaude devrait servir à alimenter en chaleur des habitations et des bâtiments industriels ou à produire de l'électricité.

Cette circulation forcée de l'eau a-t-elle engendré des tremblements de terre? Et dans quelle mesure? Pour les spécialistes de l'Observatoire, "des études complémentaires et indépendantes s'imposent".

"De plus en plus, la communauté scientifique internationale estime que les activités humaines ont un impact sur le déclenchement de tremblements de terre", indique le Dr Camelbeeck, de l'ORB, qui a récemment cosigné une publication scientifique sur la question. "Aux États-Unis, on réexamine l'impact que les exploitations pétrolières en Oklahoma ou en Californie ont pu avoir sur l'intensité des tremblements de terre qui ont affecté ces régions."

En quoi l'eau injectée à Mol pourrait-elle déstabiliser les couches géologiques? "C'est comme si je frotte la main sur une table", explique le Dr Michel Van Camp, chef du service de sismologie/gravimétrie à l'ORB. "Si la table est sèche, j'ai besoin d'une certaine énergie pour faire glisser la main sur sa surface. Mais si j'ajoute de l'eau sur le plateau de la table, elle agit comme un lubrifiant et facilite le mouvement. Dans le cas des mouvements de terrain, ici des mouvements de failles, c'est exactement la même chose."

En Flandre, les bourgmestres de communes de Mol et Dessel appellent à la prudence. Le séisme du 18 janvier a été détecté par les sismomètres jusqu'au Grand-duché de Luxembourg

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