Entre animalité et humanité

Un voyage de transe qui culmine dans une couronne humaine aux mouvements harmonieux et épurés. ©© Hichem Dahes

Dans "Anima Ardens", Thierry Smits présente une tribu d'hommes aux confins de la transe, la possession et la transformation.

"Anima Ardens"

De Thierry Smits

Avec Valentin Braun, Peter De Vuyst, Michal Goral, Jari Boldrini, Gustavo Monteiro, Bruno Morais, Emeric Rabot, Nelson Reguera Perez, Theo Samsworth, Oliver Tida Tida, Davide Guarino

Onze hommes se tiennent debout, le haut du corps juste recouvert d'un drap blanc immaculé, comme les murs du studio. Ces jambes nues déclinent une palette de tons allant du plus clair au plus foncé. Une mélopée murmurée précède un bruit sourd, lancinant répétitif. Les corps s'avancent, s'arrêtent, avant de reprendre leur cheminement à pas posés. Les corps se brisent en deux puis se redressent dans des sons marqués de respiration. Un cri, tous plient les genoux, puis l'unisson laisse place à des convulsions individuelles, comme des animaux qui naissent, grandissent, se transforment, parfois dans la douleur. Puis les hommes se rassemblent et partent ensemble dans un voyage de transe qui culmine dans une couronne humaine aux mouvements harmonieux et épurés.

Du début un peu énigmatique, comme une préparation des esprits à un rituel, un rite de passage, on passe à une phase de possession des individualités qui s'exprime à chaque fois de manière différente. Sur la frêle frontière entre possession et folie, elles créent chacune leur chimère sous la forme de petits personnages étranges tout juste sortis d'un tableau de Jérôme Bosch. La communauté se reforme alors pour atteindre un autre sommet dans une parfaite maîtrise de la notion de crescendo qui imprime son rythme au spectacle du début à la fin.

Âme brûlante

Pour sa nouvelle création, Thierry Smits s'est installé, pour plusieurs semaines, tout simplement dans le studio de sa compagnie Thor, dans lesquels nous sommes désormais accueillis par une superbe fresque réalisée par Vincent Glowinski, alias Bonom, dont les hommes qui se transforment en animaux évoquent clairement une meute en pleine mutation. "Anima Ardens" signifie âme brûlante en latin, "cela résume assez bien le spectacle dans lequel une série de rituels et d'étrangetés se succèdent", sourit le chorégraphe Thierry Smith. Le seul accessoire dont dispose chaque danseur est une paire de draps tandis que la scénographie est entièrement contenue dans le son. D'une part, la création vocale signée Jean Fürst et, d'autre part, la bande-son commandée à Francisco López. Cet artiste sonore qui au départ était entomologiste a étudié les insectes dans la forêt vierge. On retrouve d'ailleurs dans certains phrases musicales comme des bourdonnements d'essaims. "Il travaille avec de la matière organique, commente Thierry Smits, comme par exemple des captations de vent retravaillées mais il utilise parfois aussi avec des sons urbains. Ce type de décor sonore laisse énormément d'ouverture à l'imagination."

Nudité comme liberté

Le dépouillement choisi entend mettre au centre du spectacle l'interprète, les interprètes. Si les hommes dansent dans le plus simple appareil, cette nudité n'a rien d'obscène. Humaine, simple, elle s'impose pour rendre visible, dans la diversité des couleurs de peau, le besoin de présenter sur le plateau comme un échantillon de l'humanité. "Montrer des hommes fragilisés par la nudité évacue toute notion de machisme, précise le chorégraphe. En outre, elle est plus que jamais nécessaire vu l'époque où une pudibonderie maladive s'impose de plus en plus, or le corps est le seul territoire où l'on devrait avoir l'entière liberté de faire ce que l'on veut."

La distribution exclusivement masculine de cette nouvelle tribu qui passe au travers de plusieurs stades de son évolution fait référence à l'histoire des sociétés secrètes qui ne sont quasiment jamais mixtes. Leur nombre permet également de recréer un groupe, une communauté sans hiérarchie. Et pourquoi onze? "C'est un choix qui n'est pas anodin, explique Thierry Smits. L'une des religions les plus en vogue actuellement, qui tend presque à devenir universelle, c'est celle du foot."

"Anima Ardens", jusqu'au 29 octobre au Théâtre Varia (représentations à la Compagnie Thor, 49 rue Saint-Josse à 1210 Bruxelles). www.varia.be Après différentes dates en Flandre et en France, "Anima Ardens" reviendra à Bruxelles du 30 novembre au 10 décembre. Interdit aux moins de 16 ans.

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