Fabian Vandenreydt, B-Hive "La Belgique doit concentrer ses efforts sur un ensemble de niches"

©Frédéric Pauwels / HUMA

La Belgique ne sera jamais une place financière comme Francfort ou Londres mais elle a des cartes à jouer, selon Fabian Vandenreydt. Le président exécutif de B-Hive revient pour l'Echo sur la première année de cette plateforme qui doit permettre d'accélérer l'innovation entre institutions financières et positionner la Belgique au niveau européen.

Les phrases clés

"B-Hive comptabilise 140 start-ups/scales-ups et on va continuer à signer des membres. On sera à 220 en fin d'année 2018."

"Il faut défragmenter le capital à risque en Europe."

B-Hive, c'est quoi exactement?

C'est une plateforme d'incubation - et non une plateforme technique dans le sens data center comme Swift ou Worldline, par exemple. C'est essentiellement un ensemble d'acteurs qui font en sorte promouvoir l'innovation entre institutions financières. Elle est née de la volonté du gouvernement de positionner plus favorablement Belgique sur la scène fintech. Parmi ses actionnaires, elle compte 13 institutions financières dont la Société fédérale de participations et d'investissement (SFPI).

Parmi vos membres, vous comptez quelque 140 fintechs européennes. C'est encore peu pour parler d'un vrai écosystème...

Je n'aime pas trop le terme fintech parce que ça implique une idée de silo alors que les technologies qui sous-tendent toutes les start-up/scale-ups sont fondamentalement les mêmes. Je lui préfère l'appellation "tech for fin", autrement technologies for financial services. B-Hive comptabilise 140 start-ups/scales-ups et on va continuer à signer des membres. On sera à 220 en fin d'année 2018. À côté de ça des banques, des assurances et des infrastructures de marché telles qu'Euroclear, MasterCard, Swift, qui sont nos actionnaires, on a aussi des partenaires comme les sociétés technologiques HP ou d'autres banques qui ne font pas partie de l'actionnariat. Tout cet écosystème de corporate constitue nos clients dans la mesure où l'on travaille ensemble pour développer des programmes d'innovation. Ils nous considèrent un peu comme une machine à innovation.

2017, une année importante pour B-Hive?

C'était notre première année effective puisque B-Hive a débuté en mars. On a fait grandir l'équipe qui compte désormais une vingtaine de personnes. On a réalisé de belles choses comme la création d'une plateforme interbancaire pour toute la gestion des nouveaux clients. Concrètement, quand un client doit s'enregistrer auprès d'une nouvelle banque, il faut passer par un processus pour vérifier ses informations. On a développé avec l'ensemble des banques un système basé sur le blockchain pour faire en sorte que le client ne doive faire le processus qu'une fois. C'est Isabel qui va mettre ce système en route parce que B-Hive n'a pas vocation le faire.

Vous vous intéressez également à tout ce qui touche à la cybersécurité...

Comme toutes les institutions, on essaye de se préparer. On permet à nos actionnaires de découvrir des sociétés innovantes ensemble, de les analyser et de les tester de façon à ce que les banques trouvent plus facilement des solutions innovantes dans le domaine de la cybersécurité.

Vous visez des sociétés belges?

On regarde tout. Pour les banques, la notion de frontière n'a pas beaucoup de sens: elles veulent voir les meilleures sociétés, peu importe d'où elles viennent. Par contre s'il y a une société belge spécialisée cyber, en plus de la mettre dans nos programmes on va essayer de la promouvoir à l'étranger. On essaye de se positionner comme une plateforme européenne pour attirer des capitaux étrangers aussi. On n'est pas un centre financier comme Londres mais on a beaucoup de jeunes sociétés réputées dans les fintech (Collibra, Ngdata, Qover...). Nous voulons créer pour nos start-ups et scale-ups belges, un ensemble de possibilités pour qu'elles puissent montrer leur technologie à l'étranger de façon structurée.

Le cadre régulatoire est-il favorable à l'émergence de fintechs en Belgique?

Je pense que oui. Dans tout système qui devient plus mature, il y a un certain nombre de scale-ups qui vont émerger. Ce sont elles, les moteurs. La Commission européenne a reconnu qu'il faut un cadre à la croissance. Une boîte belge qui veut se développer dans 5 pays européens en même temps va être confrontée à 5 régimes régulatoires différents. Ce serait évidemment mieux si c'était harmonisé. Mais chaque ville européenne qui se veut un hub financier va mettre en avant le caractère favorable de sa régulation pour les start-ups et les banques. Pour croître, les sociétés belges ont aussi besoin de davantage de marketing, de visibilité à l'étranger et d'avoir accès à de bons talents, notamment en cyber. Et puis, il y a l'aspect financement: les scale-ups ont besoin d'argent pour grandir.

Où peuvent-elles trouver ce capital?

En Belgique, il y a du capital disponible mais c'est le mobiliser vers du capital-risque qui reste compliqué. C'est pareil ailleurs en Europe. Quand on regarde le financement des start-ups en Europe par rapport aux Etats-Unis, il y a une grosse différence. Aux States, la répartition, c'est 70% du capital-risque, 30% du prêt bancaire. En Europe, c'est pratiquement l'inverse. Il faut défragmenter le capital à risque en Europe parce que généralement, une société qui croît a besoin de plusieurs millions d'euros.

Où se situe la Belgique par rapport aux autres pays européens?

Il y a plein de rating pour les services financiers. La Belgique n'est pas et ne sera jamais un grand centre financier comme Londres ou Francfort. On doit donc concentrer nos efforts sur un ensemble de niches, soit tout ce qui a trait l'assurance et la réassurance, tout ce qui a trait aux infrastructures de marché (y compris tout ce qui est lié au paiement) et tout ce qui a trait aux fonds de pension paneuropéens, simplement parce que la Belgique a un statut favorable pour plusieurs raisons, et enfin, tout ce qui est fintech. Mais quand on regarde les incubateurs et les plateformes d'accélération au niveau des fintechs en Europe, B-Hive se situe à la dixième position en à peine un an. Il y a encore de la marge de progression si l'on a une stratégie européenne plus élaborée.

Quelles cartes la Belgique peut-elle jouer?

La spécificité de B-Hive et de la Belgique, c'est que quand on regarde un petit peu la structure des entités financières, on a les banques, les sociétés d'assurance et des infrastructures de marché qui ont une envergure mondiale. Quand on communique à l'étranger en présentant Bruxelles comme un centre financier, on parle beaucoup de ces infrastructures parce qu'elles sont mondialement connues. On travaille beaucoup au développement d'un écosystème d'innovation autour de ces sociétés.

Quels sont les grands traits de votre stratégie pour les années à venir?

On a plusieurs actions en cours. Notre objectif est de signer au moins 10 partenariats avec des villes européennes: échange de start-ups, collaboration inter financial services. On organise aussi une conférence le 24 septembre avec la fédération des banques européennes à l'auditorium de la Banque nationale, on va inviter tous nos partenaires fintechs européens. Notre objectif c'est de faire comprendre l'intérêt pour les villes européennes de collaborer entre elles. On veut aussi se positionner par rapport à la Commission européenne et à tous les directorats qui s'occupent de près ou de loin des fintechs. Il faut absolument qu'on s'élève au niveau européen. Pour l'été, on a également le projet d'ouvrir une "European House of Digital Finance and Entrepreneurship" au centre de Bruxelles. Ce nouveau bâtiment regrouperait B-Hive et d'autres entités novatrices belges comme des accélérateurs bancaires ou des sociétés qui ont trait au financement des fintechs.

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