Face à Amazon, Random House et Penguin se serrent les coudes

Le groupe britannique Pearson et le géant allemand des médias Bertelsmann fusionnent leurs maisons d'édition respectives pour former le premier éditeur mondial.

Au-delà de l'immensité du deal, l'accord entre Penguin et Random House marque l'avènement économique du livre numérique. En ce sens, même si la pérennité du modèle reste à démontrer, il revêt une valeur historique. Le nouveau groupe Penguin Random House s'octroiera en effet 20% des ventes mondiales d'ebooks, dont le rythme de croissance atteint deux ou même trois chiffres selon les catégories. A eux deux, Penguin et Random House proposent déjà plus de 60.000 titres pour tablettes, soit quatre fois plus que le nombre de nouveaux titres imprimés chaque année.

Fusion rapidement menée

Globalement, il détiendra à sa naissance (probablement à l'automne 2013) environ 26% du marché mondial de l'édition, loin devant Lagardère (17%). Bertelsmann, propriétaire de Random House, a obtenu 53% de participation dans la joint-venture. Les négociations ont été à la fois rapides et discrètes, puisque seulement trois jours se sont écoulés entre l'annonce officielle de discussions et la conclusion de l'accord. Entre-temps, un troisième acteur, News Corp, a proposé via son groupe d'édition Harper Collins un milliard de livres à Pearson, la maison-mère de Penguin, mais les chances de succès sont toujours restées minimes.

Cet accord marque l'achèvement de l'ère Marjorie Scardino à la direction de Pearson, et donne clairement le ton des années à venir, sous l'égide de John Fallon: priorité aux programmes éducatifs et au numérique.

A quelques semaines de son départ effectif, Scardino s'est félicitée de cette conclusion: "Ensemble, les deux éditeurs seront en mesure de partager une grande partie de leurs coûts, d'investir davantage au profit de leurs auteurs et de leur base de lecteurs, et d'être plus audacieux en essayant de nouveaux modèles, dans le monde passionnant et dynamique des e-books et des lecteurs numériques."

En expansion dans les marchés émergents

Pearson a négocié la possibilité d'utiliser la marque Penguin dans le cadre de ses programmes éducatifs, alors que Bertelsmann garde au chaud Verlagsgruppe Random House, deuxième maison d'édition en Allemagne, qui reste en dehors de la joint-venture.

La présidence sera assurée par John Makinson, qui occupait ce poste chez Penguin, alors que le CEO allemand Markus Dohle se glissera à la direction générale.

Fondés dans l'entre-deux-guerres, les deux éditeurs détiennent à eux deux plusieurs centaines de maisons d'éditions, principalement en Europe et en Amérique du nord, mais en expansion progressive dans les marchés émergents.

Penguin compte dans ses rangs le dernier prix Nobel de littérature, le Chinois Mo Yan, alors que Random House a profité du succès commercial de Fifty Shades of Grey - au moins trente millions d'exemplaires vendus, avec une forte présence sur tablette.

Au-delà, le portefeuille d'auteurs des deux groupes offre une véritable constellation littéraire : Patricia Cornwell, Eckhart Tolle, Al Gore, Harlan Coben, Coetzee, le Dalai Lama, John Steinbeck, Franz Kafka, Jack Kerouac, Stephen King, Roald Dahl, Jack London. Et aussi Nietzsche, de Nerval, Proust, Rimbaud, Rousseau, Shakespeare, Tolstoï, Voltaire, Wilde, Zola, Dickens, Doyle.

Sans oublier George Orwell, qui a tout imaginé au milieu du siècle dernier, sauf que son livre culte "1984" serait noyé au milieu d'un deal qui marque l'avènement du marché des e-books, autrement dit des algorithmes qui "lisent le lecteur".

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