Fief de la famille Vaxelaire, le château de Bioul s'ouvre aux épicuriens

En 2015, Andy Wyckmans et Vanessa Vaxelaire ont planté un hectare de vignes aux pieds du château familial. ©© Dieter Telemans

Créé par une des héritières des fondateurs du groupe GB Inno BM, le domaine viticole de Bioul élargit ses activités à l'oenotourisme. Dès le week-end prochain, le château familial aura son espace muséal. Au menu: visite des chais, histoire du château, évocation de la saga familiale...

REPORTAGE

J our J - 7 pour Vanessa Vaxelaire et son mari Andy Wyckmans. À partir du dernier week-end d'avril et chaque week-end jusqu'au mois d'octobre, ils feront découvrir au grand public le château familial de Bioul - imposante bâtisse dont les origines remontent au XIe siècle -, ses activités, son histoire et celle de la famille propriétaire.

Dans les anciennes écuries et étables, qui abritent déjà une cuverie, le couple a imaginé un parcours muséal expliquant les activités viticoles et agricoles du domaine (élevage de vaches, pâturage, culture...) et retraçant l'histoire du château ainsi que celle de la famille fondatrice du groupe GB Inno BM. Une véritable saga qui a fait de ce groupe dans les années quatre-vingt le leader belge du retail: de la grande distribution (GB, devenu Carrefour en Belgique) à la distribution spécialisée (Inno, Brico, Auto 5, Di Sport, Quick, Lunch Garden....).

"On se situe dans un noeud touristique de la vallée de la Molignée, entre Maredsous et les jardins d'Annevoie, c'est l'idéal", indique Gwendoline Logé, qui a rejoint le couple il y a quelques mois pour s'occuper du marketing des lieux. Mais à un peu plus de trois semaines de l'ouverture, jour de notre visite, il y avait encore du boulot! Vanessa Vaxelaire en était bien consciente. "On sera prêts, s'enthousiasme cette dynamique quadragénaire, mère de trois enfants; mon mari a imaginé tout le parcours, c'est un homme de terrain qui comprend très vite et réagit tout aussi vite."

Vanessa Vaxelaire est l'aînée des trois filles de Raymond Vaxelaire, lequel est lui-même l'aîné des six enfants de feu François Vaxelaire, patron du GB-Inno-BM de la grande époque, qui allait être démantelé à l'aube des années 2000. Âgé de 71 ans, Raymond Vaxelaire fut le dernier représentant familial à la tête d'une des entreprises du groupe, Galeria Inno, qu'il a quittée il y a douze ans. Il lui a cédé voici une dizaine d'année ce château situé sur un domaine de 30 hectares, propriété de la famille depuis 1906 et situé sur la bien nommée "place Vaxelaire", au coeur du village namurois. Lui s'est retiré dans une maison avoisinante - un ancien poulailler... - pour se consacrer à sa passion: l'élevage de vaches limousines (lire ci-contre). "C'était un peu un cadeau empoisonné, se remémore Vanessa; ce château est un gouffre financier, mais c'était l'endroit idéal pour développer notre projet."

Changement de vie

Diplômée de l'IAD, cette comédienne de formation aurait pu jouir du patrimoine familial. Avec son mari entrepreneur (il était à la tête d'une société de marketing culturel à Bruxelles), elle décide au contraire de changer de vie il y a une dizaine d'années. Exit Bruxelles. Le couple s'installe à Arbre, non loin de Bioul. Tous deux se rêvent viticulteurs. Après avoir visité quelques domaines, ils jettent naturellement leur dévolu sur le domaine familial. Les lieux sont bien exposés. Les vins belges commencent à être tendance. Il y a de l'espace. "Comme dans tout projet de vie, on a fait la liste des pour et des contre, la première était bien plus longue, cela nous a décidés, se souvient Vanessa Vaxelaire; ce dont on était sûrs, c'est que nous voulions un projet durable et éthique, pas nous remplir les poches."

Problème: ils n'ont aucune compétence. Vanessa suit alors des cours du soir pendant deux ans, Andy fait tourner la boutique. Ils recrutent - via Facebook! - une maîtresse de chais française, Mélanie Chéreau, issue d'une famille de vignerons. Ils créent la Société agricole Wyckmans-Vaxelaire, et entre 2009 et 2010, plantent dix hectares de vignes sur des terrains entourant le village de Bioul. En 2015, c'est carrément dans le parc du château qu'ils plantent un hectare. Ils y produisent du cabernet, du pinot noir, du bronner, du johanniter, soit 70% de blanc, plus adapté au climat du nord, et 30% de rouge. Le vignoble produit aussi des vins effervescents. L'obtention du label bio est attendue en 2019, conformément à l'esprit maison, puisque les vaches limousines disposent déjà de ce label.

Vignes éclairées à la bougie

Les premiers vins ont été produits en 2015. Cette année-là, 45.000 bouteilles sont sorties des chais du Château de Bioul. Mais un an plus tard, c'est la catastrophe: un gel tenace n'a permis la production que de 8.000 bouteilles. En 2017, retour à la normale avec 55.000 bouteilles malgré là encore des conditions météo pénibles qui ont contraint le couple de vignerons à allumer, la nuit, 200 bougies pour réchauffer les pieds de vigne. "Ce qui explique que nous avons du retard sur notre business plan, confie Vanessa Vaxelaire; mais nous ne sommes pas pressés. La cuverie nous permettrait d'encore planter 3 hectares supplémentaires, mais nous ne visons pas la croissance à tout prix." La production est écoulée auprès de cavistes spécialisés et en direct, pas dans la grande distribution.

Face à ces aléas du métier, le château, géré par la société Bioulvax dont le couple détient 98% des parts et Raymond Vaxelaire 2%, constitue donc un intéressant dérivé. "Quand on l'a repris on s'est dit: soit on y habite et on est ruiné dans dix ans, soit on développe les lieux avec entre autres le musée pour couvrir les frais", relève Vanessa Vaxelaire. Voilà pourquoi elle et son mari ont décidé d'ouvrir le domaine, tous les week-ends de la fin avril à la fin octobre. "On avait régulièrement des demandes de visite, on a dû refuser du monde faute d'organisation et de structure. Désormais, avec le parcours situé au-dessus des cuveries et surnommé Made in Bioul, nous allons nous partager avec une équipe dédiée, ainsi que des guides du patrimoine."

L'endroit est appelé à devenir un pôle d'attraction touristique: visite du musée, des chais et des vignes, accueil d'événements, de dîners thématiques, de séminaires, etc. La maîtresse des lieux n'exclut pas l'ouverture à terme de chambres d'hôtes, le château disposant d'une douzaine de chambres: "C'est un vague projet, relativise-t-elle. C'est un nouveau métier. Comme pour le vin, on s'entourerait, le cas échéant, de professionnels."

Vanessa Vaxelaire et son époux se donnent trois ans pour que la sauce prenne. Les grincheux diront que leur pedigree leur permet de voir venir. "Je n'aurais pas pu faire ce que j'ai fait sans les moyens que j'avais derrière, assume-t-elle; mais aujourd'hui, je n'ai plus vraiment de bouée de sauvetage: si je me plante, je me plante." La vie d'une femme entrepreneur comme les autres.

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