Fin des licences pour les agences de voyages

Désormais, en Wallonie, le voyagiste ne devra plus prouver sa compétence professionnelle. ©© Clément Philippe

Trois ans après la Flandre, le Parlement wallon a voté - le 14 juin, juste avant la crise politique - l'abrogation du décret de 2010 relatif au statut de l'agent de voyages. Cela entraînera, dès le 1er janvier 2018, la suppression de l'autorisation (licence) d'exercer qui était délivrée par le Commissariat général au Tourisme (CGT).

Le résumé

Pour suivre la tendance européenne (et la Flandre), la Région wallonne va supprimer la licence d'agent de voyages début 2018.

Mais cela ne changera rien pour le consommateur.

À partir du 1er janvier 2018, celui qui veut devenir agent de voyages ne devra plus prouver sa compétence professionnelle ni constituer de cautionnement bancaire.

Mais il faut rassurer immédiatement les voyageurs: cela ne supprime pas l'obligation pour le voyagiste de disposer d'une assurance insolvabilité et d'une assurance responsabilité civile, deux dispositions de la loi - fédérale - de février 1994 relative au contrat d'organisation et d'intermédiaire de voyages.

Deux petites précisions: jusqu'au 1er janvier prochain, rien ne change et, deuxièmement, la Région bruxelloise n'est pas (encore) concernée.

Désormais, en Wallonie, celui qui veut devenir agent de voyages ne devra plus prouver sa compétence professionnelle, ni constituer de cautionnement bancaire. À noter que cette caution était davantage tournée vers les fournisseurs de services aux agences qu'aux consommateurs (protégés par l'assurance insolvabilité). Le risque est peut-être que les gros tour-opérateurs (T-O) exigent leur propre cautionnement bancaire pour vendre leurs produits.

Dans une lettre qu'il vient d'adresser aux agences de voyages, Daniel Danloy, directeur du CGT, explique cette modification par une demande de "l'Union européenne qui considère que l'octroi d'une autorisation est synonyme de restriction du principe des libertés fondamentales et la tendance est donc à la déréglementation". Pourtant, lorsque la Flandre a franchi le pas en 2014, suivie l'année suivante par la communauté germanophone, les agences francophones ont nourri pas mal de craintes sur le risque de voir arriver sur le marché une bande de margoulins sans scrupule, prêts à flouer les pauvres petits voyageurs innocents, voire naïfs.

L'exemple flamand

Rien de tout ça. Comme le reconnaît l'Upav (Union professionnelle des agences de voyages francophones) dans un courrier récent à ses membres, "le marché n'a pas été inondé de nouveaux venus venant de tous horizons; les nouveaux acteurs ont généralement un profil plus âgé, disposent déjà d'une expérience professionnelle dans un autre secteur et se spécialisent souvent dans une destination qu'ils connaissent".

Quant à la disparition du cautionnement bancaire, elle s'est traduite par une adaptation des fonds propres exigée par les assureurs chargés de couvrir l'insolvabilité.

Reste tout de même que le CGT n'entend pas "laisser à l'avenir une ouverture totalement incontrôlée à des opérateurs malintentionnés qui nuiraient à la réputation de sérieux de tout un secteur".

C'est pourquoi le ministre en charge du Tourisme, René Collin, a encouragé le secteur à organiser lui-même un principe de labellisation des agences de voyages et a attribué cette compétence à l'Upav. Laquelle sera, bien entendu, "observée" par le Commissariat au tourisme afin que les non-membres de l'union professionnelle aient eux aussi leurs droits garantis.

Anne-Sophie Snyers, secrétaire générale de l'Upav, précisait dernièrement que la formation sera une des conditions d'octroi de ce label. "Le secteur veut garder cette nécessité de professionnalisme dans la délivrance de son service", explique-t-elle.

Techniques de vente, nouvelles technologies, tarification, facturation variable selon les pays, notions juridiques quant aux réglementations nationales et européennes, protection de la vie privée, comptabilité et nous en passons.

L'Upav a d'ores et déjà créé une "Belgian Travel Academy", dans laquelle elle espère trouver des tour-opérateurs comme partenaires. Ce qui au passage, pourrait régler les problèmes de cautionnement évoqués plus haut.

Si l'Upav est la cheville ouvrière de l'académie, elle ne voudrait pas non plus que le nouveau label, qui pourrait être appelé Certa (Certified Travel Agency), soit de son seul ressort. Outre le contrôle du CGT, il devrait y avoir des professionnels de la formation à la tête du comité de certification.

"Ce ne seront pas des agents de voyages qui jugeront leurs pairs", insiste Patrice Janssens, administrateur de l'Upav.

Une question demeure toutefois: comment réagiront les Régions bruxelloise et flamande? Ne risque-t-on pas d'avoir des régimes différents selon les Régions et que le voyageur s'y perde? Si, comme souvent en Belgique.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content