Fukushima va changer le monde

La facture sera lourde pour Tepco et le secteur du nucléaire. Selon Dexia, la crise bénéficiera aux producteurs d’énergie renouvelable.

récit Vincent Georis

Seveso (1976), Three Mile Island (1979), Bhopal (1984), Tchernobyl (1986)… Toutes ces catastrophes industrielles majeures ont bouleversé les populations et l’environnement. Elles ont aussi confronté l’industrie à ses limites et provoqué des changements. Three Mile Island a conduit au gel du programme nucléaire civil des Etats-Unis. Seveso a entraîné l’adoption d’une directive européenne sur les sites industriels à risque qui a durci la prévention.

Quelles seront les conséquences exactes de la catastrophe de Fukushima, toujours en cours? Nul ne peut le prédire. Encore moins depuis que l’Agence japonaise de sécurité nucléaire a décidé, lundi, de classer l’accident au niveau 7 sur l’échelle INES. Le plus élevé qui soit.

La facture devrait cependant être lourde. Pour l’opérateur japonais Tepco, propriétaire de la centrale. Mais aussi pour l’ensemble du secteur nucléaire.

premières conclusions

"L’issue finale de l’accident nucléaire de Fukushima est encore hautement incertaine", affirment des analystes de Dexia Asset Management dans une note publiée hier. Ils tirent cependant deux conclusions, dressant le scénario de ce qu’ils appellent "le monde post-Fukushima".

La première concerne le mix énergétique. "Dans le long terme, les pays devront se tourner vers l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables pour garantir un approvisionnement énergétique sécurisé et propre", soulignent-ils. Dexia parle également d’"une perte d’attractivité du nucléaire", due à une hausse des coûts et à un changement d’attitude du grand public, au profit des énergies "vertes". La banque dresse une liste de critères de sociétés durables qui devraient profiter de ce changement de tendance.

La deuxième conclusion porte sur la responsabilité sociale et environnementale des opérateurs nucléaires. Une question cruciale aux yeux des victimes, mais aussi des exploitants des centrales nucléaires. Selon Dexia, ces dernières devront satisfaire à des critères de sécurité plus élevés. Au point d’affaiblir leur compétitivité et, ici encore, leur attractivité.

130 milliards de dollars

Dans l’immédiat, une bataille juridique longue et complexe se prépare au Japon pour déterminer les dommages civils. Elle devrait laisser une addition très lourde entre les mains de Tepco et de l’Etat japonais.

Les demandes d’indemnités seront réglées par loi japonaise de 1961 qui fixe les compensations en cas d’accident nucléaire. Un dispositif moins favorable que celui des pays de l’Union européenne, où, depuis l’accident de Tchernobyl, les plafonds d’indemnisation ont été relevés.

Quels sont les montants en jeu? Fin mars, les analystes de Bank of America-Merrill Lynch estimaient que Tepco devrait faire face à des demandes d’indemnisation pour plus de 130 milliards de dollars.

Cette évaluation n’est pas irréaliste. Les dommages causés par la catastrophe de Tchernobyl s’élèvent à "des centaines de milliards", selon un rapport de l’Agence internationale de l’Energie (AIE). La Biélorussie, à elle seule, a estimé ses pertes à 235 milliards de dollars. A titre de comparaison, les dommages causés en 2010 par la marée noire en Mer du Mexique ont coûté 20 milliards de dollars au groupe pétrolier BP.

Tepco ne pourra pas assumer cette charge. Sa dette a grimpé à 113 milliards de dollars et sa valorisation boursière a chuté à 35 milliards. Le gouvernement japonais devra intervenir. Il pourrait même nationaliser. D’autres soutiens seraient sollicités. Selon le quotidien nippon Yomiuri Shimbun, la responsabilité financière de Tepco pourrait être plafonnée à 45 milliards de dollars, tandis qu’un plan prévoirait la création d’un fonds d’aide mutuelle de 32 milliards de dollars, alimentée par les entreprises du secteur, comme le groupe Kansai Electric. Tepco a refusé de confirmer l’existence de ce plan. En même temps, sa direction annonçait hier les premiers versements de dédommagements aux résidents proches de la centrale.

L’affrontement juridique ne fait que commencer. L

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