Greenyard mis à mal par une listéria mortelle

Depuis le 4 juillet, Greenyard rappelle tous les légumes surgelés qui ont été produits dans son usine hongroise de Baja. ©© Greenyard

Une infection à la listéria a fait neuf morts en trois ans. Les autorités sanitaires européennes incriminent une usine hongroise de Greenyard. Dont l'action a été suspendue.

Il n'y a pas de fumée sans feu. Derrière la vague de rappels de légumes surgelés Greenyard déclenchée au début du mois dans plusieurs pays européens se cachait une crise sanitaire qui, en trois ans, a rendu malades 38 personnes et causé neuf décès.

Cette vague de listériose, qui a frappé jusqu'ici cinq pays (Autriche, Danemark, Finlande, Suède et Royaume Uni), serait due, selon l'Agence européenne pour la sécurité alimentaire (Efsa), à une bactérie sévissant depuis août 2015. Dont une souche similaire a été découverte dans une usine de Greenyard située à Baja, dans le sud de la Hongrie, et qui produit des légumes surgelés.

La bactérie incriminée, la listéria monocytogène, est la seule listéria dangereuse pour l'homme. Les infections ne sont pas fréquentes, mais cette bactérie est potentiellement dangereuse, voire mortelle, pour les personnes immunodéficientes et pour les femmes enceintes. Une contamination se traduit par des céphalées et/ou par de la fièvre.

Greenyard a été avertie le 29 juin dernier par les autorités hongroises de la contamination de son unité hongroise à la listéria monocytogène.

Après une première vague de rappels le 4 juillet dernier, le géant belge des fruits et légumes décidait vendredi de retirer du marché tous les légumes surgelés - maïs, petits pois, haricots, épinards, oseille, panais - produits dans son usine de Baja entre le 13 août 2016 et le 20 juin 2018.

Simple précaution, dit l'entreprise basée à Wavre-Ste-Catherine. "À ce stade, aucun lien causal n'a encore été établi entre nous et les décès. L'Efsa mène une enquête pour déterminer si ce lien existe. Par précaution, nous avons décidé de retirer tous nos produits sortis de l'usine incriminée", explique Hein Deprez, le CEO de Greenyard.

Les déboires sanitaires du groupe ont levé un vent de panique sur les marchés. à 12h45, l'Autorité des services et marchés financiers (FSMA) ordonnait la suspension de la cotation de l'action Greenyard qui, en moins d'une heure, avait déjà plongé de 9,5%. En attendant une communication de l'entreprise, laquelle est sortie du bois en début de soirée en affirmant avoir pris toutes les mesures pour garantir la sécurité alimentaire et en précisant que les frais de rappel des produits sont couverts par une assurance.

Une souche ressemblante

L'Efsa ne cite pas nommément l'usine qui serait à l'origine de la contamination. Mais le site hongrois de Greenyard, qui génère un chiffre d'affaires annuel de 24 millions d'euros, est clairement visé: la souche qui y a été découverte est semblable à celle qui se trouvait dans les aliments contaminés.

Celle-ci a fait à ce jour 47 victimes: 23 en Finlande (dont deux décès), 11 au Royaume Uni (deux décès), 7 en Suède (trois décès), 4 au Danemark (un décès) et deux en Autriche (un décès). Jusqu'ici, on n'a détecté aucune conséquence sanitaire en Belgique.

Va-t-on vers un nouveau vaste scandale alimentaire? L'affaire est grave, mais à ce stade, rien ne permet de dire qu'elle s'étend à plusieurs sites. L'Efsa cherche d'ailleurs à savoir comment les contaminations sont survenues dans l'usine Greenyard de Baja. Quand on y verra plus clair, d'autres sites pourraient être inspectés.

Tous les sites sous la loupe

Chez Greenyard en tout cas, on a décidé d'élargir l'examen du site hongrois aux autres unités de production de surgelés. "Nous menons actuellement une batterie de tests, mais la bactérie n'a pas été découverte dans les autres usines", précise Hein Deprez.

Depuis jeudi soir, Greenyard met les bouchées doubles, en rappelant tous les produits venus de Baja. Dix-huit nouveaux produits, vendus sous les marques Pinguin, Delhaize, Everyday, Boni et D'Lis, sont concernés.

Ce rappel concerne des centaines de magasins, puisque les supermarchés Delhaize et Colruyt figurent parmi les clients de Greenyard. Des rappels analogues ont été lancés dans d'autres pays, notamment l'Autriche, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume Uni, et même l'Australie.

Précisons qu'une intoxication à la listéria est assez facile à éviter: il suffit de la cuire convenablement. La bactérie est en effet éliminée si le produit est chauffé à 70 degrés pendant au moins deux minutes. Des légumes poêlés ou bouillis sont donc sans danger.

L'agence sanitaire européenne souligne de son côté que le risque pour la population a été réduit grâce aux rappels de produits. Mais tout danger n'est pas encore écarté. "De nouveaux cas pourraient se produire car le temps d'incubation de la bactérie est de 70 jours", rappelle-t-elle. De plus, les produits surgelés ont une longue durée de conservation, ce qui accroît la probabilité que des personnes maintiennent des produits contaminés dans leurs congélateurs.

Pour Greenyard, les conséquences sont difficiles à établir à ce stade, mais nul doute qu'elles seront lourdes, surtout en termes d'image. Et si l'usine hongroise ne pèse pas lourd au sein d'un groupe faisant 4,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, celui-ci devra aussi détruire à ses frais les lots suspects et trouver des solutions de remplacement dans d'autres usines pour pouvoir fournir ses clients.

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