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"Harmonisons le statut de l'économie collaborative avec celui d'indépendant complémentaire"

©Dieter Telemans

ListMinut, c'est une plateforme web qui met en relation des particuliers et des prestataires de petits services (jardinage, bricolage, peinture, etc.): l'archétype de l'économie collaborative, en gros. Une start-up belge qui a pas mal oeuvré en coulisses autour de la définition du nouveau cadre fiscal entourant ce type d'activités et qui se réjouit de son entrée en vigueur prochaine (lire ci-contre).

Quelle est votre première réaction à la concrétisation du cadre fiscal pour l'économie collaborative?

La première serait sans doute "Enfin!" (rires). C'est un texte que nous attendions depuis longtemps, après le vote et l'entrée en vigueur de la loi au premier juillet. Il y avait pas mal d'incertitudes sur le marché et on devait rappeler à nos utilisateurs que le cadre n'était pas encore mis en place. Maintenant que nous connaissons les conditions d'agrément, nous travaillons déjà sur les formalités, histoire d'être prêts pour le 1er mars. On se réjouit surtout parce que cela va apporter de la transparence sur le marché. Et nous essayons de bien faire comprendre que ce n'est pas 'une nouvelle taxe de plus sur l'économie collaborative', alors qu'en fait on passe de 33% à 10%. Et qu'on ne peut pas défendre ceux qui choisissaient de faire leurs prestations au noir en ne déclarant rien.

C'est une surprise pour vos utilisateurs?

Je ne pourrai jamais garantir que tous nos utilisateurs déclaraient leurs revenus auparavant mais ils étaient tous très clairement informés au sujet de cette obligation. Fondamentalement, c'est une bonne nouvelle pour eux parce que dès l'entrée en vigueur du cadre, ils ne devront plus se charger de la déclaration: nous prélèverons les 10% de taxe en plus de notre commission de 15% sur la transaction, ce qui reste moins cher que de le faire en dehors d'une plateforme en étant taxée à 33%. C'est le prix à payer pour un système correct, transparent, et je ne trouve pas le prix trop élevé.

Le texte n'a apparemment pas d'effet rétroactif: est-ce problématique pour certaines plateformes qui pratiqueraient déjà la retenue à la source?

Je ne pense pas que d'autres plateformes ont pris le risque de démarrer la retenue sans connaître le cadre définitif et avant d'être officiellement agréées. Par contre, le système devait initialement entrer en vigueur en 2016, et ceux qui espéraient pouvoir obtenir une taxation à 10% de leurs revenus de cet exercice devront rester sur une taxe à 33%...

Est-ce que ce cadre va freiner, ou plutôt booster le marché?

Je pense clairement que ça va le soutenir, notamment au niveau des prestataires qui sauront maintenant qu'ils peuvent effectuer des prestations jusqu'à 5.000 euros sous un régime favorable. Et, dans le cas de ListMinut, ça va soutenir la tendance de fond que l'on observe, où beaucoup de personnes ont employé notre plateforme pour s'essayer à un métier, sans prendre de risque et à leur rythme avant de faire le grand saut et de réellement devenir indépendants.

Faut-il une harmonisation avec le statut d'indépendant complémentaire?

Très certainement, et c'est le prochain chantier auquel il faudra s'attaquer. Je peux tout à fait comprendre que certains considèrent que ce nouveau cadre est discriminatoire envers les indépendants complémentaires. Il n'est pas logique que, pour des situations similaires, les niveaux de taxation ne le soient pas.

Allez-vous mettre en place un système d'avertissement, pour éviter que les prestataires dépassent le plafond des 5.000 euros?

Dès qu'un prestataire dépassera les 5.000 euros de transactions sur ListMinut, il sera bloqué sur le site et on prendra contact avec lui pour lui suggérer et éventuellement l'accompagner dans une démarche pour devenir indépendant. On réfléchit aussi à un moyen de mettre en commun nos données pour que l'on puisse faire un warning multiplateformes, mais c'est clairement le fisc qui est le mieux placé pour le faire.

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