Huit réfugiés sur dix souffrent de stress post-traumatique

La Turquie a accueilli 2,7 millions de réfugiés depuis le début du conflit en Syrie, soit environ la moitié des Syriens déplacés. ©© AFP

LE RÉSUMÉ

Selon une étude réalisée par l'ONG turque Maya Foundation, 83% des réfugiés sont atteints de troubles de stress post- traumatique.

Cette affection impose une prise en charge appropriée.

Les résultats de cette étude, réalisée en Turquie, ont été diffusés lors d'une conférence sur les réfugiés, hier au Parlement européen.

Un sommet entre l'Union européenne et la Turquie aura lieu lundi prochain à Bruxelles afin de trouver une issue à cette crise sans précédent.

Torture, enlèvements, meurtres, viols... Derrière la crise migratoire la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, se trouvent des êtres humains exposés aux drames qui sont le lot quotidien des conflits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. On commence à peine à en comprendre l'ampleur.

Pas moins de 83% des réfugiés poussés hors de Syrie sont victimes d'un trouble de stress post-traumatiques (TSPT), un état anxieux sévère. Plus d'un tiers (37%) est atteint de dépression. Une situation qui complique leur parcours déjà difficile. C'est ce qui ressort d'une étude inédite qui vient d'être réalisée sur 820 réfugiés en Turquie.

"Je suis venue à Bruxelles pour informer les décideurs politiques de cette réalité. Nous comprenons qu'ils ont un agenda, mais le traitement des traumatismes est une priorité", confie Esra Özsüer, présidente de la Maya Foundation.

Cette femme d'affaires, dont la famille détient le Holding Maya, propriétaire d'Ikea Turquie, est impliquée depuis plusieurs années dans la prise en charge des traumatismes des réfugiés syriens.

Une autre étude de Maya Foundation, réalisée auprès de 1.550 réfugiés dans huit grandes villes turques, montre que la moitié d'entre eux ont été exposés à des combats. Pas moins de 57% ont perdu des membres de leur famille, 37% ont vu des gens se faire tuer devant eux et 50% ont perdu leur maison.

"Les dommages causés touchent les racines même de leur humanité. Il est urgent d'agir pour éviter que les générations futures ne perpétuent le cycle de violence", dit Leyla Akca, psychologue formée à New York et directrice clinique de Lift, un projet de l'ONG. Mme Akca a mis au point un programme de résilience, en grande partie basé sur l'expression artistique. "Le modèle a fait ses preuves. Les enfants traités sont plus indépendants", dit-elle. "Nous voulons briser le cycle du traumatisme".

L'ONG était invitée par les députés européens du PPE, du S&D et du groupe des Verts lors d'une conférence sur les réfugiés, hier au Parlement européen.

2,7 millions de réfugiés en Turquie

La Turquie compte sur son territoire plus de 2,7 millions de réfugiés, dont une partie migre actuellement en Europe. Cette crise sera au coeur d'un sommet entre l'Union européenne et la Turquie, lundi prochain. L'Europe lui propose une aide de 3 milliards d'euros pour prendre en charge les migrants et stopper l'afflux de réfugiés. Pour la Turquie, qui a déjà dépensé plus de 10 milliards de dollars dans ce domaine, c'est trop peu.

Le gouvernement turc est, par ailleurs, soupçonné de vouloir utiliser l'argent pour d'autres objectifs. "On a entendu des fausses accusations, comme si l'argent allait dans les poches du gouvernement. Mais c'est faux", dit Ayse Üzer, vice-représentant permanent de la Turquie auprès de l'Union européenne. "Cet argent sera utilisé sur le terrain à la nourriture, à l'aide et aux soins de santé".

"NE VENEZ PAS EN EUROPE"

Le président du Conseil européen Donald Tusk a lancé jeudi un appel aux migrants économiques à ne pas venir en Europe, à l'issue d'un entretien à Athènes avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras.

"Je veux lancer un appel à tous les migrants économiques illégaux potentiels, d'où que vous soyez. Ne venez pas en Europe. Ne croyez pas les passeurs. Ne risquez pas vos vies et votre argent. Tout cela ne servira à rien", a déclaré M. Tusk.

Le président du Conseil européen a aussi critiqué les actions "unilatérales" de pays membres de l'UE, comme l'Autriche, concernant les restrictions imposées au nombre de migrants autorisés à entrer sur leurs territoires. Il a souligné que ces actions "portaient atteinte à la solidarité" au sein du bloc.

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