L'Afsca contaminée par le scandale des oeufs au fipronil

Malgré les critiques, l'Afsca continue de rassurer sur la présence de fipronil dans les oeufs belges. ©© Photo News

Le manque de transparence de l'Afsca sur la crise des oeufs contaminés est dénoncé de toutes parts.

LE RÉSUMÉ

Plusieurs pays européens sont touchés par des oeufs contaminés par un insecticide, le fipronil.

La Belgique est concernée mais les taux retrouvés sont en dessous des normes européennes.

Les critiques fusent néanmoins envers l'Afsca. Son manque de transparence lui est reproché.

Mercredi, une commission parlementaire va se réunir afin de faire la lumière sur cette crise qui ne dit pas son nom.

Des millions d'oeufs ont été retirés des supermarchés aux Pays-Bas et en Allemagne. La cause: ils étaient contaminés avec du fipronil, un insecticide. Faisons-nous face à un nouveau scandale alimentaire? La Belgique semble épargnée mais les couacs de communication de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) ont semé le trouble. Son administrateur délégué, Herman Diricks, invité hier soir à l'émission Terzake, sur la VRT, a défendu les décisions prises par son agence depuis le 2 juin, date des premiers signalements de présence de l'insecticide fipronil dans des oeufs, jusqu'à aujourd'hui. "Nous n'avons jamais tenté de dissimuler quoi que ce soit", a-t-il affirmé. Tant sur la gestion du problème que sur la communication au grand public, Herman Diricks a estimé que l'Afsca ne pouvait pas être pointée du doigt.

Quel est le problème?

Des oeufs produits dans différents élevages de poules ont été contaminés par du fipronil. Cet insecticide, interdit dans la chaîne alimentaire, est utilisé pour traiter les volatiles contre les puces, les acariens et les tiques. Le traitement par pulvérisation dans les poulaillers a été effectué par la société néerlandaise Chick Friends.

Quel est le risque pour la santé?

En grande quantité, le fipronil est considéré comme "modérément toxique" pour l'homme par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Concrètement, une personne de 70 kg doit manger une quinzaine d'oeufs de 60 grammes avant de ressentir sur sa santé les effets d'un oeuf ayant été en contact avec du fipronil. Pour un enfant de 23 kg, cette dose serait de cinq oeufs, selon le toxicologue Jan Tytgat.

La contamination peut-elle s'étendre à d'autres produits alimentaires?

D'après le Boerenbond, l'organisation agricole flamande, le problème de la contamination des oeufs au fipronil ne concerne pas les poulets. Durant leur vie plus courte, ces derniers ne souffrent pas des acariens et ne doivent donc pas être traités par ce produit. Mais le scandale pourrait encore prendre de l'ampleur si des produits transformés s'avèrent contenir des oeufs contaminés. En Allemagne, six salades industrielles faites d'oeufs en morceaux ou de mayonnaise ont été rappelées vendredi soir par leur fabricant.

La Belgique est-elle concernée?

La contamination touche à divers degrés plusieurs pays d'Europe: la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Suisse, la Suède et la France. Les Pays-Bas sont fortement touchés. Ils ont retiré des millions d'oeufs des supermarchés et des milliers de poules ont été abattues. En Belgique, des exploitations ont aussi fait appel à l'entreprise néerlandaise Chick Friends. L'Afsca a identifié 57 exploitants (correspondant à 86 poulaillers). Début juin, elle a détecté l'insecticide dans un échantillon d'oeufs. Mais la concentration du produit était en dessous des seuils européens. Par précaution, des oeufs ont toutefois déjà été retirés des supermarchés belges dans l'attente des résultats des tests. Mais l'ampleur de ces retraits est bien moindre qu'aux Pays-Bas.

Pourquoi l'Afsca n'a pas communiqué plus tôt?

Pourquoi l'Afsca a-t-elle attendu fin juillet pour communiquer sur la présence de fipronil dans des oeufs belges alors qu'elle était au courant depuis juin. L'agence dit avoir gardé l'information secrète en raison d'une instruction judiciaire en cours. Ce week-end, elle ne disposait pas encore de tous les résultats d'analyse. Ceux-ci ont été publiés ce lundi.

Que disent les résultats d'analyse?

Après avoir analysé 21 exploitations concernées par le problème, il s'avère que le taux de fipronil s'établit à 0,092mg/kg. Cela signifie que la teneur est de très loin inférieure à la valeur limite de 0,72 mg/kg. Vingt-six élevages de poules pondeuses ont déjà pu être libérés étant donné la mise en évidence de l'absence de contamination. Il reste deux entreprises de poules pondeuses pour lesquelles tous les résultats ne sont pas encore connus. 51 entreprises de volailles (dont 22 de poules pondeuses) sont toujours bloquées. Initialement, 86 entreprises (48 de poules pondeuses) avaient été bloquées par l'Afsca. Un programme de monitoring a débuté dans toutes les exploitations de poules pondeuses non présumées concernées par des possibles contaminations. Ceci concerne approximativement 200 entreprises de poules pondeuses. Celles-ci sont également contrôlées par précaution.

Pourquoi l'Afsca est-elle la cible des critiques?

Le manque de transparence de l'Afsca a été dénoncé de toutes parts. Test-Achats demande à l'Afsca de rendre publics les numéros des lots d'oeufs concernés par la contamination au fipronil, de publier les quantités de résidus précises retrouvées dans les différents lots et pas seulement une moyenne et de faire la lumière sur la potentielle contamination de produits transformés par ces oeufs.

Côté syndical, la CSC n'est pas en reste. Cette crise est "connue depuis deux mois déjà et il faudra encore suivre une procédure stricte pour que certains laboratoires puissent procéder à l'analyse nécessaire dans le cadre de la contamination au fipronil. La CSC a déjà déploré, ces dernières années, cette 'procédurite'qui est l'arbre qui cache la forêt".

La Fugea, la Fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs, a aussi réagi. "Alors que l'Afsca n'hésite pas à appliquer des normes drastiques chez nos producteurs pour favoriser des circuits de plus en plus facilement 'contrôlables', nous constatons que dans d'autres cas, les rouages du contrôle sanitaire auraient pris quelques jours de vacances...! Où est donc passé le principe de précaution? Ce principe a pourtant bien été appliqué lorsqu'il s'agissait des tartes à maton, des fromages de Herve. Pour moins que ça, des exploitations agricoles en circuit court se sont vues bloquées et financièrement pénalisées".

Le gouvernement était-il au courant?

Il y a quelques semaines, c'était encore Willy Borsus (MR) qui était en charge de l'Agriculture au gouvernement fédéral. Ce dernier aurait été informé par l'Afsca le 24 juillet dernier en même temps que Maggie De Block (Open Vld), ministre de la Santé. Il a alors réclamé un rapport en urgence, qui lui a été fourni par l'Afsca le lendemain, 25 juillet. Il a ensuite passé la main à Denis Ducarme pour devenir ministre-président wallon. Le nouveau ministre de l'Agriculture a demandé à l'Afsca un rapport circonstancié pour cet après-midi.

Et maintenant?

L'affaire provoque un tollé politique. L'opposition a réclamé une réunion d'urgence d'une commission parlementaire. Elle se tiendra mercredi. Denis Ducarme et Maggie De Block seront entendus, de même que le directeur de l'Afsca.

Par ailleurs, un officier de liaison a été désigné afin d'améliorer la coopération avec l'Allemagne en matière de sécurité alimentaire, a indiqué Denis Ducarme dans la foulée d'un entretien avec son homologue allemand Christian Schmidt. Ce week-end, ce dernier avait reproché le manque d'informations données par la Belgique.

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