L'Albanie attend toujours aux portes de l'Europe

Un cinquième de la population albanaise vivrait sous le seuil de pauvreté et la moitié de la population active travaillerait dans le secteur de l'agriculture. ©© Michel Setboun

Coupée du reste du monde durant des décennies, la République d'Albanie reste relativement méconnue en Europe occidentale. Aux portes de l'Union européenne, disposant d'une frontière commune avec la Grèce, elle est officiellement candidate à l'accession à l'Union depuis juin 2014.

L'Albanie est un pays surprenant: d'une part, de par la beauté de ses paysages, notamment les montagnes et la nature préservée, mais aussi les ruines millénaires comme celles de Butrint, site inscrit au patrimoine culturel mondial de l'Unesco, que j'ai pu visiter dans le sud du pays il y a quelques jours.

D'un autre côté, les bunkers de béton, de toutes tailles et ressemblant à des champignons, rappellent des périodes de son histoire: construits par le régime dictatorial d'Enver Hoxha dans l'ensemble du pays dans les années soixante jusqu'au début des années nonante, ces bunkers (plusieurs centaines de milliers au total) visaient à protéger le pays contre des risques d'invasions. Ils n'ont cependant jamais été utilisés comme tels pendant la période communiste.

L'Albanie est aujourd'hui un pays en transition, un pays qui aspire à rejoindre l'Union européenne.

Tel un énorme chantier

Comptant près de trois millions d'habitants, l'Albanie est souvent qualifiée de pays en développement. Un cinquième de la population albanaise vivrait sous le seuil de pauvreté et la moitié de la population active travaillerait dans le secteur de l'agriculture.

Par ailleurs, l'Albanie ressemble à un énorme chantier: routes, autoroutes, immeubles et maisons à étages sont construits dans les villes et sur la côte. Mais de nombreuses constructions sont souvent stoppées, soit sur l'ordre des autorités parce qu'elles sont illégales, soit par manque d'argent, marquant de fait le paysage de squelettes d'immeubles inachevés.

Reconnue dès 2003 comme un candidat potentiel à l'accession à l'Union européenne, l'Albanie dépose sa candidature lors du Conseil européen de Thessalonique en juin 2009. Le pays adopte en 2011 un plan d'actions comprenant douze priorités identifiées par la Commission européenne.

La Commission recommande d'accorder à l'Albanie le statut de pays candidat à l'accession dès 2012, sous réserve de la mise en oeuvre de mesures nécessaires dans certains domaines, notamment le domaine judiciaire, ou encore la lutte contre la corruption et le crime organisé.

Le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne accorde finalement à l'Albanie le statut de candidat à l'adhésion en juin 2014, reconnaissant ainsi les progrès réalisés par le pays, tant en termes d'intégration européenne que de mise en oeuvre de réformes.

Cette décision met en exergue l'intérêt de l'Union européenne et son soutien au pays.

Transition démocratique

La désintégration de la Fédération yougoslave il y a une vingtaine d'années a donné naissance à des États nations disposant d'une expérience limitée en termes de démocratie, et d'institutions publiques relativement faibles. L'approche de l'Union vise, depuis quelques années, à guider ces pays dans leurs transitions vers des démocraties multipartites et des économies de marché.

Considérés comme le "jardin" de l'Union européenne, les pays des Balkans occidentaux (Bosnie-Herzégovine, Croatie, Kosovo, Macédoine, Monténégro et Serbie, c'est-à-dire les pays de l'ancienne Yougoslavie sans la Slovénie, mais avec l'Albanie) disposent de liens économiques et sociaux forts avec certains États membres de l'Union.

Quant à la Croatie, elle a adhéré à l'Union il y a deux ans. L'intérêt porté par l'Union européenne à la transition des pays des Balkans occidentaux après la chute du communisme traduit également une manière de développer la stabilité dans cette région, afin d'éviter tout risque de débordement dans des États membres de l'Union.

Il est intéressant de noter que l'Albanie est entrée à l'Otan il y a six ans environ, même si les critères à cet effet sont d'un autre ordre, la situation économique du pays ne représentant pas un obstacle majeur. Il n'en demeure pas moins que cette entrée représente un succès notable, sans doute favorisé par l'attitude assez coopérative du pays lors des opérations de l'Otan au Kosovo il y a une quinzaine d'années.

Ces pays présentent aussi un intérêt géostratégique en termes d'influence et de présence internationale accrue de l'Union européenne. Un autre élément non négligeable: les Balkans occidentaux hébergent des Musulmans parmi les plus pro-occidentaux. L'islam est la religion majoritaire en Albanie, pays où cette religion cohabite avec les religions catholiques et orthodoxes de façon relativement harmonieuse.

Politologue, chercheuse-doctorante

PReCoM, Université Saint-Louis - Bruxelles

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