La beauté du geste et de la matière

"Melancholia" (détail, 2016).  ©© Serena Fineschi

"Darstellung", Serena Fineschi

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Jusqu'au 11 mars, rue de Barchon 11 à 1000 Bruxelles.

Le lieu mis à disposition par Frédéric de Goldschmidt n'est pas prévu pour accueillir une exposition et pourtant on dirait que l'installation et l'espace sont faits l'un pour l'autre. L'artiste italienne Serena Fineschi que l'on avait découverte lors d'une exposition collective à la Fondaco (lire "L'Echo" du 18 juin 2016) présente de nouveaux travaux en dialogue avec Marina Dacci, la directrice de la Collezione Maramotti à Reggio Emilia, en Italie. Le titre "Darstellung" évoque la représentation en référence à Aristote qui insistait sur la primauté du réel et de la vérité. "Le matériau est un prétexte à une connexion avec le corps, l'énergie", explique Marina Dacci qui compare cette forme de création à l'écriture automatique. "Le contact avec la matière insuffle un était d'esprit qui permet de puiser l'énergie dans le matériau, de se laisser aller en abandonnant tout pragmatisme", ajoute la curatrice.

L'artiste, elle, utilise ses yeux et son corps, plutôt que son mental. Dans "Melancholia" - autre référence à Aristote -, Serena Fineschi s'est littéralement acharnée sur la matière, en l'occurrence des panneaux de MDF, avant de s'apaiser et de "lisser" les aspérités créant comme un decrescendo dans la matière. Elle triture également la soie lui donnant des effets bluffant de papier. "Tout n'est que matériau, pour moi", commente-t-elle. Ainsi, "Naufragio" est conçu dans une plaque de "black metal" trouvée à Bruxelles et parsemée d'éclairs de lumière comme une surface de Lune ou de Saturne.

"L'attesa" (l'attente) est née comme la manie de griffonner le papier lorsqu'on est au téléphone ou que l'on attend quelqu'un ou quelque chose. L'aplat s'éclaircit au centre de l'oeuvre comme pour signifier qu'un espoir se dessine même au coeur de la noirceur. les bics qui ont contribué à la réalisation de cette oeuvre sont également exposés sous le titre "Sonata muta per paesaggio n.2" (Sonate n°2 pour un paysage) où les différences de remplissage, ou d'épuisement, de l'encre évoque effectivement un paysage ou un instrument de musique "mais aussi seulement des bics", ajoute l'artiste.

"Sibylla" reproduction en bronze de la main de l'artiste, comme usée, polie par le temps, illustre la façon dont Serena Fineschi se joue de la matière avec autant de force que de délicatesse. Des oeuvres émane une puissance, une énergie qui s'épanouit dans la légèreté et la finesse des formes. Dans la douceur, elle transcende la force de la matière.Didier BéclarD

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