La magie noire des pensions

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Comme de nombreux économistes, j'ai un doute grandissant quant au financement des pensions en Belgique. En effet, je suis convaincu qu'il arrivera immanquablement un moment où l'État devra faire aveu d'impécuniosité dans cette matière.

Comment imaginer que, sans aucune réserve accumulée et avec une démographie inversée, il soit possible de maintenir un système sans réforme profonde?

À minima, les pensions seront plafonnées pour converger vers une allocation universelle. Cela conduira à un glissement générationnel, puisque la population active contemporaine devra financer les pensions des plus âgés sans voir ses propres pensions honorées par les plus jeunes, d'autant que la numérisation de l'économie escamote structurellement des emplois.

Bien sûr, il se trouve toujours de doctes et sentencieux donneurs de leçons, tous grassement pensionnés ou experts improvisés sans compter les idéologues, pour nier cette évidence. Il suffit pourtant de multiplier la pension estimée par son espérance de vie pour appréhender l'immensité de l'imposture arithmétique: dans un système de répartition, il est impossible de financer une augmentation d'espérance de vie de 20 ans sans être confronté à un déficit financier.

Si le baby-boom d'après-guerre a duré 20 ans, sa transposition en papy-boom en durera 40, puisque l'espérance de vie a augmenté de 20 ans. Il n'est pas donc étonnant que le rachat des années d'études pour augmenter la pension ne recueille pas d'acclamations exaltées.

En vérité, je serais effrayé par autre chose, à savoir un financement des pensions par le deuxième pilier (assurances-groupe et fonds de pension) dont les capitaux seraient, de manière plus ou moins autoritaire, convertis en rentes.

La pension légale serait alors adaptée en fonction du montant de la rente, fictive ou non, issue du deuxième pilier. Cette piste, qui relève du cambriolage générationnel, est plausible car elle a déjà été évoquée par un parti politique flamand.

Au reste, il suffit de consulter le site mypension.be pour constater que la conversion des capitaux d'assurances-groupe a déjà été effectuée par l'État, sans qu'on ne lui demande rien. Bien sûr, l'intention de l'exhaustivité est louable, mais ne pas y voir un message subliminal relève de la plus coupable naïveté.

C'est un cadastre des assurances du second pilier qui est désormais paramétré par l'Etat. Pour s'en convaincre, il faut attirer l'attention sur une gigantesque modification législative apportée en toute discrétion, et dans un jargon technique cryptographié, à savoir que la liquidation des capitaux d'assurances-groupe est, de manière autoritaire (et sauf exceptions), postposée jusqu'à l'âge de la pension légale, qui passe progressivement de 65 à 67 ans. En d'autres termes, certains travailleurs qui croyaient pouvoir bénéficier d'un capital à l'âge de 65 ans en seront empêchés pendant un an ou deux, voire plus puisque l'âge de la pension va évidemment augmenter. Les compagnies d'assurances n'ont pas donné beaucoup de publicité à cette nouvelle réalité qui pulvérise la sécurité juridique des assurances-groupe.

Mais il y a pire, bien pire. Une terrifiante surprise attend les indépendants. Ceux-ci peuvent, en effet, souscrire une pension libre complémentaire (PLCI). Plus de 300.000 indépendants l'ont fait. La plupart des contrats de PLCI arrivaient à échéance au 60e anniversaire du cotisant. Et voici que, sans aucune concertation, la liquidation du capital de la PLCI est repoussée d'autorité à l'âge de la pension, c'est-à-dire de 65 à 67 ans en fonction de l'âge de l'indépendant.

Voilà comment des dizaines de milliers d'indépendants de bonne foi se voient floués. Empêcher la prise d'un capital pendant cinq à sept ans indique à suffisance l'instabilité juridique et l'emprise étatique sur une matière qui relève de la sphère privée. Cela créera de gigantesques problèmes financiers pour de nombreuses familles. La plupart des indépendants concernés n'en ont pas encore conscience.

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