"La prochaine grande crise est annoncée"

À Wall Street, les traders ont davantage apprécié l'IPO jeudi de Levi Strauss que la décision la veille de la Federal Reserve. ©© REUTERS

C'est ce que pensent d'éminents experts comme Jacques Attali ou Georges Ugeux. En cause: l'endettement mondial qui n'a fait que croître depuis la crise de 2008. Faut-il les croire?

La prochaine grande crise financière est annoncée. Tout au moins par certains experts. Mais ce type de prédiction est à prendre avec des pincettes ou, à tout le moins, avec un certain recul. Prenez Jacques Attali. Le 9 mars dernier, le penseur et économiste français a frappé (très) fort dans les colonnes de L'Echo. "Nous sommes au bord d'une grande crise mondiale". De quoi créer le buzz sur les réseaux sociaux. Outre l'incertitude liée au Brexit, confie Attali, l'économie mondiale est très fragile aujourd'hui. Quand aura lieu cette grande crise? Dans trois semaines ou dans deux ans, dit-il. Cela laisse de la marge...

Comme l'entretien s'est déroulé le 8 mars, la crise, si on calcule bien, est donc programmée pour la semaine à venir ou pour le début du mois d'avril. Ou alors pour... l'année 2021.

Sur le fond des choses, admettons-le, Attali n'a pas tout à fait tort. Il n'est d'ailleurs pas le premier à s'inquiéter de l'endettement dans le monde qui n'a cessé de croître depuis la crise de 2008, elle-même une crise de l'endettement. De là à dire que ce sera l'élément déclencheur d'une nouvelle crise, c'est une autre histoire.

En septembre dernier, à l'occasion des dix ans du déclenchement de la crise de 2008, Jean-Claude Trichet, d'habitude très prudent, avait étonné tout son monde en déclarant à l'Agence France Presse que la situation financière actuelle était "aussi dangereuse" qu'au moment de la chute de Lehman Brothers. Son inquiétude: l'endettement également. Lors d'un entretien accordé à L'Echo, celui qui a présidé la Banque centrale européenne (BCE) de 2003 à 2011 allait ensuite un peu nuancer ses propos. "Je ne voudrais pas qualifier les futures crises comme étant plus ou moins graves que celle de 2008. Mais il y aura des crises, c'est certain." Et d'ajouter que les secousses seront nombreuses dans les 40 prochaines années. Rendez-vous dès lors en 2059 pour vérifier cette prévision (mais où serons-nous à cette date?)

Effet boule de neige

C'est le même Jean-Claude Trichet qui préface le dernier livre de Georges Ugeux, "La descente aux enfers de la finance". L'ancien banquier central y prend d'ailleurs ses distances par rapport aux déclarations de l'ex-vice-président de la Bourse de New York. Ugeux critique abondamment les banques centrales, y compris la BCE. Ce qui ne passe visiblement pas du côté de Trichet. Mais les deux hommes sont d'accord sur le fond: l'endettement constitue une grave menace. Pour Ugeux, le surendettement public pourrait provoquer un nouveau tsunami financier. C'est le cas aux USA. Le fondateur de Galileo Global Advisors le dit dans son livre et sur son blog: l'absence de discipline budgétaire américaine menace le monde. Le déficit budgétaire a bondi de 77% au cours des quatre premiers mois de l'exercice fiscal 2019. Au même moment, les nouvelles de la balance du commerce extérieur US sont les plus mauvaises depuis dix ans: 890 milliards de dollars de déficit pour 2018. Il parle d'un phénomène "boule de neige" qui pourrait entraîner une cassure brutale aux environs de 2020: pression sur la notation de la dette américaine, vente d'obligations, hausse des taux longs et chute boursière. Mais comme la croissance économique s'affaiblit déjà, une récession accompagnée d'une crise financière pourrait survenir dès cette année.

Deux remarques sur ces diverses prévisions. La première: nous connaîtrons effectivement d'autres (grandes) crises. C'est écrit. Mais elles viendront sans doute d'où personne ne les attend. C'est une leçon de l'histoire financière.

La deuxième: il est quand même troublant de constater qu'en l'espace de quelques semaines, la BCE et la Federal Reserve américaine ont décidé de manière un peu précipitée de mettre leur politique monétaire sur le bouton pause en 2019. Plus question de remonter les taux d'intérêt cette année. C'est comme si les banquiers centraux étaient au courant de certaines mauvaises nouvelles que les marchés n'ont pas (encore) intégrées. C'est peut-être cela l'élément le plus inquiétant dans l'immédiat.

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