La spin-off liégeoise Phasya attire le regard des investisseurs

La spin-off liégeoise Phasya vient de clôturer une levée de fonds de 967.000 euros. Spécialisée dans la détection de la somnolence, Phasya souhaite convaincre le monde automobile.

Pour repérer la fatigue, le bâillement est plutôt un bon indicateur. Mais le mouvement de bouche à la grâce relative n'est pas le seul indice. Pour ce qui est de l'état de forme, l'analyse de l'oeil est également porteuse de nombreux indices. Cette mine de données, Phasya, une spin-off de l'ULiège, l'exploite depuis près de cinq ans. Installée à Seraing depuis 2014, elle s'est spécialisée dans la détection de la somnolence. Elle a ainsi mis en place un logiciel d'analyse permettant de repérer un état de fatigue et de l'évaluer sur une échelle de un à dix. "Le comportement de l'oeil est un excellent indicateur grâce à certains signes. Pour simplifier, les mouvements du globe oculaire et de la paupière sont différents en cas de somnolence", explique Clémentine François, cofondatrice de Phasya.

Avec sa technologie, l'entreprise vient de convaincre plusieurs investisseurs, dont Meusinvest et Be Angels, de la soutenir dans son développement. Après une première levée de 336.000 euros en 2016, la spin-off peut à présent compter sur un apport de 967.000 euros. De quoi financer de nouveaux projets et améliorer la technologie.

Depuis ses débuts, Phasya s'appuie sur une paire de lunettes munie d'une caméra qui scrute l'oeil. La technologie est efficace mais plutôt intrusive. La petite équipe de six personnes travaille donc sur une version sans monture, fonctionnant à l'aide d'une caméra placée à distance. "C'est un peu moins précis et davantage soumis à des perturbations comme les mouvements de la personne ou l'obstruction", explique Jérôme Wertz, le deuxième cofondateur. "Mais la technologie est néanmoins déjà bien avancée."

Changement législatif

Au point que l'entreprise a ainsi pu récemment signer avec une célèbre marque automobile française, qui étudie comment implanter la détection de somnolence dans ses véhicules. La technologie pourrait d'ailleurs rapidement s'installer sur le tableau de bord de nombreuses voitures. Grâce à son côté innovant mais aussi un coup de pouce législatif. "Les marques de voiture proposant une conduite automatisée, même partielle, devront prochainement disposer d'un système permettant l'analyse du conducteur", glisse Clémentine François.

Actuellement, certains véhicules sont déjà munis d'un système de détection. "Mais ce qui se fait pour le moment ne sera bientôt plus adapté", poursuit la cofondatrice. "Aujourd'hui, la technologie se base uniquement sur des informations qui sont les conséquences de la fatigue comme des mouvements de volant anormaux ou des trajectoires déviantes. Lorsque les voitures rouleront seules et qu'il faudra repasser à une conduite humaine, le véhicule devra s'assurer que le conducteur est prêt. Avec ce type de technologie, elle ne pourra donc pas le savoir". Outre l'automobile, d'autres secteurs du transport ont un oeil très attentif sur la technologie liégeoise. "Nous avons notamment eu des tests dans le ferroviaire qui pourraient amener également à des contrats par la suite. Mais le secteur est beaucoup plus lent et moins avancé", précise la responsable.

Les fondateurs ne comptent pas en rester là. Ils s'attaquent désormais aussi à la détection d'autres états physiologiques, dont le stress et la surcharge cognitive. Pour cela, le comportement de l'oeil est toujours crucial. Mais son analyse est désormais combinée à celle du rythme cardiaque. "Les centres de contrôle dans la navigation et l'aéronautique seront notamment des marchés intéressants. Il y a également des débouchés plus inattendus, notamment dans le monde du jeu vidéo. Connaître les moments de stress permettra aux développeurs d'adapter le déroulement d'un jeu. Un grand acteur du marché nous a déjà contactés", explique Jérôme Wertz. Phasya souhaite même aller encore un peu plus loin avec de premières recherches en collaboration avec l'Université de Liège sur le "vagabondage cognitif". Mais de ce côté-là, ce n'est encore qu'un début.

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