Le Shazam de la consommation électrique

Les appareils développés par Smappee permettent de mesurer et de contrôler la consommation de ses différents appareils domestiques. L'entreprise belge en vend jusqu'en Australie et en Nouvelle- Zélande. ©Emy Elleboog

Tout comme Shazam est capable de reconnaître une musique jouée, Smappee peut entendre un réfrigérateur tourner, une cafetière laisser couler le café ou la télévision fonctionner. De quoi aider à économiser l'énergie.

Le point de départ de l'entreprise Smappee? Une réflexion trop souvent entendue par l'entrepreneur chez ses amis et sa famille. "Je ne sais vraiment pas où passe mon électricité", répétaient-ils. Stefan Grosjean, entrepreneur râleur, a décidé d'en faire un business.

En tant que fondateur de la société de conseil EnergyICT, il avait déjà fait ses armes dans le secteur de l'énergie. Pourtant, le défi était énorme. "Bien sûr, il existait déjà des compteurs classiques que vous placez entre la fiche et la prise électrique, explique Stefan Grosjean, mais ils ne sont d'aucune utilité pour les réfrigérateurs encastrables ou les lampes. Il fallait donc installer un appareil de mesure au niveau de la boîte à fusibles."

Chaque appareil ménager dispose de son propre mode de consommation et de mise hors tension et sous tension qui permet de l'identifier. Si Smappee détecte qu'un appareil tourne 20 fois par jour pendant cinq minutes et a une capacité de 40 à 50 watts, il y a des chances qu'il s'agisse d'un réfrigérateur. "Vous pouvez le comparer à Shazam, l'application capable de reconnaître les chansons que vous écoutez, compare Stefan Grosjean. Le seul défi auquel nous sommes confrontés est bien plus complexe. C'est comme si 20 chansons différentes étaient jouées simultanément et qu'elles présentaient d'importantes différences en termes de volume et de fréquence."

Il a relevé le défi avec une équipe de six ingénieurs, un capital de départ d'un million d'euros et des subventions de 250.000 euros accordées par l'agence flamande IWT.

Economiser en mesurant

Deux ans et demi plus tard, l'appareil, qui est en vente depuis le mois de juin de l'année dernière au prix de 199 euros, conquiert lentement mais sûrement le marché privé de l'énergie. Avec ce dispositif, les gens peuvent vérifier à la maison en temps réel la consommation d'électricité de leurs appareils ménagers à l'aide d'une application. Celle-ci présente la consommation de tous les principaux appareils à la maison sous forme d'élégants graphiques. "Le coût de la consommation en veille des appareils d'un foyer peut rapidement atteindre 200 à 300 euros, souligne Stefan Grosjean. Et c'est en mesurant que l'on commence à économiser."

En fait, l'appareil est constitué de deux parties: la première s'insère dans une prise de courant et la seconde est fixée sur le câble d'alimentation principal entre le compteur et l'armoire à fusibles. Atout supplémentaire: l'appareil mesure également la production énergétique des panneaux solaires sur votre toit. "Nous avons remarqué que les installateurs de ces derniers ont formé un bon réseau de distribution."

Contrôle à distance

Depuis peu, il est possible non seulement de mesurer, mais également de contrôler. L'installation d'un interrupteur commandé à distance, qui coûte 10 euros, permet d'allumer et d'éteindre les appareils. Vous pouvez également allumer tous les appareils de votre maison si vous vous trouvez dans un rayon de 200 mètres de celle-ci.

Pendant vos vacances, vous pouvez simuler votre présence en allumant et en éteignant les lumières. Avec Smappee, vous avez la possibilité de voir ce qui se passe chez vous, par exemple si vous avez accidentellement laissé votre fer à repasser allumé. Pour cela, vous n'avez même pas besoin d'un interrupteur supplémentaire.

Pendant ce temps, Smappee a déjà avalé 3,5 millions d'euros. Stefan Grosjean voudrait ajouter entre 5 et 7 millions d'euros à ce montant d'ici la fin de cette année. Il est en pleines négociations avec de nouveaux investisseurs. Cela n'empêchera pas Smappee d'atteindre son seuil de rentabilité d'ici la fin de cette année.

"Au début, nous ne vendions notre appareil que sur notre boutique en ligne, mais maintenant Apple et Amazon le proposent également. Récemment, nous avons également établi des partenariats avec des chaînes d'électroménager, telles que Selexion. Même les entreprises de télécommunications rejoignent de plus en plus le réseau électrique intelligent (le réseau électrique du futur qui permettra de déplacer la consommation électrique en fonction des variations du prix de l'électricité via une communication sans fil entre les appareils et les fournisseurs d'électricité, NDLR). Nous vendons entre 1.000 et 10.000 appareils par mois en Europe, aux États-Unis, au Mexique, et jusqu'en Australie et en Nouvelle-Zélande. Aujourd'hui encore, j'ai vendu 30 appareils sur internet à Islamabad. Cette année, notre chiffre d'affaires va atteindre 3 millions d'euros."

Smappee est également occupée à développer une version professionnelle pour les PME. L'entreprise souhaiterait y ajouter des fonctionnalités. "Ce que nous faisons pour l'électricité peut également être fait pour la consommation d'eau et de gaz". Stefan Grosjean espère secrètement que les distributeurs d'eau, de gaz et d'électricité se tourneront vers lui pour poursuivre le développement de leur réseau intelligent.

Le patron de Smappee a déjà 20 ans d'expérience en matière de gestion de l'énergie. Il a vendu sa précédente entreprise, EnergyICT, à un groupe luxembourgeois en 2009, et celui-ci a lui-même été racheté par Honeywell. À cette époque, l'entreprise réalisait déjà un chiffre d'affaires de 25 millions d'euros, avec une marge bénéficiaire supérieure à 20%. EnergyICT ciblait le secteur commercial. Wal-Mart et Coca-Cola faisaient partie des entreprises qui utilisaient sa technologie pour réduire leurs factures d'énergie.

La société actuelle de Stefan Grosjean semble désormais être également une cible de rachat parfaite. La technologie Smappee conviendrait bien à Nest, la marque de thermostats intelligents, ainsi qu'à la branche de Google spécialisée dans les caméras domestiques, par exemple. "Je comprends le parallèle, mais ce serait encore trop tôt. Il est vrai, cependant, que nous avons déjà été approchés à plusieurs reprises", répond Stefan Grosjean.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect