Le sport cycliste fait fausse route

La saison cycliste débute ce samedi avec le Circuit Het Nieuwsblad, qui emprunte le Mur de Grammont.  ©Photo News

Ce samedi débute la saison cycliste en Belgique avec le Circuit Het Nieuwsblad (anciennement Circuit Het Volk). C'est le signe que le printemps est enfin à nos portes.

LE RÉSUMÉ

Le cyclisme souffre de plusieurs handicaps: management amateuriste, audimat très inférieur aux chiffres officiels, public vieillissant.

Deux économistes de la KUL invitent les principaux sponsors à s'unir pour gérer les intérêts économiques du peloton et faire contrepoids à l'Union cycliste professionnelle.

Wim Lagae et Daam Van Reeth sont économistes à la KU Leuven et mordus de la petite reine. Or ils dressent un état de santé peu réjouissant de la discipline. Le business model sous-jacent au cyclisme professionnel souffre de plusieurs tares, selon eux: scandales de dopage, public vieillissant (le téléspectateur moyen a 57 ans), management amateuriste, problèmes logistiques et de sécurité en raison du congestionnement des routes, trop de courses au calendrier et obstruction d'ASO (qui organise le Tour de France) à toutes les récentes tentatives de réformes.

Pourtant, lorsqu'on se penche sur les budgets des grosses équipes (voir graphique), on a peine à imaginer un sport en crise. Sauf que ces budgets, soulignent les deux économistes, ne sont "pas conformes au marché" car dopés par des mécènes et des oligarques et par des chiffres d'audimat artificiellement gonflés. Les classiques d'un jour attirent entre 2 et 5 millions de téléspectateurs de par le monde. Pour le Tour de France, on peut facilement compter sur le double. Mais cela reste peu pour un sport diffusé l'après-midi, pendant les heures creuses. On est en tout cas très loin des chiffres extravagants communiqués par les organisateurs et l'UCI (Union cycliste professionnelle). Au point que le sport cycliste est désormais menacé par une bulle. Lagae et Van Reeth proposent plusieurs solutions.

EFédérer les équipes. Plutôt que d'agir en ordre dispersé, les équipes auraient intérêt à fédérer leurs forces pour renforcer leur pouvoir de négociation auprès de l'UCI, des télévisions et des annonceurs. Concrètement, il faudrait que les principaux sponsors des équipes, soit environ 25 marques, s'unissent au sein d'un "G25 Cycling ProLeague" qui s'occuperait des intérêts économiques du peloton. Le rôle de l'UCI se limiterait alors aux aspects purement sportifs et réglementaires. La démarche rappelle celle de Bernie Ecclestone qui a su fédérer les écuries de Formule 1 pour faire contrepoids à la FIA (fédération). Les grandes marques apporteraient ainsi leur expertise en matière de gestion à des équipes le plus souvent dirigées par des anciens coureurs, excellents tacticiens mais pas toujours bons managers.

ERelever le niveau de suspense. Beaucoup de gens ont renoncé à se farcir plusieurs heures de retransmission pour assister à une arrivée au sprint. Solution: six coureurs par équipe au lieu de neuf, pour éviter que la course soit cadenassée par une équipe et augmenter le suspense. Au passage, cela dégagerait des moyens pour bâtir des équipes féminines.

EProfessionnaliser la sécurité et la santé. Courir Liège-Bastogne-Liège sous la neige, comme en 1980, ce n'est plus possible, estiment Lagae et Van Reeth. Un protocole "mauvais temps" existe certes depuis février 2015, mais il doit souvent plier devant les intérêts des organisateurs. Quant à la santé des coureurs, même si la lutte contre le dopage est plus efficace que dans tous les autres sports de haut niveau réunis, il manque une communication professionnelle pour améliorer la perception auprès du public et des sponsors.

EDévelopper le cyclisme féminin. "Un sport de compétition mature se doit d'avoir son équivalent féminin", estiment les auteurs. Cela permettrait d'attirer de nouveaux supporters. Or là, tout reste à faire.

L'étude est parue dans "Leuvense economische standpunten" n°156.

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