Le trading à haute fréquence en délicatesse

TradeTech 2016 avait un arrière-goût pas très favorable pour le trading à haute fréquence. Pourtant, les firmes qui le pratiquent brillaient par leur présence lors de cette conférence annuelle qui rassemble les prestataires de services financiers. ©© Sébastien Dolidon

Le Palais des Congrès a cette année accueilli le salon du trading électronique TradeTech, qui se tient chaque année en avril à Paris. Le petit monde international des services financiers s'y donne rendez-vous. Plus de 1.000 personnes se sont rassemblées pour la quinzième édition du salon, un record selon les organisateurs.

LE RÉSUMÉ

Même des firmes de trading commencent à déplorer l'évolution du fonctionnement des marchés financiers.

Lors du salon TradeTech, la société KCG a expliqué pourquoi elle a rejoint les plateformes de transactions qui bannissent certaines formes de trading.

L'ambiance était particulière cette année, car durant les débats, et dans les allées du salon, les critiques contre le trading à haute fréquence ont été nombreuses. Pourtant, cette année, les firmes de trading à haute fréquence brillaient par leur présence au salon. Flow Traders, une firme basée à Amsterdam et spécialisée dans le trading des ETF (fonds indiciels cotés en Bourse), Susquehannah, un de ses concurrents, basé en Irlande, et KCG, une des plus grandes firmes mondiales, disposaient chacune de leur emplacement. Le codirecteur de Flow Traders, Sjoerd Rietberg, a même donné une présentation, non polémique, sur les ETF durant la conférence. Mais sa présentation n'a pas pu s'afficher à l'écran, car l'informatique s'est rebellée, un comble pour une firme de trading à haute fréquence, qui pour rappel exécute ses transactions en moins d'une microseconde (un millionième de seconde) à l'aide d'une technologie de pointe...

Les représentants de la FIA Epta, l'association de défense des firmes de trading à haute fréquence en Europe, ont également assisté à la conférence. Mais seul Remco Lenterman, l'ancien président de l'association, et actuel conseiller de celle-ci, a participé aux débats, en tant que modérateur des sessions sur le trading.

Critiques à peine voilées

L'une des sessions modérées par Remco Lenterman portait sur les abus de marché. Durant le débat, Nick Idelson, directeur de la firme de services financiers TradeServer, a constaté que "beaucoup d'abus de marché ont lieu". "Cela arrive parce qu'il y a encore des centaines d'algorithmes naïfs, mal élaborés, sur les marchés, qui entrent en interaction avec des algorithmes élaborés exprès pour des abus de marché, et cela provoque une forte volatilité des titres concernés". Il n'a pas désigné spécifiquement les coupables de ces abus. Mais du côté des firmes de trading à haute fréquence, Kjelle Blom, responsable structure des marchés de la société Optiver, a lui constaté que les abus de marché sont moins nombreux depuis la crise financière. Il a plutôt désigné les délits d'initié comme pratique la plus courante d'abus de marché, et la plus dommageable pour les marchés.

Rappelons qu'en décembre, l'autorité française des marchés a infligé une amende de 5 millions d'euros à Virtu Financial, une firme de trading à haute fréquence basée à Londres, pour manipulation de marché. La firme a fait appel de cette décision.

Philip Allison, patron de KCG Europe, a lui précisé durant un autre débat qu'il "n'aime pas tout dans le monde du trading à haute fréquence, même si tout le monde pense le contraire". "Nous n'aimons pas les derniers développements où le jeu de la latence (temps d'exécution des ordres) continue. Et comment défendre un modèle où une petite firme génère 6% des volumes de transactions sur les marchés et arrête ses systèmes dès que ça ne va pas?", a-t-il dénoncé.

Philip Allison a indiqué que KCG a rejoint IEX et Aquis, deux plateformes de transactions qui bannissent certaines stratégies de trading à haute fréquence.

Alasdair Haynes, le patron d'Aquis, nous explique en marge de son débat que depuis le mois de février, où sa plateforme a exclu toutes les stratégies de trading à haute fréquence qui retirent de la liquidité sur le marché, ses parts de marché ont augmenté, à 7% des volumes de transactions en Europe, devant la Bourse d'Oslo, précise-t-il.

Car non seulement des firmes de trading comme KCG rejoignent sa plateforme, mais aussi des acteurs comme les fonds d'investissement, rassurés selon lui par la "non-toxicité" de son marché.

Toutefois, Antoine Bisson, responsable des exécutions d'ordres chez Exane BNP Paribas, estime que les fonds d'investissement ne "font pas encore assez l'examen approfondi de la façon dont sont exécutés leurs ordres". Plusieurs intervenants durant la conférence se sont interrogés sur la présence persistante d'ordres facilement détectables sur les marchés.

Mais Alfred Eskandar, patron de la société de services financiers Portware, souligne que de plus en plus de firmes d'investissement utilisent ses services. Sa société est spécialisée dans la prédiction des volumes de transactions, de la volatilité et de la liquidité sur les marchés. "Nous indiquons où et combien d'ordres nos clients peuvent envoyer sur les marchés" indique-t-il. Preuve que les firmes d'investissement s'arment sur les marchés.

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