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Les "ennemis d'internet" viennent aussi d'Occident

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Reporters sans frontières publie un rapport alarmant. Certaines entreprises occidentales produisent des logiciels d'espionnage du web. Une aubaine pour les régimes autoritaires: de tels dispositifs permettent le contrôle des voix dissidentes.

Gamma (Royaume-Uni), Travicor (Allemagne), Hacking Team (Italie), Amesys (France), Blue Coat (Etats-Unis): les "mercenaires du numérique" sont pointés du doigt par Reporters sans frontières (RSF). Selon l'association, les produits de ces cinq entreprises sont ou ont été "utilisés" par certains régimes pour commettre des violations contre les droits de l'Homme et la liberté de l'information. C'est ce qu'indique le rapport "Les ennemis d'Internet", publié hier par l'association de la liberté de la presse, à l'occasion de la journée internationale contre la cyber-censure.

Et le constat est éloquent: certaines entreprises occidentales fournissent du matériel de surveillance du réseau internet et des logiciels espions (spyware) qui servent à "espionner le contenu d'autres disques durs, récupérer des mots de passe, accéder au contenu de messageries électroniques ou espionner des communications de VOIP (téléphone via internet, ndlr)".

Ces technologies permettent à des pays tels que Chine, la Syrie, l'Iran ou encore le Bahreïn, de "contrôler les voix dissidentes et la diffusion d'informations sensibles (...) et de prévenir toute déstabilisation potentielle". La liberté de la presse, évidemment, en souffre: pas moins de 180 net-citoyens sont détenus dans le monde pour leurs activités d'information en ligne. "Souvent avec le soutien de technologies de surveillance", a précisé Christophe Deloire, le secrétaire général de Reporters sans frontières, à l'AFP.

Exemple: l'expérience douloureuse vécue par Karim Taymour, activiste syrien arrêté et torturé par le régime de Bachar al-Assad. Lors de son interrogatoire, il s'était vu présenter "une pile de plus de 1.000 pages détaillant ses conversations électroniques et ses fichiers échangés sur Skype". RSF dévoile à ce titre un document inédit: l'appel d'offre publié en 1999 par la Syrian Telecommunications Establishment (STE) pour la mise en place du réseau internet syrien. La société contrôle la majorité des connexions fixes. Selon l'association, " (...) il apparait clairement que le réseau internet syrien a été conçu pour intégrer des fonctionnalités étendues de filtrage et de surveillance".

Le Vietnam visé

Classé 172e sur 179 places dans le dernier classement de la liberté de la presse dans le monde, le Vietnam fait également partie de la liste des pays épinglés par RSF. Le cas du blog d'Huynh Ngoc Chenh, l'un des plus influents bloggeurs au Vietnam par ses prises de position contre les autorités vietnamiennes, le confirme: alors qu'il attire environ 15.000 utilisateurs par jour, il reste bloqué dans le pays. Conséquence: ses lecteurs doivent utiliser un logiciel de contournement de la censure pour lire ses articles.

Hacking Team, l'une des sociétés en cause, a affirmé prendre "des précautions pour (s')assurer que (ses) logiciels ne sont pas détournés". Reporters sans frontières rétorque: "Ces entreprises, qui ont vendu leurs produits à des régimes autoritaires, ne pouvaient ignorer qu'(ils) pourraient être utilisés pour surveiller des journalistes, dissidents ou net-citoyens".

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