"Liège: la fermeture du chaud est irréversible"

©Dominic Verhulst / Dotch.be

L'expert Laplace suggère de filialiser le froid pour le sécuriser.

Grenade dégoupillée dans le bassin sidérurgique de Liège! Attendu avec impatience par l'exécutif wallon, la direction et les travailleurs d'ArcelorMittal, le rapport de l'expert Laplace Conseil est tombé. Commandé par la Sogepa, bras financier de la Région wallonne, pour étudier l'avenir de la sidérurgie de Liège à la suite de la décision d'ArcelorMittal (AM) d'éteindre définitivement le chaud de Liège, l'étude arrive à des conclusions implacables. "La fermeture du chaud de Liège est irréversible. Le froid est très menacé et son approvisionnement par Dunkerque ne garantirait pas son équilibre économique. Le financement complet par ArcelorMittal des coûts sociaux et surtout environnementaux pour la remise en état des sites fermés n'est pas assuré", lit-on dans le document de 62 pages dont nous avons eu connaissance. Le cabinet du ministre wallon Marcourt et les syndicats en ont reçu une copie.

D'après les auteurs, Marcel Genet, président de Laplace, et Cédric Orban, consultant et ex-cadre dirigeant d'AM, l'extinction du chaud de Liège est la conséquence de plusieurs facteurs. Il y a d'abord le long déclin des outils liégeois depuis 1970, quand Cockerill a renoncé à terminer la construction du site de Chertal pour maintenir ses hauts-fourneaux, l'aciérie et le train large bande à Ougrée et à Seraing, alors que ces outils étaient déjà obsolètes. L'attitude des Liégeois et des syndicats a aussi refroidi l'ardeur des actionnaires successifs. "Les Liégeois, emmenés par les syndicats, ont adopté ou accepté une démarche quasi exclusivement revendicative, fondée sur la contestation permanente de toute évolution, le recours systématique à la grève, souvent accompagnée d'exactions et de saccages, la défense d'avantages acquis et la protestation contre toute modification des méthodes de travail rendue indispensable par les évolutions du marché européen de l'acier et les progrès de la concurrence", constatent-ils. Par ailleurs, les dirigeants liégeois (syndicats, patrons) ont manqué de vision commune et n'ont pas su motiver une base ouvrière "désorientée par les crises successives et manipulée par des irresponsables incontrôlés".

Echec d'ArcelorMittal

Or, dans le même temps, les usines concurrentes au sein d'AM et dans les autres groupes sidérurgiques ont développé des voies consensuelles de cogestion des défis économiques et sociaux.

Aujourd'hui, relancer une sidérurgie à chaud à Liège relève de l'impossible. Car "les retards successifs d'investissements de modernisation sont aujourd'hui trop importants pour être comblés de façon économique".

Non seulement il faudrait un milliard d'euros pour reconstruire une sidérurgie à chaud compétitive à Liège, mais il est aussi trop tard pour ce faire. Aucun investisseur privé ne prendrait ce risque devant un marché en surcapacité, aucun pouvoir ne pourrait justifier non plus un tel investissement devant les électeurs ou la Commission européenne.

La fin du chaud est un "gâchis économique et social", car Liège est une terre de feu a vec des compétences, un savoir-faire et une expertise uniques reconnus mondialement. Mais c'est aussi l'échec de la stratégie mondiale d'AM qui a débouché sur des pertes de parts de marché (Europe, Asie).

Comité de réconciliation

Laplace Conseil fait des recommandations pour sauver le froid, car certains d e ses outils ou secteurs risquent de disparaître (fer blanc, Ramet, Kessales, Flémalle). Pour sécuriser le froid, il propose donc qu'AM le localise dans une filiale en associant les syndicats et la Région à sa gestion et au conseil d'administration. Il suggère aussi d'investir (150 millions d'euros) dans une aciérie électrique à Chatelet pour produire des brames à laminer sur le train de Carlam (Carinox, Charleroi) afin d'alimenter le froid de Liège. Car la solution actuelle d'approvisionnement au départ de Dunkerque n'est pas efficace. "Dunkerque vend actuellement avec profit des brames à Liège qui perd de l'argent", note-t-il.

D'après le bureau, les profits de la cokerie (25-30 millions par an) doivent êtreaffectés à la réhabilitation des sites fermés. Celle-ci se ferait via une société de défaisance à créer. Il faudra, pour lui, veiller à ce qu'ArcelorMittal indemnise entièrement tous les travailleurs concernés par la fermeture (150 millions).

Pour les auteurs, avec ArcelorMittal, la négociation sera serrée. Ils recommandent fortement aux Liégeois de créer une "commission de réconciliation" pour faire le deuil du chaud et retrouver une solidarité qui "transcende les clivages sociaux et politiques".

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