Macron a rallié des indécis lors du débat de la présidentielle

Selon un sondage Elabe, plus de deux tiers des Français se disent convaincus par la prestation d'Emmanuel Macron lors du débat présidentiel. ©© doc

Virulence, intox, coups bas. Le débat télévisé de mercredi soir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen fut le plus pauvre et le plus violent qu'ait connu la Ve République. Deux candidats survoltés, deux journalistes relégués au rôle d'animateur. Les thèmes sur l'économie, l'Europe et les questions sociales furent escamotés par des répliques agressives. L'un des deux candidats est-il parvenu à convaincre certains abstentionnistes d'aller aux urnes ce dimanche? Selon un sondage Elabe publié jeudi, Emmanuel Macron a rallié la plus grande partie des 16 millions de téléspectateurs (63%). Il a aussi été jugé le plus convaincant par 66% des Mélenchonistes.

Le résumé

Faux sourires et vraie colère de Marine Le Pen. Mépris d'Emmanuel Macron.

Pour Camille Srour, expert en sciences comportementales, le débat de la présidentielle a viré au match de boxe.

Il est possible qu'il pousse certains indécis à voter dimanche pour Emmanuel Macron.

Le débat, tiré vers le bas, a très vite viré au match de boxe. Après une première estocade de Marine Le Pen, Emmanuel Macron s'est évertué à démontrer la faiblesse et le manque de connaissance des dossiers de la candidate d'extrême droite, qui a multiplié les erreurs, comme la confusion entre l'écu et l'euro.

Sans relâche, Marine Le Pen est passée à l'attaque. "J'espère que l'on n'apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas", lance-t-elle. Au même moment, des tweets provenant des Etats-Unis et de Russie relayaient des accusations similaires dans des médias de propagande. Le candidat d'En Marche! a déposé plainte pour "propagation de fausse nouvelle". Le parquet de Paris a ouvert une enquête.

L'Echo a demandé à Camille Srour, CEO du groupe Othello et expert en sciences comportementales, de décoder le débat.

Faux sourires et vraie colère

Pour Camille Srour, les téléspectateurs ont vu ce débat comme un match émaillé de faux sourires, d'un grand mépris et d'une vraie colère. "Marine Le Pen semble voir un bouton sur lequel appuyer pour sourire. Elle passe de l'attaque au rictus presque sur commande, explique-t-il. On lui a appris que pour adoucir son image, elle doit sourire. Mais ça sonne faux. Le timing est mauvais, et le muscle orbiculaire de l'oeil, qui correspond au sourire naturel, est absent."

Emmanuel Macron commet lui aussi des erreurs. "Sur les plans de coupe, on voit Macron faire des sourires unilatéraux avec un seul coin des lèvres relevé, comme lorsqu'il réplique à Marine Le Pen que le contrat dont elle parle concernait Alstom et non SFR. C'est un signe de mépris", ajoute Camille Srour. Sur les réseaux sociaux, les supporters de la candidate d'extrême droite ont interprété le sourire d'Emmanuel Macron comme une expression hautaine. Le camp du candidat d'En Marche! comme une réaction justifiée.

"À qui vous prenez l'argent?" lâche Emmanuel Macron, interrogeant sa rivale sur la manière de financer son programme. "On rend l'argent aux Français", répond Marine Le Pen. Elle contracte les lèvres et pointe du doigt son interlocuteur. "Là, elle pousse une vraie colère. Vous voyez sa paupière inférieure contractée et sa paupière supérieure relevée? Ce doigt accusateur? C'est une colère non feinte, elle montre son vrai visage, celui de la colère."

"Emmanuel Macron s'en sort avec un léger avantage car sa rivale est apparue trop agressive. Elle a fait l'erreur de s'être emportée. Marine Le Pen a donné l'impression d'être venue pour casser du Macron, alors que lui restait plus calme, explique Camille Srour. Il n'est pas impossible que cela pousse certains indécis à voter dimanche."

Dans l'histoire de la Ve République, l'exercice n'a jamais changé le cours d'une présidentielle. Hormis le débat historique entre François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing en 1974. Le socialiste était sorti vainqueur du premier tour, mais la tenue et les répliques de Valéry Giscard d'Estaing ont retourné les Français. Comme la phrase restée célèbre: "Vous n'avez pas le monopole du coeur, Monsieur Mitterrand!"

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