"Nous sommes déçus par le manque de progrès des Belges"

Comment faire d'un vieux quartier d'immeubles de bureaux un ensemble urbain moderne? La Région de Bruxelles-Capitale y travaille, mais le chantier avance à (tout) petits pas. Au grand dam d'une Commission pressée.

C'est l'un des quartiers les moins avenants de la capitale. Il est froid, impersonnel, morne, formé de blocs de bureaux symétriques et sans âme. Entre la petite ceinture et le rond-point Schuman, la rue de la Loi et ses affluents résument de façon éloquente aux apprentis urbanistes ce qu'il convient d'éviter. Les autorités de Bruxelles-Capitale ont fait de ces quelques îlots gris une zone d'intérêt régional, de manière à pouvoir la remodeler de fond en comble. Un plan entend injecter de la mixité urbaine dans ces blocs. Entendez: y mêler commerces, habitations et bureaux. La transcription réglementaire de ce "Projet urbain loi", approuvé par le gouvernement bruxellois le 18 juillet dernier mais pas encore officiellement adopté, doit surtout permettre à la Commission européenne de regrouper ses fonctionnaires dans de grands bâtiments le long de l'artère bruxelloise. Le nouveau cadre doit notamment permettre de doubler la surface plancher totale de la rue.

Le "PUL", dessiné par l'architecte français Christian de Portzamparc, prévoit notamment la reconstruction du bloc "Loi n°130", qui appartient à la Commission, et permettrait à celle-ci de construire plusieurs tours, dont une de 165 m (à titre de comparaison, le Berlaymont, vaisseau amiral de la Commission, fait 55 m). Mais on l'a dit (lire ci-dessus), l'exécutif européen initialement demandeur recule - officiellement - face aux problèmes de mobilité que connaît déjà le quartier. Mais de toute façon, en ces temps de disette budgétaire, aucun grand projet n'est plus envisagé avant le prochain cadre financier européen, c'est-à-dire 2020. En attendant, la Commission peut compter sur le secteur privé pour lui proposer des solutions clé sur porte: les promoteurs Atenor et Leaselex développent deux projets de tours en face du "130", c'est-à-dire au niveau du métro Maalbeek. "Mais avec la crise, les besoins de la Commission ont diminué, et il n'est même pas sûr que ces deux tours seront effectivement construites", tempère Sven Lenaerts, responsable du Fonds Quartier européen à la Fondation roi Baudouin, qui sert d'interface de dialogue entre le secteur privé et les différents pouvoirs publics concernés.

La mobilité, priorité du réaménagement

Même après 2020, rien n'indique que les plans de Christian de Portzamparc, que le gouvernement bruxellois a traduits en "règlement régional d'urbanisme zoné", se matérialiseront. "C'est leur cadre général, mais ce n'est pas pour cela que nous allons le mettre en oeuvre", indique-t-on à la Commission. "Il serait irresponsable de construire une tour de 165 m de haut dans ce quartier vu les problèmes de mobilité actuels. Nous n'allons pas le faire sans avoir une vision globale. À cet égard, nous sommes déçus par le manque de progrès des autorités belges", insiste Antony Gravili, le porte-parole du commissaire en charge de la Mobilité.

Des projets de mobilité sont pourtant sur la table. En matière de transports collectifs, la SNCB est en train de créer une nouvelle ligne de chemins de fer pour relier la place Schuman à l'aéroport Bruxelles National et la Stib entend automatiser le métro pour doubler sa capacité. Pour désengorger le quartier de sa circulation automobile, le bureau Stratex a proposé, à la demande de la Région, un plan en trois phases: la tunnelisation de l'avenue de Cortenbergh, la fermeture du rond-point Schuman à la circulation de transit et la diminution des bandes des rues de la Loi et Belliard. La première phase serait simple à mettre en oeuvre: le travail est prémâché par Infrabel, qui a creusé un tunnel pour relier l'aéroport. La limitation du trafic sur la place Schuman - le coeur de l'Europe - est une autre paire de manches: elle nécessiterait de ramener le nombre de voitures au niveau de 2009. Et l'on ne voit pas comment relever ce défi sans instaurer un péage urbain... Enfin, l'Agence de développement territoriale a commandé à l'ASBL ERU un plan de mobilité piétonne pour la zone, et prévoit notamment de créer un parcours pédestre reliant le parc de Bruxelles à celui du Cinquantenaire. Beaucoup de projets, de pistes, donc, mais peu de concrétisation en vue pour l'instant.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Partner content