"On a vingt ans de retard à rattraper au niveau de la régulation des télécoms"

©Kristof Vadino

À la tête d'Orange Belgique depuis un an maintenant, Michaël Trabbia souligne l'urgence d'une régulation plus propice à l'émergence d'une concurrence dans le fixe. Une position que ne manquera pas d'écouter le régulateur, qui clôture justement une vaste consultation sur le sujet.

Les phrases clés

"Les prix pratiqués par Telenet au Nord sont bien supérieurs à ceux du Sud."

"20% de nos clients ont utilisé Easy Switch."

"Orange est un distributeur de contenu."

"Je n'ai pas senti une appétence de Proximus à aboutir à un accord réaliste sur la fibre."

"Il existe de nombreuses complémentarités avec VOO."

La très attendue consultation initiée par les quatre régulateurs média du pays (CSA, IBPT, Medienrat et VRM) sur le haut débit et la radiodiffusion télévisuelle a pris fin vendredi. Pour Orange, ses conclusions pourraient rebattre les cartes dans le fixe (TV et internet) en Belgique... Et enfin permettre de bousculer le marché... et les prix? Michaël Trabbia, CEO depuis un an maintenant, veut y croire.

Quel regard portez-vous sur la consultation qui vient de prendre fin?

C'est un exercice bienvenu, mais il va falloir passer très vite aux actes. On a vingt ans de retard à rattraper sur la régulation. Or, la convergence, c'est maintenant. Nous avons milité pendant des mois afin que soit changé le modèle de coût actuel qui garantissait qu'il n'y ait aucune concurrence sérieuse dans le pays. Pourquoi? Parce qu'il suffisait à nos concurrents d'augmenter leurs prix pour que nous soyons tenus de les suivre à la laisse, une mécanique infernale... C'est une très bonne chose que le régulateur s'en soit aperçu.

Vos concurrents ne vont pas accepter cela aussi facilement...

J'ai en effet vu la position de Telenet... La menace brandie de réduire les investissements n'est pas crédible. D'ailleurs, je ne pense pas que menacer soit la meilleure stratégie de lobbying. Quand on regarde ce qui se passe à l'extérieur de nos frontières, on se rend bien compte que le marché belge est complètement dysfonctionnel.

Dysfonctionnel?

Aujourd'hui, nous souffrons encore trop souvent de procédures différentes entre celles d'Orange et d'autres opérateurs. Par exemple, lors d'un changement de fournisseur, nos techniciens ne peuvent déconnecter un client. Il faut que leur opérateur passe au préalable pour que nous puissions le raccorder. Il faut que cela s'arrête. Aussi, pourquoi n'est-il pas possible d'offrir de l'internet sans la télé? On voit bien que le consommation actuelle de contenus audiovisuels est de moins en moins linéaire. Les jeunes se tournent de plus en plus vers des YouTube et Netflix. Il est temps de se demander pourquoi il est obligatoire de leur imposer de payer des packs très chers, avec des services qu'ils ne consomment pas. Il faut arrêter de choisir pour le consommateur.

Cela passe par le fait de proposer du fixe sans mobile?

Clairement. Dès que la régulation le permettra, j'envisage de proposer une offre internet et télé sans nécessité d'avoir le mobile chez Orange. Pour l'instant, je ne peux pas le faire parce que je perds de l'argent sur chaque client (à cause des prix de gros payés à l'opérateur qui ouvre son réseau à Orange, NDLR).

Vous avez souvent pointé du doigt le manque de concurrence dans le pays, mais à quand une véritable révolution dans laquelle vous casseriez les prix?

(pause) Casser les prix, ça dépend sur quoi et de quoi on parle...

En l'état, votre offre fixe semble faire mieux... en Flandre. Pour quelle raison?

La situation concurrentielle est différente au Nord, ce qui a aidé à l'attractivité de notre offre. En effet, les prix pratiqués par Telenet y sont bien supérieurs qu'au Sud.

Quid d'Easy Switch qui impose aux opérateurs depuis le 3 juillet de se charger eux-mêmes d'un changement de fournisseur pour des services fixes? Ça a joué?

Les volumes commencent à être significatifs, mais sont loin d'être majoritaires. On est autour des 20% de clients qui ont utilisé cette option. On aimerait bien que cela soit plus. Cela va demander un peu de communication, de notre part mais aussi de la part des pouvoirs publics.

Qu'en est-il de vos offres? Vont-elles être revues, comme le bruit court?

Nous n'avons pas pour habitude d'annoncer de changement à l'avance. Maintenant, ce que l'on voit effectivement, c'est une hausse de la consommation de data de la part de nos clients. Il est donc important pour nous de suivre cette tendance, que ce soit en Belgique, mais aussi à l'étranger.

Proposer plus, cela a un coût... Doit-on s'attendre à des hausses de prix?

Liées à la fin du roaming, non. Je suis très clair là-dessus et je m'y tiendrai. Quant à l'internet et à la télé, j'ai là aussi pris l'engagement de ne pas pratiquer d'augmentation cette année comme le veut pourtant une coutume étrange en Belgique.

Vous avez rappelé, à l'occasion de vos résultats semestriels, votre ambition de viser les 100.000 clients Love, votre offre convergente, d'ici la fin d'année. Vous confirmez à nouveau cet objectif?

Oui, je confirme. Le fait d'avoir récemment (à la mi-septembre, NDLR) décidé de doubler le volume de data proposé à nos clients convergents va nous y aider.

Vous avez des chiffres actuels? Parce qu'un léger ralentissement s'est tout de même fait sentir au dernier trimestre?

Nous communiquerons à ce sujet au troisième trimestre, mais, pour ce qui est du deuxième, nous sommes sur un niveau d'acquisition stable (15.000 nouveaux clients au second trimestre, contre 16.000 au premier, NDLR), malgré une réaction très forte de nos concurrents. Certes, on ne l'a pas augmenté, mais cela prouve que notre offre reste attractive, et ce, d'autant plus que c'était avant l'arrivée d'Easy Switch et de notre promotion. De plus, le dernier trimestre est généralement un trimestre avec plus de volume que les autres, donc nous sommes assez confiants.

Avez-vous enfin décidé d'une stratégie au niveau de la télé: distributeur à la Proximus ou producteur à la Telenet?

Notre position est très claire: nous sommes un distributeur. Il n'est pas forcément de notre rôle de proposer du contenu exclusif. Cela va à l'encontre de notre philosophie. Pourquoi est-ce que, parce que je suis client Orange, Proximus ou Telenet, je devrais avoir accès à tel ou tel contenu? Il faut découpler au maximum les choses.

Dès lors, quelle différenciation? Proposer Netflix (arrivée prévue courant 2018, NDLR), c'est bien, mais c'est peu...

C'est simple, l'offre télé Orange est la plus riche du marché si l'on regarde le bouquet de base inclus dans l'abonnement.

Quid du mobile où vous allez perdre un paquet de clients suite à l'accord entre Lycamobile (qui utilisait jusqu'alors le réseau d'Orange pour offrir ses services, NDLR) et Telenet?

Les montants sont significatifs, mais ils vont peser plutôt sur 2018 que sur 2017. C'était prévu puisque le contrat arrivait à échéance. C'est lié à la consolidation du marché "ethnique". Le nombre de cartes concernées est élevé (un million environ, NDLR), mais il s'agit de cartes à revenu moyen très faible. Ce n'est pas ça qui va nous empêcher d'investir.

Quid du renouvellement de contrat de VOO, qui utilise actuellement votre réseau pour son offre mobile?

Le contrat court jusqu'à la fin de l'année prochaine, donc on a encore un peu de temps. On verra ce qu'ils décident, mais nous restons ouverts à travailler avec eux.

Et pour les 900.000 clients Telenet hébergés sur votre réseau qui sont "migrés" peu à peu sur le réseau Base (racheté par Telenet, NDLR)?

Il s'agit là aussi d'un élément prévu de longue date. Nous avons sécurisé cette fin de contrat d'un point de vue financier. Telenet n'a pas choisi d'effectuer de migrations massives mais a plutôt souhaité renouveler ce contrat avec nous jusque fin 2018. Cela engendrera des pertes de revenus, mais on est très confiant sur notre capacité à compenser.

Reste un vecteur de croissance qui vous est cher: la fibre. Des discussions sont-elles en cours avec Proximus pour négocier un accès à leur réseau?

Des discussions existent.

Récentes?

Elles ont commencé il y a plusieurs mois. Là, le régulateur pousse à avoir ces discussions... (pause). Mais on ne peut pas dire que l'on sente aujourd'hui une appétence à aboutir à un accord réaliste.

Que ferez-vous en cas de refus? Avez-vous un autre partenaire? Pourriez-vous y aller en solo?

Toutes les options sont possibles. Ce qui est sûr, c'est que cela ne fait pas sens de déployer deux réseaux de fibre optique en parallèle. Financièrement, ce n'est pas rentable. Je milite beaucoup, sous l'égide des pouvoirs publics, pour un cadre qui permettrait de partager ces investissements, histoire de pouvoir aller plus loin, plus vite.

Vous êtes un peu dans un fauteuil, attendant que les autres fassent le boulot... Vous êtes prêts à payer pour compenser?

Le niveau d'investissement de chacun est proportionnel à sa base client et à ce qu'il est capable d'atteindre derrière. Alors, oui, j'aurais aimé avoir une base client fixe importante. J'aurais aussi aimé que la régulation du dégroupage ait fonctionné et voir aujourd'hui 20 ou 30% de part de marché, mais ce n'est pas le cas...

Quid de VOO? Un potentiel partenaire?

De nombreuses complémentarités existent. Nous avons beaucoup de clients mobiles, ils ont beaucoup de clients fixe; nous disposons d'un réseau mobile, eux d'un fixe; on a beaucoup de boutiques, eux moins. Maintenant, je crois que la situation de l'intercommunale est particulière et qu'il n'y a aujourd'hui aucune expression d'une volonté de changer le modèle. Ce qui ne veut pas dire qu'il s'agit d'un échec.

Si cela venait à changer, pourriez-vous être intéressé par un rapprochement?

Je ne vais pas rentrer dans de la spéculation sur des opérations de ce type. Mais d'une manière générale, nous sommes toujours ouverts à discuter d'opportunités quand cela peut faire sens.

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