On ne vous paye pas pour dormir!

Et pourquoi pas, d'abord! À force d'exiger la performance, ne crée-t-on pas des armées de zombies avachis derrière leur écran? Pourquoi le rythme de travail ne pourrait-il pas s'adapter à celui du corps?

La sieste dans les pays méditerranéens fait partie intégrante, sinon de la vie quotidienne, au moins des clichés. Dans les pays du nord par contre, cela ferait presque partie des tabous. Loïc Donckers se lève à 6h tous les matins pour venir travailler chez Thalys. "En début d'après-midi, il n'y a rien à faire, difficile d'être toujours aussi opérationnel, reconnaît-il. Une sieste me permet de repartir. Mais il faut prendre le temps de la faire et passer outre le regard des autres."

Dans le cadre de son déménagement de l'avenue Louise vers le quartier de la gare du Midi, Thalys, l'opérateur ferroviaire du TGV Paris-Bruxelles, en a profité pour revoir complètement ses espaces de travail: cleandesk et casier personnel, espaces de réunion multiples qui oscillent entre le compartiment, la salle d'attente et le wagon bar, grande table de bureaux partagés... Les espaces sont ouverts, clairs et se prêtent à toutes les utilisations.

Niché dans une petite pièce sombre, deux fauteuils profonds (l'un avec massage intégré), séparés par une cloison de bambou. C'est l'espace sieste de Thalys, accessible sur réservation anonyme pour des séances de "déconnexion totale" de 20 minutes. La (petite) salle de repos et l'application qui l'accompagne ont été mises en place en collaboration avec WorkInJoy, une startup liégeoise qui se développe dans ce créneau. Avec un certain succès, puisque sur les 200 personnes qui fréquentent le siège administratif, plus de 150 s'y sont inscrites.

Le système est toutefois toujours en rodage. "20 minutes, c'est sans doute juste un peu court, le temps de s'installer, de prendre possession des lieux... On en sort un peu groggy, mais le temps d'arriver à son bureau et on est de nouveau d'attaque", précise Sandrine Libert, customer service coordinator. "Avant, j'allais dans ma voiture, quasi en cachette, mais c'était moins efficace et surtout moins confortable", complète Laurie Herrant, sa collègue.

Césure dans la journée pour recharger ses batteries, la sieste, appelée "power nap" en bon franglais, peut aussi permettre d'affronter des moments importants en pleine possession de ses moyens. Le conseil de direction d'un gros assureur belge le pratique régulièrement avant certaines réunions délicates.

La technique, qui peut aussi prendre la forme de séance de méditation collective, doit encore lutter contre certaines réticences. "Il faut un peu de pratique pour en profiter pleinement et immédiatement, et plus on le fait, mieux cela se passe", témoigne Houda Draouil, utilisatrice régulière. Et puis il y a surtout la perception du monde extérieur. Rien à faire, se taper une petite sieste en plein après-midi, cela fait toujours un peu "désordre". "Pourtant, cela ne prend pas plus de temps sur la journée que d'aller fumer quelques cigarettes ou de papoter à la machine à café", fait remarquer Laurie Herrant.

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