Rapatrier les enfants de Syrie, pas les parents

Maggie De Block entend faire appel de la décision de justice qui enjoint l'État belge à tout mettre en oeuvre pour rapatrier de Syrie deux mères djihadistes et leurs six enfants. Problème sans fin sur fond de campagne électorale.

Les enfants, oui, leurs mères, non. Voilà le message de la nouvelle secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration. Maggie De Block (Open VLD) a annoncé, dimanche, vouloir que l'État belge fasse appel contre la décision prise la semaine passée en référé par un tribunal bruxellois et ordonnant que soit mis en oeuvre le rapatriement de deux mères et six enfants depuis un camp de réfugiés en Syrie.

Ce problème aigu du sort des enfants belges de l'État islamique resurgit régulièrement et sa résolution est incertaine. Selon des chiffres de l'Ocam datant de mai dernier, il y avait, à ce moment-là, environ 150 enfants de ressortissants belges en Syrie et en Irak, âgés de moins de 12 ans. Autant d'enfants que le gouvernement a annoncé, à plusieurs reprises, vouloir faire revenir en Belgique. Sauf que, dans le dossier qui condamne l'État à activer ses réseaux pour rapatrier les six enfants, leurs mères, djihadistes de longue date, condamnées en justice, ont un profil qui déplaît.

Dans ce dossier, France et Belgique préconisent la même politique: faire revenir les enfants, mais pas les parents. "Ces deux femmes de l'État islamique ont tourné le dos à notre pays délibérément et à plusieurs reprises. Je trouve cela un peu fort qu'elles attendent maintenant de nous qu'elles soient rapatriées. C'est se foutre de nous", a tancé Maggie De Block. Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) est, lui, resté plus discret, alors qu'il représentait l'aile plus progressiste du gouvernement. Le ministre CD&V avait toujours répété que la Belgique devait rapatrier ses enfants sur son sol et laisser la possibilité à des mères d'en faire de même, "au cas par cas". Tenants d'une ligne plus dure, la N-VA et l'ancien ministre de l'Intérieur Jan Jambon avaient toujours refusé le retour des adultes.

"Le sujet du rapatriement des enfants de djihadistes et de leurs mères avait fait l'objet de vraies discussions au sein du gouvernement, avec un certain degré de tension", analyse Thomas Renard, chercheur à l'institut Egmont. "Les choses semblaient bouger, et puis la N-VA est sortie du gouvernement. Avec le départ de ce parti qui était le principal facteur bloquant, on aurait pu imaginer l'avancée du dossier. Mais nous sommes en période électorale et si les enfants et leurs mères sont rapatriés, ce sera du pain bénit pour la N-VA", observe-t-il.

Pourtant, le temps presse. Jusqu'ici, les dossiers de rapatriement ne concernent que les enfants qui résident dans les deux camps de réfugiés, dans les rangs kurdes de Syrie. "Le retrait des Etats-Unis de Syrie aura de lourdes conséquences, il va libérer la Turquie et mettre les Kurdes sous pression", poursuit Thomas Renard. Avec un impact possible sur les familles belges toujours présentes sur place.

Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content