Un boom à venir "Des tas de projets dans les cartons"

Le projet, baptisé Merygrid, rassemble trois PME installées sur le zoning de Méry, le long de l'Ourthe, sur le territoire de la commune d'Esneux. Mérybois, spécialiste du bois de bardage et pour terrasses, possédait déjà une installation photovoltaïque de 60 kWc. Merytherm, active dans le traitement thermique des métaux, était propriétaire de turbines hydroélectriques d'une puissance de 200 kW. CBV, active dans les ventilateurs industriels, n'avait pas de production propre. Ces trois entreprises ont été connectées à un réseau local, sur lequel ont été ajoutés une batterie lithium d'une capacité de 300 kWh qui permet de stocker l'électricité et de la restituer quand besoin est, et surtout, une plateforme informatique chargée d'optimiser les flux d'électricité. Ce réseau local, sorte d'îlot énergétique, reste toutefois connecté au réseau de distribution de Resa, dans lequel il réinjecte de l'électricité en cas de surplus, ou en prélève en cas de besoin.

le résumé

Nethys a inauguré vendredi Merygrid, un projet pilote de microréseau.

L'objectif? Valoriser au mieux la production d'électricité locale, en maximisant les échanges entre entreprises ou en stockant l'énergie.

Merygrid est en fait né il y a trois ans, quand le groupe Nethys a décidé de financer une chaire à l'ULiège sur les microréseaux, en misant sur l'intelligence artificielle et le numérique. L'actionnaire de Resa voulait se préparer à l'évolution des réseaux, suite à la décentralisation de la production d'électricité ou à l'augmentation de l'efficience des batteries, mais voulait plus qu'une simple recherche académique.

"Le but est d'industrialiser les résultats obtenus, explique Stéphane Moreau, CEO de Nethys. C'est pour cela que nous avons décidé de nous allier à une série de partenaires, et que nous avons présenté le projet à la Région wallonne. Il a bénéficié d'une aide de 2 millions d'euros, et d'un apport de plus d'1 million d'euros des différents partenaires."

Au coeur de Merygrid, l'energy management system développé par l'ULiège, sous la houlette de Bertrand Cornelusse et Damien Ernst. Un travail de près de deux ans avec une équipe de quatre personnes. "Ce système utilise l'intelligence artificielle pour connecter le système de gestion de la batterie aux marchés de l'électricité. Cela permet de gérer les flux énergétiques et économiques de manière optimale, avec au coeur du système des algorithmes qui permettent de faire de la prédiction et de gérer les risques. Cette couche informatique est en train de prendre de plus en plus d'importance dans le monde de l'énergie, en permettant des prises de décisions complexes", explique Damien Ernst.

15% d'économies

En valorisant mieux l'électricité produite sur le site, Merygrid espère faire baisser la facture des entreprises connectées d'une quinzaine de pourcents. "Nous avons tout de suite été séduits par le projet, même si techniquement, nous ne maîtrisons pas beaucoup de choses en la matière, confesse Anne Malmedy, directrice de Mérybois. Nous espérons que les résultats seront positifs."

C'est le fournisseur d'énergie EDF Luminus - dont Nethys est actionnaire - qui va assurer la facturation des flux d'électricité entre les entreprises participantes.

Mais le projet n'est opérationnel que depuis peu de temps, et va se poursuivre jusqu'en mai 2019, une période durant laquelle ses concepteurs vont améliorer les algorithmes afin d'obtenir les meilleures réponses possibles.

Une spin-off en vue

Si les résultats sont concluants, l'objectif est de commercialiser cet energy management system, appelé Upgrid. "Bien sûr, de grands groupes énergétiques sont déjà actifs dans ce domaine, reconnaît Willy Legros, ancien recteur de l'ULiège et président du comité de pilotage du projet. Mais ils vendent généralement des solutions globales dont les clients n'utilisent qu'une partie. Upgrid a été conçu comme un jeu de Lego, dont les blocs permettent de s'adapter facilement aux entreprises et au contexte. Il fait appel à des compétences techniques et algorithmiques de très haut niveau. Et un audit montre qu'il a vraiment des potentialités internationales."

Un autre projet de microréseau qui utilise Upgrid est déjà en développement chez CMI. Et d'autres devraient suivre, pour autant que la législation le permette (lire l'encadré ci-contre).

Une spin-off, dont l'ULiège mais aussi Nethys seront actionnaires, est annoncée prochainement pour assurer la commercialisation de cet outil informatique.

"Trois ou quatre autres projets de ce type sont en développement en Wallonie, et surtout, des tas de projets de microréseaux attendent dans les cartons des entreprises une évolution de la législation", annonce

Cédric Brüll, directeur du cluster Tweed, actif dans les énergies renouvelables.

Pour l'instant, les microréseaux comme Merygrid ne sont pas autorisés. Merygrid a pu bénéficier d'une dérogation de la Cwape, le régulateur wallon, en tant que projet innovant, mais jusqu'à 31 mai 2019 seulement. La crainte? Que ce type d'initiatives se multiplie, obligeant le reste des consommateurs à supporter des frais de distribution de plus en plus lourds. "On n'arrête pas la science, réagit Stéphane Moreau, le CEO de Nethys. Il faut donc faire évoluer la législation, en trouvant un juste équilibre qui défende l'intérêt public sans brider ce type d'initiatives."

Le ministre wallon de l'énergie y travaille. "J'ai un projet de décret prêt, dont je veux m'assurer qu'il est compatible avec la réglementation européenne, explique Jean-Luc Crucke. Il aboutira avant la fin de l'année." C.Sf.

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