Un moratoire sur le développement des centres commerciaux en dehors des villes wallonnes

A l'instar de Rive Gauche à Charleroi, la Wallonie entend favoriser les espaces commerciaux dans les centres-villes. ©© IRET Development

Le futur schéma de développement territorial wallon interdira dès 2019 les nouveaux centres commerciaux de plus de 2.500 m2 en dehors des centres-villes.

Avec le boom des achats en ligne, la gestion de la vitalité commerciale dans les villes wallonnes s'apparente à un véritable casse-tête aux multiples enjeux pour les décideurs politiques. Car au-delà de la concurrence du web et de géants comme Amazon, les petits commerçants doivent également lutter contre la concurrence des grands centres commerciaux souvent implantés à l'extérieur des agglomérations. Un exemple qui a fait beaucoup de vagues est le cas des Grand Prés à l'extérieur de Mons et son impact sur la désertification du centre-ville.

Pour Antoine de Borman, le directeur du CEPESS, le centre d'études du cdH, "ces centres commerciaux vident les centres-villes". Un mouvement destructeur. D'après l'association du management de centre-ville, on comptait 1.276 cellules vides dans les villes disposant d'une structure de gestion de centre-ville il y a quelques mois. Les grandes villes wallonnes compteraient ainsi en moyenne 17% de cellules commerciales vides.

Cercle infernal?

Mais au-delà de la question du sauvetage des petits commerces, la concurrence des centres commerciaux situés en dehors des villes soulève d'autres enjeux comme celui du vieillissement de la population. "Le commerce n'est pas qu'un enjeu économique. Il a aussi un impact sociétal et environnemental. Avec les centres commerciaux hors des villes, les gens se déplacent en voiture et plus à pied. Il est temps qu'on revienne à une logique de quartier avec de l'animation pour faire revenir les habitants. Le commerce doit servir à booster la vitalité dans les espaces urbains et répondre au défi du vieillissement avec des commerces de proximité", estime le directeur du CEPESS.

L'enjeu est également territorial. "Il faut stopper l'étalement urbain. Généralement, les centres commerciaux qui s'implantent en dehors des villes touchent les terres les plus fertiles." Bref, un cercle infernal.

Si différentes mesures ont déjà été prises ces dernières années pour faire revenir les petits commerçants dans les villes wallonnes - avec notamment l'arrivée du bail de courte durée pour encourager les magasins éphémères dans les cellules vides -, la Wallonie se dirige vers un moratoire sur l'implantation de nouveaux complexes commerciaux en dehors de ses agglomérations urbaines dès 2019.

En discussions depuis quelques semaines, l'avant-projet du schéma de développement territorial qui encadrera le développement sur le sol de la Wallonie pour ces prochaines décennies vise à "interdire les centres commerciaux de plus de 2.500 m2 en dehors des centres et les interdire en périphérie sauf à démontrer qu'une installation périphérique ne porte pas préjudice aux commerces des centres urbains environnants".

Ce nouveau "règlement" devrait être adopté par le Parlement wallon à la fin de l'automne 2018 pour une entrée en vigueur début 2019, dit-on du côté du cabinet du ministre de l'Aménagement du territoire Carlo Di Antonio (cdH).

Ressusciter les villes

A côté du méga complexe commercial, c'est l'ensemble de la structure commerciale wallonne qui est redéfinie dans ce document afin "de consolider les villes dans leur rôle d'animation du territoire".

Un autre enjeu qui sera poussé par la Région wallonne vise à "développer le commerce dans les centres-villes et stopper le développement anarchique du commerce le long des voiries régionales". On se dirige donc vers un stop clair aux implantations des équipements et des commerces en dehors ou en bordure des villes et des villages.

Des zones franches dans les villes

A côté de cette lutte contre l'étalement urbain et la sauvegarde des centres-villes, le futur schéma de développement territorial de la Wallonie apportera aussi des réponses face au papy boom. "Le vieillissement de la population entraîne un besoin de services et de commerces de proximité", insiste le rapport.

Reste une question. Derrière les grands principes, comment les prochains gouvernements vont-ils les traduire dans les faits. Antoine de Borman suggère par exemple qu'on établisse des zones franches au niveau des revenus cadastraux dans les centres-villes "pour les endroits où le commerce est moins développé".

Il plaide également "pour une fiscalité incitative afin d'occuper les espaces au-dessus des commerces en logement".

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