Un tiers des start-ups étudiantes génèrent de l'activité économique

Emna Everard, la cofondatrice de Kazidomi, l'affirme: même quand on a quitté le nid, on retourne toujours vers l'écosystème. ©© Dieter Telemans

À l'occasion de la semaine de l'entrepreneuriat étudiant en Wallonie, L'Echo est parti à la rencontre de ces porteurs de projet qui n'ont pas froid aux yeux.

C'est trois-là se complètent joliment. Le premier est titulaire d'un master en Management, Entrepreneuriat, Innovation. Le second est diplômé en Technologies de l'information, Informatique, électronique et le dernier, en tant qu'avocat, vient apporter la touche juridique. "C'est vrai qu'on est assez complémentaires", reconnaît Guillaume Boulanger. "Mais notre cas est un peu particulier parce que notre projet est issu de notre mémoire de fin d'études dans le cadre du master CPME à Louvain-la-Neuve (une formation interdisciplinaire en création d'entreprise, NDLR)."

Avec Martin de Bellefroid et Rodolphe Cartuyvels, ce pompier volontaire a intégré il y a environ deux ans et demi Yncubator, l'un des cinq incubateurs wallons faisant partie du dispositif d'accompagnement professionnel pour les étudiants-entrepreneurs, mis en place en 2015. Leur projet originel? Développer un système automatique de détection, et à terme d'extinction, des feux de cheminée. "Cela a déjà nécessité pas mal de R&D et ce n'est pas fini. On réfléchit encore à deux versions du produit. On espère pouvoir sorti un premier prototype dans quelques mois et commencer les certifications", nous explique-t-il.

Par rapport aux grandes villes wallonnes, Louvain-la-Neuve dispose d'un écosystème très développé au niveau entrepreneurial. "Il y a des acteurs à tous les échelons de la chaîne. Les étudiants sont sensibilisés à l'entrepreneuriat dès le début de leur cursus", explique Sophie Neu, coordinatrice de l'Yncubator, qui précise que 80% de ses étudiants-entrepreneurs sont issus de l'UCL et le reste des hautes écoles, principalement de l'Ephec et de l'Institut des arts de diffusion (IAD).

Pour Guillaume Boulanger, l'incubateur s'insère judicieusement dans cet écosystème car il vient compléter tout ce qui existe déjà. "On a gagné le prix d'ingénierie avec Mind & Market et le Maker Challenge nous a rapporté 15.000 euros et des bureaux pendant trois mois, mais l'Yncubator nous permis de professionnaliser et de valider notre approche grâce à un réseau d'experts et de mentors", estime-t-il.

À l'occasion de la première édition de la Student Projects Week, qui entend sensibiliser à l'entrepreneuriat des étudiants, les cinq incubateurs wallons (Yncubator, VentureLab, Linkube, StartMeUpChallenge et Yump) publient un premier bilan combiné. En 2018, après trois années de fonctionnement, ils ont accompagné 370 projets, portés par 570 étudiants. Sur l'ensemble des projets accompagnés, 119 ont abouti à une démarche entrepreneuriale concrète (vente de biens et/ou de services), soit 32% des projets. A Louvain-la-Neuve, le taux de projets qui facturent grimpe même à 50%.

"On ne parle pas encore de création d'entreprise parce qu'il y a différentes formes possibles: certains adoptent le statut d'étudiant-entrepreneur, d'autres passent par la Smart ou bénéficient d'un numéro d'entreprise via une couveuse, mais ils sont encore peu nombreux à être constitués en société", précise Marc Dewulf, coordinateur du Smuc, l'incubateur pour étudiants de Charleroi et l'un des seuls à ne pas être directement relié à une université.

Entrepreneurs en résidence, accès à un réseau interne et externe d'experts, coaching, workshops, espace de coworking. Les ingrédients sont toujours un peu les mêmes. En revanche, la durée de l'accompagnement est variable (de deux ans en Wallonie à 5 ans à Bruxelles) mais reste limitée dans le temps. L'objectif des incubateurs étudiants n'est jamais de garder jalousement les pépites qu'ils contribuent à créer. "Notre philosophie, c'est de leur mettre le pied à l'étrier", justifie Sophie Neu.

Jusqu'à 7.500 euros par projet

Si l'accompagnement est gratuit et ouvert à tous (unifs et hautes écoles, quelles que soient les filières, voire dans certains cas, jeunes diplômés), les incubateurs étudiants sont de plus en plus sélectifs à l'entrée, notamment en raison de leur attractivité grandissante et de leur bande passante limitée. "Il y a deux critères principaux: l'aspect humain, les compétences du porteur de projet et le côté innovant/technique du projet", résume Sophie Neu.

Surtout, cet accompagnement a un coût. En Wallonie, les incubateurs wallons ont tous le soutien financier de la Sowalfin et dans certains cas du budget Feder ou du privé. À Bruxelles, le Start'Lab est backé par la Région de Bruxelles-Capitale, la fondation Bernheim, la fondation Free, la fondation Pulse, une poignée d'investisseurs privés et des cabinets d'avocats. En moyenne, le coût d'accompagnement par projet et par an oscille entre 5.000 et 7.500 euros.

Des étudiants qui créent de l'emploi

À Bruxelles, la machine semble particulièrement bien rodée et les chiffres en témoignent. Depuis ses débuts en 2016, le Start'Lab de l'ULB a accompagné 198 entrepreneurs, dont 55% d'étudiants, qui ont porté 94 projets. "Au final, cela a abouti à la création de 42 entreprises qui emploient à fin 2018 234 personnes pour 152,7 équivalents temps-plein", nous explique Olivier Witmeur, coordinateur de l'incubateur bruxellois.

Si près de 50% des porteurs de projet du Start'Lab proviennent des filières de gestion/management/entrepreneuriat, cela ne se ressent toutefois pas au travers des secteurs privilégiés, qui se révèlent particulièrement variés: technologies, événementiel, mobilité, éducation, mode... Certaines start-ups bruxelloises sont déjà bien connues, comme la plateforme Wooclap, qui permet de créer de l'interaction lors des cours, ou encore la start-up Kazidomi, spécialisée dans la vente en ligne de produits sains.

"La crédibilité de chaque incubateur, tout comme les projets et ceux qui les portent, évoluent positivement avec le temps", estime Emna Everard, cofondatrice de Kazidomi. "C'est une bonne chose parce que cela leur permet de se tourner vers de plus gros corporates. Or, cette interaction avec le monde des entreprises est primordiale pour la réussite de ces entreprises étudiantes", conclut-elle.

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