Une ardeur d'avance

La loi climat dans les limbes

Alors que la rue impose semaine après semaine le climat à son agenda, la classe politique s'est enferrée dans un débat sans fond. Adopter ou non une loi spéciale sur le climat. Revoir ou non la Constitution pour rendre celle-ci possible. Ce n'est qu'un prélude à la vraie dispute - quel chemin pour agir? -, mais c'est déjà la paralysie.

On entend celles et ceux pour qui fixer des objectifs chiffrés serait livrer la politique climatique aux juges. Mais la Belgique a déjà des objectifs chiffrés - ils ne sont simplement pas assez ambitieux en regard des engagements de l'Accord de Paris. Et les juges planchent déjà sur l'action climatique des autorités belges - simplement le dossier se perd dans les méandres d'une justice engourdie.

On entend celles et ceux qui ne veulent pas d'une loi "symbole", ceux pour qui seules les mesures sonnantes et trébuchantes comptent. Les symboles sont pourtant utiles pour clarifier les intentions. Et, lorsqu'ils obligent, ils stimulent - les artistes parlent de "contrainte libératoire".

On comprend surtout que la révision de la Constitution et la loi spéciale climat qu'elle a pour but de promouvoir, buttent sur deux conservatismes. Un réflexe régionaliste, qui pousse de grands partis flamands à rejeter une logique nationale, fût-elle susceptible de mettre de l'huile dans nos politiques climatiques. Et un réflexe de rente, qui pousse les mêmes partis à ménager des secteurs économiques sensibles - et avec eux leurs emplois et leurs recettes fiscales. On comprend d'autant mieux ce dernier tropisme qu'il donne une impression de déjà-vu pour qui a suivi la douloureuse déshérence de l'industrie wallonne. S'accrocher aux actifs du passé, c'est risquer de tomber avec eux.

La classe politique belge est à la croisée des chemins: elle peut choisir de mettre la Belgique sur la voie douloureuse d'une transformation subie, ou choisir de donner à ce pays "une ardeur d'avance", comme on dit au Luxembourg.

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