Vers un statut spécial pour les chômeurs wallons "non mobilisables"?

Face à la problématique du chômage de longue durée, le ministre de l'Emploi Pierre-Yves Jeholet n'exclut pas de lancer un statut spécial de "non mobilisable" pour les demandeurs d'emploi inemployables.

Les statistiques restent indigestes. Derrière l'embellie du chômage en Wallonie depuis de nombreux mois, le nombre de demandeurs d'emploi de longue durée reste inquiétant. D'après les derniers chiffres du Forem, la Wallonie comptait ainsi 77.636 chômeurs de longue durée (2 ans et plus) à la fin novembre. Plus largement, sur les 205.406 chômeurs inscrits au Forem, 117.127 personnes sont reprises dans les statistiques depuis au moins un an.

Si les causes sont nombreuses, au Forem, on met souvent en avant la problématique de la formation pour expliquer le chômage de longue durée. Plus de 50.000 chômeurs ont ainsi pour unique diplôme celui du secondaire de base et 42.000 demandeurs d'emplois ne disposent que du certificat de deuxième degré secondaire.

Pour répondre à cette double problématique chômage de longue durée et manque de formation, le Forem mise sur un accompagnement individualisé. "La première étape que nous réalisons avec un demandeur d'emploi est d'évaluer les compétences. Le conseiller cherche également à élaborer avec le demandeur d'emploi un plan de carrière", explique Thierry Ney, le porte-parole du Forem. Des formations préqualifiantes (remise à niveau en écriture par exemple) sont également proposées pour les plus fragilisés. Dans un deuxième temps, lorsque les difficultés se concentrent sur un problème de compétences, "le conseiller référant propose alors au demandeur d'emploi de suivre l'une de nos 250 formations".

L'arrivée du dossier unique

Voilà pour ce qui est mis en place. La question est de savoir si c'est suffisant. "En Wallonie, il y a un travail de longue haleine à mener en fonction des différents profils. Mais il ne faut surtout pas avoir cette culture de l'excuse. Le travail de l'encadrement est très important", estime le ministre de l'Emploi Pierre-Yves Jeholet (MR).

Devant cette problématique de l'éloignement du marché du travail, le ministre entend bousculer les habitudes des structures dédiées à l'accompagnement des chômeurs en lançant le dossier unique dès le premier semestre 2019. "Ce dossier unique pour les demandeurs d'emploi va permettre aux différents organismes comme les Mire, ALE, Maisons de quartiers, Forem,... de suivre le parcours, les compétences du demandeur d'emploi. On pourra ainsi mieux orienter les personnes par rapport à leur profil et ainsi mieux les aider à se réinsérer." Du côté du patronat wallon, Olivier de Wasseige, le directeur de l'Union wallonne des entreprises, plaide pour un bilan de compétences externalisé. "On dépenserait plus efficacement l'argent des opérateurs en mettant en place un bilan de compétences. Ce bilan devrait permettre de mieux orienter les demandeurs d'emploi."

Statut spécial

Mais si Pierre-Yves Jeholet assure qu'il est de l'intérêt de la Wallonie "de consacrer de l'énergie et de l'argent" à ce public plus difficile à relancer dans la vie active, "cela ne me pose pas de problème de dire à l'avenir que certaines personnes sont inemployables".

Sans pouvoir mettre un chiffre derrière ce noyau dur de chômeurs de longue durée plus difficiles à réintégrer dans le marché de l'emploi, Pierre-Yves Jeholet est d'avis de leur créer un statut spécial. "Je suis partisan de leur donner un statut d'ordre social. Il est évidemment hors de question de mettre ces personnes sur le côté mais à partir du moment où tous les efforts ont été menés en Wallonie pour tenter de les réintégrer, il faudra peut-être aller plus loin que la dégressivité des allocations de chômage".

En pratique, ce nouveau statut pourrait s'assimiler à celui qui est à l'étude pour les MMPP. Ces allocataires sociaux reconnus comme ayant des problèmes sérieux, aigus ou chroniques, de nature médicale, mentale, psychique ou psychiatrique (MMPP), représentent entre 15 et 20.000 demandeurs d'emploi en Wallonie. "Nous avons mis en place un statut non mobilisable pour ces personnes en les exonérant de recherche active d'emploi et de contrôles. La Flandre bloque le dossier mais nous entendons avancer. Dans le cadre du chômage de longue durée, on pourrait éventuellement élargir le statut non mobilisable, mais il n'est évidemment pas question de faire basculer 1/3 des chômeurs dans ce statut."

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