Vie et mort du radar tronçon bruxellois

Le tunnel Léopold II suscite d'incessantes polémiques. ©© BELGA

Ce n'est pas demain la veille que les automobilistes seront contrôlés au radar tronçon dans le tunnel Léopold II. Lundi, la secrétaire d'État en charge de la Sécurité routière, Bianca Debaets (CD&V) a bien dû admettre au Parlement bruxellois que le dispositif ne serait plus que probablement pas activé avant la prochaine législature. Pourtant, tout le matériel est installé depuis 2015. Il filme même, prêt à offrir à la police des occasions de verbaliser par milliers. Rappelons que 80.000 véhicules circulent chaque jour dans ce tunnel de 2,5 km où la vitesse est limitée à 50 km/h depuis 2014.

Le résumé

L'unique radar tronçon de Bruxelles ne sera pas activé avant 2019 au moins.

La commune de Koekelberg refuse de s'inscrire dans ce projet qui s'en trouve bloqué.

Une secrétaire d'État et un bourgmestre s'écharpent.

Qu'est ce qui coince? Le refus des communes de signer le protocole d'accord sans lequel la Région bruxelloise ne peut rien faire. Retour donc dans l'univers de Kafka. Mais Philippe Pivin, bourgmestre MR de Koekelberg et réfractaire historique à l'installation précoce de ce radar tronçon, assume. "Nous avons toujours été opposés à cette mesure, non pas par principe mais parce que nous n'avons jamais eu nos apaisements par rapport à un certain nombre de nos préoccupations."

Le fer de lance communal plaide pour le radar tronçon mais après la lourde rénovation qui doit remettre le tunnel en l'état. "D'un point de vue pédagogique c'est complètement stupide de faire cela maintenant", martèle Philippe Pivin qui estime que les longs mois de travaux qui s'annoncent vont donner lieu à des fermetures régulières du tunnel rendant la lisibilité du dispositif problématique pour les automobilistes. Le mayeur de Koekelberg assure être suivi par ses deux voisines, la Ville de Bruxelles et Molenbeek-Saint-Jean, concernées également.

Il raisonne à l'envers

Bianca Debaets, elle, enrage. Elle assure que la Ville de Bruxelles était parfaitement disposée à signer ce protocole d'accord. "On constate qu'un seul bourgmestre bloque une décision régionale, fustige-t-elle. Encore un exemple qui plaide pour une zone unique de police, mais en dehors de cela, l'attitude du bourgmestres de Koekelberg est incivique car nous parlons ici de sécurité routière. M. Pivin raisonne à l'envers, la sécurité doit être garantie durant les travaux et le respect des 50 km/h est un facteur de fluidité du trafic, toutes les études le démontrent."

Le tunnel est accidentogène, assure-t-elle. Notamment sur base des vitesses déjà mesurées par les caméras installées dans le Léopold II. Ainsi, en mars 2018, 42% des automobilistes circulaient au-delà des 50, et 9,5% au-delà des 70 (après correction cela donne 15% d'infrac-tions). "Toujours en mars, 92 automobilistes roulaient à plus de 90 km/h dans le tunnel, dont 6 à plus de 120 km/h", ajoute la secrétaire d'État. "Ce n'est pas un tunnel accidentogène", réplique Philippe Pivin, qui parle surtout d'accidents de "temponnage" sans gravité aux entrées et aux sorties du tunnel.

Un coût de 150.000 euros

Et le bourgmestre d'enfoncer encore le clou, la secrétaire d'État n'a jamais été en mesure de répondre à la question de savoir qui allait prendre en charge le surplus de travail qui serait occasionné à sa police et au parquet de Bruxelles. "Madame Debaets a mis la charrue avant les boeufs, son erreur a été de médiatiser l'installation des caméras sans concertation..." "Il fallait installer le matériel avant pour la simple raison que pour signer le protocole, les zones de police doivent s'assurer de la qualité des images et le procureur du Roi avait donné son accord de principe", rétorque-t-elle, ulcérée par les arguments de Philippe Pivin. Le gouvernement bruxellois avait accordé de quoi financer un équivalent temps plein à chaque zone de police pour le travail supplémentaire qui irait en diminuant, car les automobilistes auraient fini par adapter leur vitesse, plaide-t-elle.

Le matériel et son installation auront coûté 150.000 euros mais il est probable que les caméras soient prochainement démontées. Circulez bonnes gens, il n'y aura bientôt plus rien à voir.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect