Western moderne

©Alice Piemme AML

"Y a pas grand-chose qui me révolte", jusqu'au 10 février au Petit Varia à Bruxelles. 02/640.35.50 www.varia.be

Deux compagnies et trois personnages chevauchent à bride abattue un ovni théâtral genre "cow-boys contre aliens", voire plus absurde et décalé encore. Décalé certes, mais pas décollé le papier peint vintage, années septante, qui cerne les spectateurs, assis dans le décor référentiel - moquette incluse - qui sent la vieille salle à manger de grand-mère. Encerclé par le public, trois cow-boys à moustache, dont l'un frise la femme à barbe: trois frères, trois "hombres" en santiags et éperons.

Les deux premiers, Léo et Hughes, célèbrent le retour du troisième, Nicholas, fils prodigue qui, fugueur à 13 ans, est de retour à la case "départ" quinze années plus tard. En colt et coiffés de stetsons, les trois hommes des plaines ou des tapis "pleines" plutôt, s'épient autour de la grande table qui sert de grand-rue à leur duel discursif: "Je joue, je joue pas", "je dis la vérité si je mens", "je suis comédien, mais pas comme indien".

Personne ne joue franc jeu dans sa veste à franges; leur non-jeu évoque Aimé Jacquet, les Apéricubes se prennent pour le chat de Schrödinger dans le frigo... Bref, c'est le "quantique" du tout est relatif.

Mise en abîme vertigineuse de la comédie. "Y a pas grand-chose qui me révolte pour le moment" évoque par son titre la célèbre phrase de Marcel Mariën qui servit de titre au spectacle de Charlie Degotte voici 25 ans - "Il n'y a aucun mérite à être quoi que ce soit". Sauf que le surréalisme est abattu sans coup férir, le réalisme ou le naturalisme connaissant le même sort.

Et quand les canisses sont de vraies portes, qu'un toucher rectal s'effectue via une pastèque, l'absurde se répand sur la moquette élimée du spectacle, et, d'étrange et fantasque, il vire au fantastique.

Union de deux compagnies (Clinic Orgasm Society et Théâtre à Cru) et de trois personnes pour rester dans l'improbable, cet ovni "monté" par Mathylde Demarez, Ludovic Barth et Alexis Armengol, les trois excellents auteurs-concepteurs-comédiens, est également servi par un décor sonore et musical qui fait office de quatrième Dalton.

Cette pièce, où le jeu vire à la mise en joue ou joue pas, qui éperonne sans selle et se révèle complètement à l'Ouest, tient du mystère.

Bernard roisin

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