Charleroi Entreprendre, pionnière pour la Wallonie

Jean-Pierre Di Bartolomeo (Sowalfin) va s'inspirer du modèle mis en place par Emmanuel Terrasse (Heraclès) à Charleroi pour réformer la galaxie des acteurs dans l'aide aux entreprises en Wallonie. ©Dieter Telemans

À côté de la lasagne institutionnelle qui fait le charme de la Belgique, les entrepreneurs wallons ont aussi le bonheur de connaître une mezzanine dans le monde de l'animation économique chargée d'accompagner l'entrepreneuriat. Un dernier recensement mené par la Sowalfin comptabilise 190 acteurs de l'accompagnement des entreprises répartis sur 150 entités juridiques. Inutile de préciser que cette galaxie est peu lisibilité.

LE RÉSUMÉ

Charleroi vient de regrouper ses acteurs de l'animation économique et de l'aide aux entreprises sous la coupole charleroi entreprendre.

Le modèle va inspirer la wallonie qui veut rendre la formule payante pour les entreprises.

Une vaste réforme est donc à l'étude à la Sowalfin afin de remettre un peu d'ordre dans le paysage. Elle bousculera certains principes en monétisant les services aux entreprises.

Le cas carolo

Cette réorganisation s'inspire de la mue lancée par Charleroi vendredi. "Après la fermeture de Caterpillar en 2016, les experts ont pointé la nécessité de redynamiser l'animation économique. Le constat a cependant montré qu'il y avait une illisibilité au niveau de l'accompagnement économique. Dans le chef d'un porteur de projet comme une entreprise, il était compliqué de savoir où s'adresser. On a également remarqué qu'il existait une dilution de compétences", explique Grégoire Dupuis, chargé d'opérer ce mouvement au sein de la cellule Catch lancée après la fermeture de Caterpillar.

Toute cette réflexion a ainsi donné naissance à Charleroi Entreprendre, "la structure de référence pour les entrepreneurs et porteurs de projet sur la région de Charleroi Métropole". Cette coupole rassemblera les équipes d'animation économique d'Igretec, Héraclès et le Switch Coworking. Charleroi Entreprendre offrira une panoplie de services comme l'accompagnement des porteurs de projets dans les dispositifs d'aides publiques, l'incubation d'étudiants, l'implantation des entreprises et des espaces de coworking.

Ce mouvement va cependant au-delà du simple ravalement de façade. La structure se veut ainsi orientée client. "C'est très important. On a des actions qui sont pertinentes mais trop prisonnières du cadre administratif là où on veut créer une approche vers un client. Grâce à ce changement d'optique, on va pouvoir aider à créer plus de valeurs pour les entreprises", souligne Emmanuel Terrasse, président sortant du CEEI Héraclès et directeur de l'entreprise Thales. Charleroi Entreprendre sera également chargé d'assurer la coordination des actions entre le Biopark, le hub digital et le nouveau pôle A6K dédié à l'ingénierie

Sur le plan financier, la coupole vise l'équilibre en générant des revenus via les services proposés aux entreprises. On retrouve en outre dans son comité de gouvernance l'invest local Sambrinvest, Igretec et 4 organismes bancaires.

Monétiser les services en Wallonie

Le cas carolo inspire Jean-Pierre Di Bartolomeo, le directeur général de la Sowalfin. "Nous avons les mêmes constats que ceux levés par Catch. Il faut encourager les acteurs de l'accompagnement des entreprises à se spécialiser, à se rapprocher et à nouer des partenariats afin de répondre à l'illisibilité du paysage." Dans ce chapeau, le patron de la Sowalfin glisse des acteurs comme les CEI, l'UCM, les chambres de commerce...

Concrètement, la Sowalfin va bousculer la logique d'aide aux entreprises. "On va passer d'une logique d'offre où les personnes dédiées à l'aide aux entreprises étaient financées par les moyens de la Sowalfin et de l'Europe vers une logique de la demande où c'est l'entrepreneur qui fait appel à une prestation qui est payante. Le but est d'évoluer vers un modèle à la prestation. On se donne trois ans pour le valider."

Un des enjeux de la réforme sera d'éliminer les doublons et de spécialiser le personnel de l'accompagnement. "Nous travaillons dans une enveloppe fermée. On va sélectionner les meilleures personnes dans chaque métier et on réorientera une série d'autres. On ne peut plus se permettre d'être aussi large. On paie aujourd'hui trop de personnes et il n'y a pas assez d'actions."

Ce modèle ouvrira alors la porte à un accompagnement payant pour les entreprises. "On va monétiser le système. Il y aura encore des subsides de la Région mais le financement de l'accompagnement sera aussi intégré dans le business plan de l'entreprise. Aujourd'hui, l'entreprise peut avoir une prestation gratuite mais avec les changements que nous allons opérer, la valeur ajoutée sera plus importante. Mais pour pouvoir le faire, la Sowalfin plaide pour un modèle où les prestations ont un impact sur les marges ou les volumes des entreprises. On ne mettra pas en place des mesures sponsorisées par la Région wallonne si elles n'ont pas d'impact."

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