Elazar Stern, député israélien "L'Europe doit arrêter de soutenir le terrorisme en Palestine"

Retenez bien le nom d'Elazar Stern. Ce député israélien pourrait dans un avenir proche jouer un rôle clé dans son pays. Son parti, Yesh Atid ("Il y a un futur", centriste et libéral), devance dans les sondages le Likoud (conservateur) du Premier ministre Benyamin Netanyahou. Selon un sondage du 12 janvier, Yesh Atid deviendrait le premier parti du pays avec 27 sièges, contre 11 avant, tandis que le Likoud passerait de 30 à 22 députés. Les prochaines élections sont prévues en 2019. Toutefois, l'enquête en cours pour corruption visant des proches de Netanyahou pourrait entraîner des élections anticipées si elle aboutit à des inculpations. "Bibi" n'est pas cité parmi les suspects dans cette affaire, mais il fait l'objet de deux autres enquêtes pour corruption.

Votre parti est-il prêt à entrer au gouvernement?

Oui. En cas de défection du Likoud, nous prendrons nos responsabilités. D'après les sondages et la situation actuelle, cela ne fait aucun doute. Nous aurons l'avis du procureur général dans quelques semaines.

Comment expliquez-vous le bond en avant de Yesh Atid?

Les gens ne veulent plus d'extrémistes venant des deux côtés. Je ne suis ni de gauche, ni de droite. Je crois au centre, et ce dans tous les aspects de ma vie, même en tant que religieux. Je ne suis ni socialiste, ni capitaliste. Les membres de mon parti viennent de tous horizons, religieux comme moi, ou laïcs. Nous avons des conservateurs, d'autres qui se disent plus à gauche. En d'autres temps, nous nous serions combattus. Mais aujourd'hui, tout le monde est prêt à aller de l'avant et à faire des concessions.

Qu'allez-vous changer une fois au gouvernement?

Beaucoup de choses! Le gouvernement Netanyahou a creusé le fossé entre religieux et non-religieux dans la société israélienne, à tel point que beaucoup de gens ont perdu la fierté du judaïsme. En premier lieu, nous voulons restaurer cette fierté d'être juif même si vous n'êtes pas religieux. Ensuite, nous déclarerons que nous voulons ouvrir des pourparlers avec les Palestiniens sans précondition et sur la base de l'initiative arabe. Commençons à parler, sans conditions préalables. Je suis sûr que la confiance peut revenir.

Nous voulons également mieux répartir le budget au nord et au sud du pays plutôt qu'ailleurs. Lutter contre la corruption.

Que pensez-vous de la décision des Etats-Unis de déménager leur ambassade à Jérusalem?

Jérusalem est la capitale d'Israël, ça ne fait aucun doute. Toutes les ambassades devraient y être. Je ne comprends pas. Les Israéliens sont furieux sur le fait qu'on ne reconnaît pas leur capitale. Vous connaissez beaucoup d'États dont on ne reconnaît pas la capitale? Je crois dans la solution à deux États, israélien et palestinien, mais Jérusalem sera toujours la capitale d'Israël.

L'annonce de Trump a aggravé les tensions...

Oui. Pour un moment. Les gens ont eu peur que ce soit plus grave, mais ce n'est pas le cas. L'Europe devrait comprendre ce qui se passe ici. Après tout, c'est Mahmoud Abbas qui a refusé de poursuivre les discussions de paix, pas Netanyahou. Si les Européens veulent aider au processus de paix, ils doivent d'abord cesser de verser de l'argent à la Palestine tant qu'elle soutient le terrorisme.

Mais la cause palestinienne est très populaire en Europe...

Si je demandais aux Belges, ici dans la rue, ce qu'ils pensent du fait qu'on donne de l'argent à la famille d'une personne qui a tué un Israélien? Et qu'on lui donne le double quand elle tue deux Israéliens? Croyez-vous qu'ils seraient d'accord? Pourtant, c'est ce qui se passe. L'Autorité palestinienne verse de l'argent aux familles de terroristes emprisonnés.

Et les Européens, eux, ne se rendent pas compte que leur propre argent va indirectement aux terroristes. Ils nous répondent qu'ils ne font que financer les écoles et les livres. L'éducation est importante. Mais que les autorités européennes ouvrent les livres d'école imprimés avec leur argent en Palestine et voient ce qui est écrit dedans. Que l'État juif n'existe pas, qu'il faut sacrifier sa vie. Vous ne trouvez rien sur l'Holocauste.

Vous avez déposé une proposition de loi pour que l'argent des taxes douanières rétrocédé par Israël à la Palestine soit réduit. Pourquoi?

Les Palestiniens ont un budget dont 7,5% vont aux familles de terroristes emprisonnés. Au total, un milliard de shekels par an. Plus l'action terroriste a été efficace, plus vous recevez de l'argent. Or, cet argent dont vous bénéficiez pour les crimes commis est supérieur au salaire moyen versé en Palestine. C'est comme un incitant à commettre des actes terroristes, à tuer des Israéliens.

Les Etats-Unis adoptent la même loi, selon laquelle ils ne donneront plus d'argent à l'Autorité palestinienne tant qu'elle n'arrête pas de verser de l'argent aux terroristes.

L'argent des douanes que nous arrêterons de leur donner est leur argent, je le reconnais, c'est prévu comme tel dans l'accord de Paris. Mais cet accord dit aussi que l'argent ne peut aller au terrorisme.

Que voulez-vous de l'Europe?

Qu'elle arrête de soutenir le terrorisme en Palestine. Qu'elle supervise l'utilisation de l'argent qu'elle donne à la Palestine.

Existe-t-il un sentiment antisémite croissant en Europe?

Je vois venir de plus en plus de gens en Israël à cause de cela, mais j'aimerais qu'ils viennent pour le plaisir de vivre ici, pas à cause de l'antisémitisme. On n'a pas besoin des antisémites pour pousser les gens à venir ici (rires).

Vous êtes demain au gouvernement. Quelle solution préconisez-vous au confit israélo-palestinien?

Jérusalem reste unifiée, nous restons dans la vallée du Jourdain et nous échangeons des territoires avec les Palestiniens. Alors, il n'y a plus d'obstacle à la solution à deux États.

Quels sont vos arguments?

La paix est importante pour les deux côtés. Les Palestiniens doivent se rendre compte de ce qui se passe: il y a de plus en plus de colonies, les Etats-Unis ont reconnu Jérusalem...

Où situez-vous la capitale de l'État palestinien?

À Ramallah, comme c'est le cas maintenant. Mais ce n'est pas à moi de décider. Il n'appartient à personne de mettre des conditions à la reprise du dialogue. Pas même aux Etats-Unis. Je préconise un dialogue direct. Bien sûr, si les Américains, l'Egypte ou la Jordanie veulent y assister, pourquoi pas.

Vous pensez que les Palestiniens et les Israéliens pourront un jour vivre ensemble?

Bien sûr! Israéliens et Palestiniens peuvent vivre en paix. Mais pas dans le même pays. Mon père et ma mère, des survivants de l'Holocauste, m'ont appris deux principes. Le premier est de s'assurer que les Juifs puissent vivre dans un lieu en sécurité.

Le deuxième, c'est de ne jamais, jamais déprécier les gens. Ma mère m'a appris d'Auschwitz de ne faire aucune différence entre les gens, quelles que soient leur couleur, leur race ou leur orientation sexuelle. Nous sommes égaux.

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